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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200854

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200854

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200854
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP UGGC AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 12 avril 2022, un mémoire enregistré le 3 janvier 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 1er octobre 2024, M. A B, représenté par Me Fourrier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de L'Aigle à lui verser la somme de 156 084,71 euros en indemnisation de ses préjudices résultant de sa prise en charge médicale dans cet établissement ;

2°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux à lui verser la somme de 52 028,24 euros en indemnisation de ses préjudices liés à sa prise en charge médicale au centre hospitalier de L'Aigle ;

3) de mettre à la charge du centre hospitalier de L'Aigle et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales une somme de 4 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le centre hospitalier de L'Aigle a commis une faute dans sa prise en charge médicale ;

- le centre hospitalier de L'Aigle est responsable d'un accident médical fautif dans la survenance des préjudices dans la limite de 75%, et l'ONIAM dans la limite restante de 25% ;

- il est bien fondée à solliciter la réparation des préjudices subis :

- 5 806,45 euros au titre des frais de déplacements ;

- 29 224 euros au titre des frais de médicaments ;

- 5 540 euros au titre de la tierce personne avant consolidation ;

- 3 780 euros au titre de la perte de gains professionnels actuels ;

- 70 000 euros au titre de l'incidence professionnelle ;

- 825 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total ;

- 1 437,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel ;

- 18 000 euros au titre de la souffrance endurée ;

- 3 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;

- 3 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

- 37 500 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

- 20 000 euros au titre du préjudice sexuel ;

- 10 000 euros au titre du préjudice d'agrément.

Par un mémoire enregistré le 25 mai 2022, la caisse de mutualité sociale agricole (MSA) Mayenne-Orne-Sarthe doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de L'Aigle à lui verser une somme de 97 172,45 euros au titre de ses débours ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de L'Aigle la somme de 1 091 euros au titre des frais de gestion sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Elle soutient que :

- le centre hospitalier de L'Aigle a commis une faute dans la prise en charge médicale de M. B ;

- elle est bien fondée à solliciter le remboursement de ses débours composés de la somme de :

- 78 617 euros au titre des frais d'hospitalisation ;

- 1 360,64 euros au titre des frais de transport ;

- 1 495,48 euros au titre des frais de soins et pharmaceutiques ;

- 7 268,37 euros au titre des indemnités journalières versées ;

- 8 430,96 euros au titre des dépenses de santé futures occasionnelles.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 21 septembre 2022 et le 14 février 2023, le centre hospitalier de L'Aigle, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de limiter la responsabilité du centre hospitalier de L'Aigle au retard de prise en charge caractérisé par l'absence de réalisation d'un scanner entre le 8 et le 11 janvier 2016 ;

2°) de limiter l'indemnisation des préjudices de M. B à la somme de 2 000 euros ;

3°) de limiter la prise en charge des frais d'expertise à ceux correspondant à la première réunion d'expertise et pour un montant de 108,16 euros ;

4°) à titre subsidiaire, d'écarter toute responsabilité du centre hospitalier de L'Aigle au titre des troubles urologiques, sexuels et anxiodépressifs de M. B ;

5°) à titre subsidiaire, de réduire à de plus justes proportions les demandes d'indemnisation de M. B, sans que les sommes allouées, tenant compte d'un taux de perte de chance de 50 %, n'excèdent, à titre principal, le montant de 8 651,05 euros et, à titre subsidiaire, le montant de 10 286,65 euros ;

6°) à titre subsidiaire, de limiter la prise en charge des frais d'expertise après application du taux de perte de chance de 50 % à un montant de 1 024,94 euros ;

7°) de limiter la créance de la MSA au montant de 17 495,95 euros, outre l'indemnité forfaitaire de gestion de 1 091 euros ;

8°) de rejeter la demande de condamnation de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les procédures n° 2200854 et n° 2202573 doivent être jointes ;

- à titre principal, le préjudice de M. B correspondant au poste des souffrances endurées, seul poste en lien avec le retard de prise en charge, ne saurait excéder la somme de 2 000 euros ;

- à titre subsidiaire, le taux de perte de chance de 50 % doit être retenu ;

- à titre subsidiaire, les demandes d'indemnisation de M. B doivent être réduites à de plus justes proportions et, tenant compte de l'application du taux de perte de chance de 50 %, les sommes allouées au titre des préjudices ne peuvent pas excéder les montants suivants :

- 879,50 euros au titre des pertes de gains professionnels actuels ;

- 208 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total ;

- 10 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel, ou à défaut à 145,60 euros ;

- 2 000 euros au titre des souffrances endurées, ou à défaut 3 500 euros ;

- 750 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;

- 53,55 euros au titre des dépenses de santé futures ;

- 2 750 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

- 1 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

- 1 000 euros au titre du préjudice sexuel.

- les demandes d'indemnisation de préjudices subis au titre des frais de déplacement, de l'assistance par tierce personne temporaire, de l'incidence professionnelle et le préjudice d'agrément doivent être rejetés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Welsch, ne conteste pas la survenance d'un accident médical non fautif, et conclut que son indemnisation ne peut intervenir que pour une part limitée de 25%.

Il fait valoir :

- qu'il ne s'oppose pas à la demande de jonction formulée par le centre hospitalier de L'Aigle des procédures n° 2200854 et n° 2202573 ;

- à titre principal que les demandes d'indemnisation de M. B doivent réduites à de plus justes proportions, sans que les sommes allouées, tenant compte d'une part de 25 % à la charge de l'ONIAM, n'excèdent les montants suivants :

- 374,80 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

- 1 875 euros au titre des souffrances endurées ;

- 125 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;

- 5 250 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

- 350 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

- 1 500 euros au titre du préjudice sexuel.

- que les demandes indemnitaires formulées au titre des frais divers, de l'assistance à tierce personne temporaire, des dépenses de santé futures, du préjudice d'agrément et de l'incidence professionnelle doivent être rejetées ;

- qu'à défaut de justificatifs la demande indemnitaire formulée au titre des pertes de gains professionnels actuels doit être rejetée ;

- subsidiairement, que la demande indemnitaire formulée au titre des pertes de gains professionnels actuels doit être réduite à 573,04 euros ;

- que la demande formulée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doit être rejetée ;

- que toute autre demande formulée à son encontre doit être rejetée.

Une mesure supplémentaire d'instruction a été adressée au requérant le 26 septembre 2024, qui a communiqué le 1er octobre 2024 la pièce en réponse à cette mesure d'instruction. Celle-ci a été communiquée aux parties le 2 octobre 2024.

II. Par une requête n° 2202573 enregistrée le 15 novembre 2022, la société Renaissance Re Syndicate 1458 (RENRE), assureur du centre hospitalier de L'Aigle et représentée par Me Tamburini-Bonnefoy, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler partiellement le titre exécutoire n° 2022-427 émis par l'ONIAM à son encontre, en sa qualité d'assureur du centre hospitalier de L'Aigle, le 24 mars 2022 pour un montant de 2 200,29 euros, de fixer le quantum de sa créance à une somme qui ne saurait excéder 108,16 euros et de prononcer, pour le surplus, la décharge de la somme mise en recouvrement le 24 mars 2022 ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler partiellement le titre exécutoire n° 2022-427 émis par l'ONIAM à son encontre, en sa qualité d'assureur du centre hospitalier de L'Aigle, le 24 mars 2022 pour un montant de 2 200,29 euros, de fixer le quantum de sa créance à une somme qui ne saurait excéder 1 024,94 euros et de prononcer, pour le surplus, la décharge de la somme mise en recouvrement le 24 mars 2022.

Elle fait valoir que :

- les procédures n° 2200854 et n° 2202573 doivent être jointes ;

- elle ne saurait être considérée comme redevable des sommes engagées au titre de la seconde expertise dès lors qu'elle n'était pas justifiée ;

- seuls les frais de la première expertise doivent être mis à sa charge, et dans la limite de 10 % soit un montant de 108,16 euros ;

- à titre subsidiaire, le taux de perte de chance de 50 % doit s'appliquer aux frais de la seconde expertise pouvant être mis à sa charge, soit un montant de 916,78 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Welsch, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la demande formulée par la société RENRE ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner la société RENRE à lui verser la somme de 2 200,29 euros au titre des frais d'expertise ;

3°) à titre reconventionnel, de condamner la société RENRE à lui verser les intérêts au taux légal sur la somme de 2 200,29 euros à compter du 19 septembre 2022 avec capitalisation des intérêts ;

4°) de condamner la société RENRE à lui verser une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il ne s'oppose pas à la jonction des procédures n° 2200854 et n° 2202573 ;

- la responsabilité du centre hospitalier de l'Aigle est engagée à hauteur d'une perte de chance qui ne saurait être inférieure à 75 % ;

- il est fondé à demander le remboursement du titre exécutoire n°2022-457 émis le 24 mars 2022 d'un montant de 2 200,29 euros à la société RENRE.

Par une intervention, enregistrée le 1er septembre 2023, le centre hospitalier de L'Aigle s'associe aux conclusions présentées par son assureur dans la requête n° 2202573.

Par un courrier en date du 18 novembre 2024, les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par l'ONIAM tendant à la condamnation de la société RENRE à lui verser la somme de 2 200,29 euros au titre des frais d'expertise, augmentée des intérêts et de la capitalisation des intérêts à compter du 19 septembre 2022, dès lors qu'il a émis un titre exécutoire préalablement à la demande.

Un mémoire en réponse au moyen d'ordre public a été enregistré pour l'ONIAM le 19 novembre 2024 et communiqué.

Un mémoire de l'ONIAM a été reçu le 19 novembre 2024, soit postérieurement à la clôture d'instruction, et non communiqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Groch,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, alors âgé de 42 ans, est admis aux urgences du centre hospitalier (CH) de L'Aigle le 29 décembre 2015 pour une appendicite retro caecale et sous séreuse pour laquelle il subit une opération le même jour sous coelioscopie. Les suites opératoires sont décrites comme difficiles et douloureuses, et révèlent une bactériologie positive à Coli. Le 6 janvier 2016, soit deux jours après sa sortie, M. B est admis aux urgences du CH de L'Aigle pour des douleurs abdominales sur le flanc droit et fait l'objet d'une reprise chirurgicale le 8 janvier 2016 sous coelioscopie d'une péritonite post-opératoire sur un hématome surinfecté en fosse iliaque droite. En l'absence d'évolution favorable, la famille demande son transfert au centre hospitalier universitaire (CHU) de Caen, où il est noté un iléus réflexe avec douleurs abdominales violentes et sensations de poussées urinaires. Face à la persistance d'une collection en fosse iliaque droite et d'un syndrome inflammatoire, une seconde reprise chirurgicale a lieu le 15 janvier 2016 par laparotomie exploratrice, permettant l'évacuation d'un abcès intra abdominal, une toilette péritonéale et un drainage. Le 23 janvier 2016, suite à un choc hémorragique avec malaise après l'ablation d'un redon, une troisième reprise chirurgicale sur la laparotomie médiane permet de suturer des plaies et de mettre en place un sac de Mikulicz et 3 mèches à prostate. M. B est autorisé à regagner son domicile le 8 février 2016. Le 16 février 2016, il est vu aux urgences du CH de L'Aigle puis transféré au CHU de Caen où il est hospitalisé jusqu'au 3 mars 2016 pour un iléus réflexe sur une volumineuse collection intra-abdominale, traité par antibiothérapie. Par la suite, M. B est hospitalisé au CHU de Caen du 10 au 11 janvier 2017 pour une cure de hernie inguinale droite selon la technique de Lichtenstein. S'interrogeant sur les conditions de sa prise en charge au centre hospitalier de L'Aigle, M. B a saisi le 16 octobre 2017 la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) de Normandie des accidents médicaux aux fins d'indemnisation. La CCI a diligenté une expertise conduite par le docteur E, chirurgien viscéral, qui a rendu son rapport le 28 octobre 2018, puis une contre-expertise réalisée par le docteur D, spécialisé en urologie et par le docteur C, spécialisé en chirurgie générale et digestive, dont le rapport déposé le 27 mai 2019 et complété le 20 août 2019 avait pour objet notamment de déterminer l'imputabilité des troubles urologiques et sexuels présentés par M. B. Par un avis rendu le 7 octobre 2019, la CCI conclut à un défaut de prise en charge de l'hémorragie imputable au CH de L'Aigle et responsable d'une perte de chance d'éviter l'infection profonde évaluée à hauteur de 75 %, les 25 % restants étant mis à la charge de l'ONIAM. M. B a refusé le 6 février 2020 l'offre d'indemnisation de 1 000 euros du CH L'Aigle ainsi que l'offre d'indemnisation partielle de 4 236,36 euros proposée le 10 juin 2020 par l'ONIAM. Il a présenté une demande préalable indemnitaire auprès du CH L'Aigle le 17 janvier 2022 qui a été implicitement rejetée. Par la présente requête, M. B sollicite la condamnation du CH L'Aigle et de l'ONIAM à lui verser respectivement la somme de 156 084,71 euros et la somme de 52 028,24 euros en réparation des préjudices qu'il a subis suite à l'appendicectomie et à ses complications. La caisse de la mutualité sociale agricole Mayenne-Orne-Sarthe demande la condamnation du CH L'Aigle à lui verser une somme de 97 172,45 euros au titre de ses débours.

2. Le 24 mars 2022, l'ONIAM a émis un titre exécutoire à l'encontre de la société Renaissance Syndicate re 1458 d'un montant de 2 200,29 euros, correspondant à 75 % du montant total des frais d'expertise qu'il a exposés dans le cadre de la procédure devant la CCI pour le compte de M. B. La société RENRE doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler partiellement le titre exécutoire n°2022-427 émis par l'ONIAM à son encontre.

Sur la jonction des requêtes :

3. Les requêtes n° 2200854 et n° 2202573 concernent un même fait générateur des conséquences dommageables de la prise en charge d'un patient et présentent à juger des questions connexes. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune et il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable :

1.

2.

3.

4. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute (). II Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. / A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : / 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; / 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence. ". En vertu des articles L. 1142-17 et L. 1142-22 du code de la santé publique, la réparation au titre de la solidarité nationale est assurée par l'ONIAM.

5. Si les dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code la santé publique font obstacle à ce que l'ONIAM supporte au titre de la solidarité nationale la charge de réparations incombant aux personnes responsables d'un dommage, elles n'excluent toute indemnisation par l'office que si le dommage est entièrement la conséquence directe d'un fait engageant leur responsabilité. Dans l'hypothèse où un accident médical non fautif est à l'origine de conséquences dommageables mais où une faute commise a fait perdre à la victime une chance d'échapper à l'accident ou de se soustraire à ses conséquences, le préjudice en lien direct avec cette faute est la perte de chance d'éviter le dommage corporel advenu et non le dommage corporel lui-même, lequel demeure tout entier en lien direct avec l'accident non fautif. Par suite, un tel accident ouvre droit à réparation au titre de la solidarité nationale, l'indemnité due par l'ONIAM étant seulement réduite du montant de celle mise, le cas échéant, à la charge du responsable de la perte de chance, égale à une fraction du dommage corporel correspondant à l'ampleur de la chance perdue.

En ce qui concerne les conditions d'engagement de la solidarité nationale :

6. Il résulte des dispositions combinées du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique et de l'article D. 1142-1 du même code que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l'état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l'origine du dommage.

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'expertise et de contre-expertise, pour lesquelles il ne ressort pas des pièces du dossier que le principe du contradictoire n'aurait pas été respecté, que l'intervention chirurgicale subie le 29 décembre 2015 par M. B au centre hospitalier de L'Aigle était médicalement justifiée, l'abord coelioscopique étant licite en cas d'appendicite aigüe non compliquée, sans qu'il soit soutenu qu'elle aurait été conduite non conformément aux règles de l'art et aux données acquises de la science médicale. Si les docteurs C et D indiquent que l'appendicite rétro caecale et sous séreuse est techniquement plus difficile à traiter, ils précisent qu'elle ne constitue pas une chirurgie d'exception. Il résulte également de la contre-expertise que les dommages subis ont procédé d'un accident médical non fautif consistant en la survenance d'une hémorragie post opératoire après appendicectomie laparoscopique, qui constitue une anormalité eu égard à son abondance et à sa persistance. Il résulte de l'instruction que la complication précitée présente une probabilité extrêmement faible d'apparition, dès lors que le rapport de contre-expertise mentionne que sa fréquence est " certainement anecdotique, n'étant même pas mentionnée dans la littérature générale sur le sujet ". Par ailleurs, s'il ressort du rapport de contre-expertise qu'hors hémorragie, le risque d'abcès profond secondaire existe tout de même après toute appendicectomie, il n'est pas contesté que l'abondance de l'hémorragie du foyer post-opératoire a majoré l'infiltration des tissus et est à l'origine de la constitution d'un hématome, constituant un lit propice à une infection profonde dont le risque est lui-même évalué par les docteurs C et D à 1,5 %. Il s'ensuit que la condition tenant à l'anormalité du dommage est remplie.

8. Par ailleurs, s'agissant du critère de gravité mentionné à l'article D. 1142-1 du code la santé publique, il résulte de l'instruction que M. B a bénéficié d'un arrêt de travail imputable à l'accident médical du 29 décembre 2015 au 30 juin 2016, soit pendant une période au moins égale à six mois consécutifs. Dans ces conditions, alors que les conditions d'anormalité et de gravité du dommage ne sont pas contestées, la survenue d'une hémorragie du foyer post opératoire avec une infection profonde au décours de l'intervention d'appendicectomie laparoscopique est un accident médical non fautif qui justifie une indemnisation au titre de la solidarité nationale.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander, sur le fondement de la solidarité nationale, la réparation des dommages de l'hémorragie avec sepsis profond dont il a été victime, survenues dans les suites de l'appendicectomie laparoscopique du 29 décembre 2015.

En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier de L'Aigle :

S'agissant de la faute :

10. Aux termes du I. de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

11. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier des rapports d'expertise et de contre-expertise, que si la survenance d'une hémorragie per et post appendicectomie aigüe laparoscopique ne présentait pas de caractère fautif par elle-même, le saignement était anormalement abondant dès les premières 24 heures, un drainage chirurgical en fin d'intervention, qui au demeurant n'était pas recommandé par la société française de chirurgie digestive ni justifié au vu du descriptif clinique, ayant évacué 500 cc de sang. Le saignement, dont l'importance n'est pas contestée par le CH L'Aigle, aurait également dû, selon les conclusions de la contre-expertise, " alerter " l'équipe médicale, le tarissement du drainage n'étant pas un argument recevable dans la mesure où le redon avait été clampé, et la conduire " à ne pas temporiser " une reprise chirurgicale. Par ailleurs, le compte-rendu d'hospitalisation indique que les suites opératoires révèlent un globe vésical, une bactériologie positive au colibacille isolé en per opératoire ainsi qu'un iléus, et qu'au retour aux urgences de M. B le 6 janvier 2016 après sa sortie du 4 janvier 2016, le scanner montre un épanchement du Douglas mesurant 7 x 3 cm et un épanchement hématique péri-caecal de 63 mm de diamètre. Le requérant a fait l'objet le 8 janvier 2016, soit dix jours après l'appendicectomie, d'une reprise chirurgicale par voie coelioscopique d'une péritonite post-opératoire sur un hématome surinfecté en fosse iliaque droite. Dès lors, l'attente pour effectuer la reprise a nécessairement conduit à une majoration de l'infiltration hématique pour un lit propice à l'infection profonde.

12. D'autre part, il résulte de l'instruction que la prise en charge du patient suite à cette reprise chirurgicale n'a pas été diligente dès lors qu'aucun scanner n'a été prescrit au patient entre le 8 et le 11 janvier 2016 en dépit de l'absence de reprise du transit, de douleurs, de la persistance d'une lame de drainage productive de liquide sanguinolent noirâtre et de l'aggravation du syndrome infectieux. La conclusion du docteur E indiquant que la prise en charge du suivi durant ces trois jours d'hospitalisation n'est pas conforme aux règles de l'art n'est pas contestée par le CH L'Aigle. Il en résulte une seconde reprise chirurgicale le 15 janvier 2016 effectuée au CHU de Caen, où le requérant a été transféré à sa demande le 11 janvier 2016, par laparotomie exploratrice pour évacuer un abcès intra-abdominal, puis une intervention dans le cadre de l'urgence le 23 janvier 2016 à la suite d'un choc hémorragique interne, brutal et massif, qui décrit " une vaste cavité anfractueuse qui correspondait à l'ancien abcès pelvien où s'est collecté l'hématome qui a fait l'objet de cette reprise ", et la repose d'une sonde vésicale. M. B se verra poser un Mikulicz hémostatique le 23 janvier 2016 qu'il portera jusqu'à son retrait en bloc opératoire le 5 février 2016.

13. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité pour faute du CH de L'Aigle est engagée en raison d'une prise en charge non conforme aux règles de l'art des complications hémorragiques de l'appendicectomie subie par M. B.

En ce qui concerne la perte de chance :

14. Ainsi qu'il a été dit au point 5, dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

15. La faute reprochée au CH L'Aigle consistant en une prise en charge non conforme aux règles de l'art des complications hémorragiques de l'appendicectomie a fait perdre à M. B une chance de se soustraire aux conséquences de cet accident médical non fautif. Il convient dès lors de déterminer le taux de perte de chance incombant à cette faute. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de contre-expertise des docteurs C et D, qu'un taux de perte de chance estimé à 50 % d'éviter le sepsis profond peut être retenu, compte tenu du drainage injustifié en fin d'intervention le 29 décembre 2015, du retard de diagnostic et de traitement de l'hémorragie constituant un lit propice à l'infection profonde, ainsi que de la tardiveté de la reprise chirurgicale du 8 janvier 2016 et de son suivi, et que " le seul facteur de prédisposition à présenter les complications qui sont finalement intervenues est la consommation de tabac de M. B qui a pu jouer sur le versant infectieux mais pas du tout sur le problème hémorragique ". En tout état de cause, l'aggravation de l'état de santé de M. B a bien été causée par le retard de diagnostic et de traitement de l'aléa thérapeutique. Il ne résulte pas de l'instruction qu'une prise en charge plus précoce aurait évité totalement le risque de survenue de l'hématome et du sepsis profond suite à l'hémorragie, la contre-expertise précisant que le risque d'abcès profond secondaire existe tout de même après toute appendicectomie, ni que ce dernier ne saurait être inférieur au risque de sepsis profond estimé à 1,5 % observé après une appendicectomie exsangue. Si le requérant fait valoir un taux de perte de chance de 75 % d'éviter les complications de l'hémorragie comme celui retenu par la CCI au titre de sa mauvaise prise en charge par le CH L'Aigle entre le 29 décembre 2015 et le 11 janvier 2016, les éléments avancés, relatifs à la multiplicité des sondages effectués ne suffisent pas à remettre en cause l'analyse des docteurs C et D. Dans ces conditions, il y a lieu de fixer la perte de chance globale d'éviter les complications de l'hémorragie à 50 %. Dès lors, la responsabilité du CH L'Aigle est engagée à hauteur de cette fraction.

En ce qui concerne l'étendue des obligations respectives de l'ONIAM et du CH L'Aigle :

16. Ainsi qu'il a été exposé au point 5, la répartition des responsabilités entre l'ONIAM et l'établissement hospitalier se détermine en soustrayant à la part de l'ONIAM celle qu'il incombe au centre hospitalier de supporter, laquelle est évaluée quant à elle au regard de la chance que la faute qu'il a commise a fait perdre à la victime d'échapper à une aggravation de son état. Dès lors, M. B est fondé à demander à être indemnisé des conséquences de l'accident médical non fautif dont il a été victime à hauteur de 50 % par le CH de L'Aigle et de 50 % par l'ONIAM.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne la date de consolidation :

17. Eu égard aux conclusions expertales des docteurs C et D et en l'absence de remise en cause des parties, il y a lieu de fixer la date de consolidation de l'état de santé de M. A B au 15 juillet 2016.

En ce qui concerne les préjudices à caractère patrimonial :

S'agissant des dépenses de santé future :

18. M. B invoque un préjudice au titre de frais médicaux futurs en raison de troubles érectiles. Si le CH de L'Aigle soutient que ces troubles sont consécutifs à la cure de hernie inguinale réalisée en 2017, il ressort des termes mêmes du complément de contre-expertise que cette intervention par abord inguinal sans abord de la cavité pelvienne, siège anatomique de la vessie, n'est pas susceptible d'avoir interféré avec les troubles érectiles du requérant, lesquels sont antérieurs à cette cure de hernie inguinale et s'inscrivent chronologiquement dans un contexte de décompensation psychologique induite par les faits chirurgicaux résultant des complications de l'appendicectomie. Le requérant, qui a révélé ces troubles érectiles le 6 juin 2016 lors d'une consultation de son urologue, ne présentait pas de dysfonctionnement érectile antérieurement à l'appendicectomie. La seule circonstance de son tabagisme n'est pas à elle seule de nature à exclure que ces troubles demeurent en lien direct avec les fautes à l'origine de l'accident. Toutefois, il ne produit au dossier qu'une ordonnance du 13 février 2018 lui prescrivant un traitement quotidien facilitateur de l'érection ainsi que trois factures de cialis, médicament non remboursé par la sécurité sociale, du 2 mars 2018, 21 novembre 2018 et 25 septembre 2019. Par ailleurs, M. B a expressément indiqué le 13 avril 2019 dans le cadre de la contre-expertise, qui précise que la dysfonction érectile n'est pas totale et est accessible, avoir arrêté ce traitement. Dès lors, M. B, qui n'établit pas subir un préjudice au titre de frais médicaux postérieurement au 13 avril 2019, est seulement fondé à demander la somme de 137,75 euros au titre des frais médicaux restés à sa charge. Il y a lieu de mettre à la charge du CH de L'Aigle la somme 68,87 euros, soit 50 %, et de l'ONIAM la somme de 68,88 euros au titre des 50 % restant.

S'agissant des frais divers liés aux déplacements :

19. M. B, qui sollicite le versement de la somme de 5 806,45 euros au titre des frais de déplacements pour ses rendez-vous avec les médecins, le kinésithérapeute et les expertises médicales à Paris, ainsi que de ceux de son épouse qui l'a accompagné lors de son hospitalisation et des expertises. Toutefois, la seule attestation signée de la part du requérant selon laquelle il estime avoir parcouru 10 496 kilomètres, accompagnée de la copie de la carte grise de son véhicule ne justifient pas de l'existence d'un préjudice à ce titre pour lui-même ni pour son épouse, qui en tout état de cause ne produit aucune pièce au dossier la concernant. Il résulte de l'instruction que seuls deux déplacements entre L'Aigle et Paris, soit 2 allers-retours de 276 kilomètres, pour lesquels les rapports d'expertise et de contre-expertise mentionnent la présence de M. B, présentent un lien direct et certain avec le dommage. Compte-tenu des barèmes kilométriques applicables en 2018 et 2019 de 0,595 euros du kilomètre pour un véhicule de plus de sept chevaux fiscaux, il y a lieu de faire droit à sa demande de remboursement à hauteur de 328,44 euros qu'il conviendra de mettre à la charge du CH de L'Aigle à hauteur de 50 %, soit 164,22 euros, et de l'ONIAM à hauteur des 50 % restant, soit 164,22 euros.

S'agissant des frais de tierce personne avant consolidation :

20. Si le requérant sollicite une indemnisation au titre des frais qu'il aurait dû exposer pour bénéficier de l'assistance d'une tierce personne, il ne justifie pas avoir bénéficié d'une assistance effective par une tierce personne, fût-ce par un membre de sa famille. Par ailleurs, il ne résulte pas du rapport d'expertise ni du rapport de contre-expertise qu'un besoin en assistance par tierce personne aurait été déterminé, ni même apporté au requérant. En conséquence, il ne justifie pas de l'existence d'un préjudice à ce titre.

S'agissant des pertes de gains actuels :

21. Le principe de la réparation intégrale du préjudice doit conduire le juge à déterminer, au vu des éléments de justification soumis à son appréciation, le montant de la perte de revenus dont la victime ou ses ayants droit ont été effectivement privés du fait du dommage qu'elle a subi. Ce montant doit en conséquence s'entendre comme correspondant aux revenus nets perdus par elle.

22. M. B soutient qu'en raison de son arrêt de travail en lien avec les fautes susmentionnées, il a été privé de revenus professionnels qu'il évalue à la somme de 3 780 euros en tant que gérant d'une société d'exploitation forestière. Il résulte de l'instruction que les pertes de gains professionnels en lien avec les fautes commises susceptibles d'être indemnisées doivent se limiter à la période du 13 janvier 2016 au 15 juillet 2016, date de la consolidation, dès lors qu'en l'absence de faute commise lors de sa prise en charge, M. B n'aurait en tout état de cause pas pu reprendre son activité professionnelle avant le 13 janvier 2016. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, notamment des avis d'imposition produits, que les revenus professionnels du requérant soumis au régime des bénéfices industriels et commerciaux se sont élevés en moyenne les deux dernières années précédant l'opération en litige à la somme de 54,48 euros par jour (20 205 euros en 2014 et 19 565 euros en 2015). En l'absence d'éléments probants de nature à justifier de la probabilité de percevoir des revenus plus importants au titre de la période indemnisable, c'est sur la base de cette somme que doivent être appréciées les pertes de revenus potentielles de M. B. Or, pour la période indemnisable susmentionnée, le requérant a perçu un montant d'indemnités journalières de la MSA de 4 784,40 euros pour la période du 13 janvier au 30 juin 2016, soit 169 jours, et de 2 483,97 euros lors de son mi-temps thérapeutique du 1er juillet au 30 septembre 2016, soit 92 jours, ce qui représente une somme de 405 euros du 1er au 15 juillet 2016. Il ressort de l'instruction que le requérant n'a perçu aucune indemnité complémentaire ni rente ni pension. Il s'ensuit qu'il a bénéficié sur la période du 13 janvier 2016 au 15 juillet 2016, soit pendant une période de 184 jours, d'un revenu de remplacement s'élevant à la somme de 5 189,40 euros (4 784,40+405). Ainsi, dans ces circonstances, eu égard notamment au montant des indemnités reçues par rapport aux revenus professionnels d'un montant de 10 024,32 euros (54,48x184) qu'il aurait perçus, le requérant justifie d'une perte nette de gains professionnels en lien avec les fautes commises de 4 834,92 euros, cette dernière somme devant être mise à la charge du CH de L'Aigle à hauteur de 50 %, soit 2 417,46 euros, et de l'ONIAM pour les 50 % restant, soit la somme de 2 417,46 euros.

S'agissant de l'incidence professionnelle :

23. Le requérant sollicite le versement de la somme de 70 000 euros au titre de ce poste de préjudice. Toutefois, s'il se borne à soutenir avoir dû restreindre le travail physique en raison d'une pénibilité et une fatigabilité accrue et modifier ses conditions de travail, il ne le justifie pas. Au surplus, les conclusions expertales concluent que le requérant n'a pas subi, au titre de l'incidence professionnelle, de préjudice en lien avec l'adaptation de ses conditions de travail. Dès lors, la demande d'indemnisation au titre de ce poste de préjudice ne peut qu'être rejetée.

En ce qui concerne les préjudices personnels :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

24. Il résulte de l'instruction que M. B a subi, du fait de l'accident médical dont il a été victime, un déficit fonctionnel temporaire total, du fait de ses hospitalisations du 29 décembre 2015 au 4 janvier 2016, du 6 janvier 2016 au 8 février 2016, du 16 février 2016 au 3 mars 2016 et du 14 au 19 mars 2016, imputables au dommage soit un total de neuf semaines, ainsi qu'un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50 % durant 10 semaines en dehors des périodes d'hospitalisation, puis un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25 % durant les sept dernières semaines précédant le 30 juin 2016. Il sera fait une juste appréciation du préjudice lié au déficit fonctionnel temporaire total et partiel subi par l'intéressé en l'évaluant à une somme totale de 1 764 euros, dont 50 % doit être mis à la charge du CH de L'Aigle, soit la somme de 882 euros et 50 % à la charge de l'ONIAM, soit 882 euros.

S'agissant du préjudice esthétique temporaire et permanent :

25. En premier lieu, le préjudice esthétique temporaire lié à l'amaigrissement du requérant, à la présentation en unité de réanimation avec les drains et à l'incision xypho pubienne a été évalué par la contre-expertise à 3 sur une échelle allant de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant une somme de 1 000 euros à M. B, avec une prise en charge à hauteur de 50 % par le CH de L'Aigle, soit une somme de 500 euros et de l'ONIAM pour les 50 % restant, soit une somme de 500 euros.

26. En second lieu, le préjudice esthétique définitif lié à la présence d'une longue cicatrice de l'incision médiane xypho pubienne et de la sortie des orifices de drains a été évalué par la contre-expertise à 1,5 sur une échelle allant de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant une somme de 500 euros à M. B, avec une prise en charge à hauteur de 50 % par le CH de L'Aigle, soit une somme de 250 euros et de l'ONIAM pour les 50 % restant, soit une somme de 250 euros.

S'agissant des souffrances endurées :

27. Les souffrances endurées par M. B ont été évaluées par les experts à 4 sur une échelle allant de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui allouant la somme de 8 000 euros dont 4 000 euros seront à la charge du CH de L'Aigle et 4 000 euros seront à la charge de l'ONIAM.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

28. Il résulte de l'instruction que les multiples sondages vésicaux nécessaires, les épisodes de rétentionnels post opératoires, avec la constitution d'un globe le 30 décembre 2015 ayant pu endommager la fibre musculaire vésicale, les dissections pelviennes extensives et l'existence de foyers septiques pelviens en rapport anatomique avec la vessie ainsi que les drainages des reprises chirurgicales successives nécessaires ont pu altérer la paroi vésicale de M. B et engendrer une hyperactivité vésicale. Le compte-rendu médical établi le 11 janvier 2016 lors du transfert de M. B au CHU de Caen, tout comme les comptes rendus médicaux ultérieurs, font état des douleurs abdominales pelviennes violentes et de sensations de poussées urinaires. En l'absence de certitude médicale, le lien direct entre les troubles fonctionnels de la vessie dont souffre M. B et les soins dont il a bénéficié lors de l'appendicectomie et ses complications peut être regardé comme établi au vu d'un faisceau d'indices, les comptes rendus médicaux et opératoires cités par le rapport de contre-expertise retraçant l'apparition des troubles urinaires et érectiles du requérant immédiatement après l'accident médical et les reprises chirurgicales successives nécessaires pour soigner le sepsis profond, alors qu'il ne présentait aucun antécédent et qu'il est explicitement indiqué que la cure de hernie inguinale de janvier 2017 n'est pas susceptible d'avoir interféré avec les troubles urinaires et sexuels. Les docteurs C et D ont fixé le taux de déficit fonctionnel permanent subi par M. B à 15 %, tenant ainsi compte notamment de cette hyperactivité vésicale et de troubles digestifs. La date de consolidation a été fixée au 15 juillet 2016, date à laquelle M. B était âgé de 42 ans. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à 21 500 euros, dont 10 750 euros seront à la charge du CH de L'Aigle et 10 750 euros seront à la charge de l'ONIAM.

S'agissant du préjudice d'agrément :

29. M. B soutient qu'il a abandonné des activités d'agrément antérieurement pratiquées à l'accident médical et sollicite l'indemnisation de ce poste de préjudice à hauteur de 10 000 euros. Toutefois, la réalité de ce préjudice n'étant pas établie, cette demande doit être rejetée.

S'agissant du préjudice sexuel :

30. Il résulte de ce qui a été dit précédemment et des pièces du dossier que M. B a pu présenter postérieurement à l'accident médical des troubles érectiles qui lui sont imputables, indépendamment de l'existence de facteurs de risques préexistant certains de développement d'une impuissance érectile mais latents. La contre-expertise souligne que la dysfonction érectile, d'origine psychologique, n'est pas totale et est accessible et améliorée par les traitements médicaux. En l'espèce, il sera fait une juste appréciation de son préjudice sexuel en lui allouant la somme de 6 000 euros, dont 3 000 euros seront mis à la charge du CH de L'Aigle et 3 000 euros à la charge de l'ONIAM.

31. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner le centre hospitalier de L'Aigle à verser au requérant la somme totale de 22 032,55 euros et l'ONIAM à verser au requérant la somme totale de 22 032,56 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les droits de la MSA Mayenne-Orne-Sarthe :

32. La réparation qui incombe sous certaines conditions à l'ONIAM, en vertu des dispositions de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique, a pour objet d'assurer, au titre de la solidarité nationale, la prise en charge des conséquences d'un accident médical, d'une affection ou d'une infection qui ne peuvent être imputées à la faute d'un professionnel, d'un établissement ou service de santé ou au défaut d'un produit de santé, sans que cet établissement public ait la qualité d'auteur responsable des dommages. Il en résulte que les recours subrogatoires des tiers payeurs organisés par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ne peuvent être exercés contre l'ONIAM lorsque celui-ci a pris en charge la réparation de ce dommage au titre de la solidarité nationale.

33. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment de la notification de créances reçue le 25 mai 2022 et de l'attestation d'imputabilité du 24 mai 2022, que la MSA Mayenne-Orne-Sarthe a servi des prestations à M. B, présentant un lien direct avec sa prise en charge dans les suites de l'accident médical en cause. S'agissant de la période antérieure à la date de consolidation de la victime, la MSA justifie de débours afférents aux frais d'hospitalisation du requérant à hauteur de 78 617 euros pour les périodes du 6 au 11 janvier 2016, du 11 janvier au 8 février 2016, et du 16 février au 3 mars 2016. Ces périodes d'hospitalisation correspondent aux multiples reprises chirurgicales subies par M. B. La MSA justifie également de l'imputabilité des frais de soins et de pharmacie à hauteur de 1 495,48 euros ainsi que de frais de transports pour un montant de 1 360,64 euros. Enfin, elle justifie du versement d'indemnités journalières du 13 janvier 2016 au 30 juin 2016 pour un montant de 4 784,40 euros, et du versement d'indemnités journalières pour un montant total de 2 483,97 euros du 1er juillet au 30 septembre 2016, soit 405 euros versés pour la période allant du 1er juillet à la date de consolidation.

34. En second lieu, s'agissant de la période postérieure à la consolidation, la MSA justifie de créances définitives, et comme indiqué au point précédent, du versement d'indemnités journalières au requérant lors de son mi-temps thérapeutique entre le 16 juillet et le 30 septembre 2016, soit la somme de 2 078,97 euros. Elle justifie également de frais de consultations spécialisées et de pharmacie pour le médicament Vesicare prescrit pour les troubles urologiques du requérant à hauteur respective de la somme de 150 euros et de la somme de 158,06 euros, qui sont la conséquence directe et certaine des complications hémorragiques et infectieuses subies par M. B. Enfin, elle justifie de l'imputabilité des frais d'hospitalisation et de transport d'un montant total de 8 122,90 euros du requérant entre le 14 et le 19 mars 2018 suite à un épisode subocclusif grêlique sur bride que la contre-expertise, non utilement contestée sur ce point, a identifié comme une rechute en lien avec les complications de l'appendicectomie.

35. En considération de ce qui a été dit au point 32 du présent jugement, la caisse qui a versé des prestations à la victime ne peut exercer un recours subrogatoire contre l'ONIAM. Par suite, la MSA Mayenne-Orne-Sarthe est seulement fondée à demander la condamnation du CH de L'Aigle à hauteur de 50% des débours qu'elle a exposés. En conséquence, la somme de 48 586,22 euros sera mise à la charge du CH de L'Aigle.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

36. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée ". Aux termes de l'article 1 de l'arrêté interministériel visé ci-dessus du 18 décembre 2023 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024. ".

37. La MSA Mayenne-Orne-Sarthe a droit à une indemnité de 1 191 euros, qui doit être mise à la charge du CH de L'Aigle dès lors que le tiers de la somme dont elle obtient le remboursement en vertu du présent jugement est supérieur au montant maximal fixé par les dispositions qui viennent d'être citées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge partielles du titre exécutoire n°2022-427 émis par l'ONIAM et relatifs aux frais d'expertises diligentées par la CCI de Normandie :

En ce qui concerne le bien fondé et le quantum de la créance :

38. D'une part, aux termes de l'article L. 1142-12 du code de la santé publique : " L'Office national d'indemnisation prend en charge le coût des missions d'expertise, sous réserve du remboursement prévu aux articles L. 1142-14 et L. 1142-15. ". Aux termes du cinquième alinéa de l'article L.1142-14 du même code : " L'assureur qui fait une offre à la victime est tenu de rembourser à l'office les frais d'expertise que celui-ci a supportés. ". Aux termes de l'article L. 1142-15 du même code : " L'office est subrogé, à concurrence des sommes versées, dans les droits de la victime contre la personne responsable du dommage ou, le cas échéant, son assureur ou le fonds institué à l'article L. 426-1 du même code. Il peut en outre obtenir remboursement des frais d'expertise ".

39. D'autre part, selon les termes de l'article R. 1142-53 du code de la santé publique, l'ONIAM " est soumis aux dispositions des titres Ier et III du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ". Il s'ensuit que l'ONIAM peut émettre un titre exécutoire en vue du recouvrement de toute créance dont le fondement se trouve dans les dispositions d'une loi, d'un règlement ou d'une décision de justice, ou dans les obligations contractuelles ou quasi-délictuelles du débiteur.

40. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'assureur de l'établissement hospitalier est tenu, lorsqu'il fait une offre d'indemnisation à la victime, de rembourser à l'ONIAM les frais d'expertise que ce dernier a supportés et que l'ONIAM, pour obtenir le remboursement de ces frais d'expertise dans un tel cas, peut émettre un titre exécutoire dès lors que cette créance trouve en l'espèce son fondement dans une disposition législative.

41. En premier lieu, il ne ressort pas du dossier que la société RENRE a contesté la décision de la CCI, qui s'est estimée insuffisamment éclairée par l'expertise du docteur E pour rendre un avis sur les causes du dommage présenté par M. B, d'ordonner une contre-expertise. Par ailleurs, dès lors que l'utilité de cette contre-expertise peut être regardée comme établie, la circonstance que le centre hospitalier de L'Aigle soit en désaccord avec la CCI de Normandie pour désigner un second collège d'experts ne saurait l'exonérer du remboursement de ces frais avancés par la solidarité nationale. Au surplus, il résulte de l'instruction que suite à l'avis rendu par la CCI le 19 septembre 2019, le conseil du centre hospitalier de L'Aigle et de son assureur a adressé une offre d'indemnisation à M. B le 6 février 2020 à laquelle la victime n'a pas donné suite.

42. En second lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier de l'attestation de l'agent comptable de l'ONIAM produite au dossier, que l'Office a pris à sa charge la totalité des frais d'expertise exposés devant la CCI soit une somme globale de 2 933,73 euros. Pour procéder à la liquidation du montant correspondant au remboursement des frais d'expertise à la charge de RENRE, l'ONIAM s'est fondé sur le partage en termes d'imputabilité opéré par la CCI dans son avis du 7 octobre 2019, soit un taux de perte de chance d'éviter l'infection profonde de 75 % imputable au CH L'Aigle.

43. Il résulte de ce qui a été dit au point 16 que la société RENRE est fondée à demander l'annulation partielle du titre exécutoire contesté, et à être déchargée du paiement de la somme de 733,43 euros s'agissant du titre exécutoire n°2022-427, la somme totale de 1 466,86 euros restant ainsi à sa charge.

En ce qui concerne les conclusions reconventionnelles de l'ONIAM :

44. Lorsqu'il cherche à recouvrer les sommes versées aux victimes en application de la transaction conclue avec ces dernières, l'ONIAM peut soit émettre un titre exécutoire à l'encontre de la personne responsable du dommage, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances, soit saisir la juridiction compétente d'une requête à cette fin.

45. Toutefois, l'office n'est pas recevable à saisir le juge d'une requête tendant à la condamnation du débiteur au remboursement de l'indemnité versée à la victime lorsqu'il a, préalablement à cette saisine, émis un titre exécutoire en vue de recouvrer la somme en litige, ni à présenter des conclusions reconventionnelles à cette fin dans le cadre d'une opposition à un titre exécutoire émis dans ces conditions.

46. L'ONIAM a choisi de recourir à un titre exécutoire pour les créances en lien avec l'accident de M. B. Il résulte des observations de l'ONIAM sur le moyen d'ordre public communiqué par le tribunal le 18 novembre 2024 que la demande de condamnation à hauteur du titre émis doit s'entendre comme étant à titre subsidiaire et à titre reconventionnel dans l'hypothèse d'une annulation dudit titre, tout comme les conclusions présentées au titre des intérêts au taux légal avec capitalisation. Toutefois, faute d'avoir préalablement retiré le titre de perception rendu exécutoire et, compte tenu de ce qui a été dit au point 45, l'ONIAM n'est pas recevable à demander au tribunal de condamner la société RENRE à lui verser la somme correspondant aux frais d'expertises supportés assortie des intérêts et capitalisation. Les demandes reconventionnelles de l'ONIAM doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

47. Pour la requête n°2200864, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge du centre hospitalier de L'Aigle et de l'ONIAM selon la même règle de répartition définie au point 16 du présent jugement, le versement de la somme globale de 2 000 euros au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens, soit la somme de 1 000 euros à verser par ces parties à M.Kolklu.

48. S'agissant de la requête n°2202573, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la société RENRE, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de L'Aigle versera à M. B la somme de 22 032,55 euros.

Article 2 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à M. B la somme de 22 032,56 euros.

Article 3 : Le centre hospitalier de L'Aigle versera à la mutualité sociale agricole Mayenne-Orne-Sarthe la somme de 48 586,22 euros.

Article 4 : Le centre hospitalier de L'Aigle versera à la mutualité sociale agricole Mayenne-Orne-Sarthe la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 5 : Le titre exécutoire n°2022-427 du 24 mars 2022 émis par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est annulé en tant qu'il excède la somme de 1 466,86 euros.

Article 6 : La société Renaissance Re Syndicate 1458 est déchargée de l'obligation de payer la somme de 733,43 euros s'agissant du titre n°2022-427 émis par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Article 7 : Le centre hospitalier de L'Aigle versera à M. B la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à M. B la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 9 : Le surplus des conclusions des parties de la requête n°2200854 est rejeté.

Article 10 : Le surplus des conclusions des parties de la requête n°2202573 est rejeté.

Article 11 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la mutualité sociale agricole Mayenne-Orne-Sarthe, au centre hospitalier de L'Aigle, à la société Renaissance Re Syndicate 1458, et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

N. GROCH

La présidente,

Signé

H. ROULAND-BOYER

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

Nos 2200854-2202573

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