mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2200873 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LOCTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 14 avril 2022, le 19 septembre 2022, le 30 mai 2023, le 27 juin 2023, le 29 août 2023 et le 10 juin 2024, le syndicat mixte du Point Fort (SMPF), représenté par Me Oillic, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner in solidum la société SOGEA Nord-Ouest et la société Vinci environnement à lui verser la somme de 8 895 488,50 euros en réparation du préjudice subi du fait des désordres affectant le hall de maturation du pôle environnement de Cavigny, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de sa requête et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre à la charge solidaire de ces sociétés une somme de 42 952,92 euros, à défaut de l'avoir indemnisé à hauteur de 28 195,68 euros des frais et honoraires d'avocats engendrés par l'expertise, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- la responsabilité décennale des sociétés SOGEA Nord-Ouest et Vinci environnement est engagée en raison d'un défaut dans la conception et la réalisation de l'ouvrage ;
- les désordres affectant les voiles périphériques rendent l'ouvrage impropre à sa destination ;
- à défaut, leur responsabilité est engagée du fait d'une faute assimilable à une fraude ou à un dol, les sociétés mises en cause ne pouvant ignorer les risques de fissuration du béton et l'action corrosive du lixiviat ;
- à défaut, leur responsabilité est engagée au titre de la garantie des vices cachés de l'ouvrage sur le fondement des articles 1641 à 1649 du code civil ;
- ses préjudices s'établissent comme suit : 62 811,60 euros au titre des travaux conservatoires, 2 009 768,80 euros au titre des travaux de réparation du hall de maturation, 1 542 900 euros au titre de l'évacuation et du traitement des déchets présents sur place, 3 446 190,26 euros au titre de l'enfouissement des déchets non traités, 19 254 euros au titre des frais d'expertise privée, 49 584,70 euros au titre des honoraires d'avocat, 691,38 euros au titre des honoraires de l'huissier de justice et 1 736 092,08 euros au titre de l'acquisition du hall de maturation, outre les dépens.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 février 2023, le 24 mai 2023, le 2 juin 2023, le 31 juillet 2023 et le 1er juillet 2024, la société Vinci construction grands projets, venant aux droits de la société Vinci environnement, représentée par Me Mel, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire à la condamnation de l'Etat, de la société Dekra Industrial et de la société SOGEA Nord-Ouest à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) de mettre à la charge de tout succombant une somme de 25 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- n'ayant exercé à son encontre aucune action dans le délai décennal, celle-ci est prescrite ;
- les dispositions relatives à la garantie des vices cachés ne sont pas applicables en l'espèce, le contrat en litige n'étant pas un contrat de vente ; en outre, cette action est prescrite, le délai de deux ans de l'article 1648 du code civil étant dépassé ;
- la faute alléguée ne peut être assimilée à la fraude ou à un dol ;
- à titre subsidiaire, s'il lui est reproché une erreur de conception de l'ouvrage, l'utilisation de l'ouvrage par le maitre d'œuvre n'a pas été conforme aux prescriptions techniques ;
- les préjudices allégués, notamment résultant de l'arrêt de l'exploitation de l'ouvrage, sont dépourvus de lien avec la faute qu'elle aurait commise et ne sont pas établis ;
- les désordres étant apparus en fin de durée de vie des installations, l'application d'un coefficient de vétusté s'impose.
Par un mémoire enregistré le 26 avril 2023, la société Dekra Industrial, représentée par Me Loctin, conclut à sa mise hors de cause, subsidiairement à être garantie de toute condamnation prononcée à son encontre par la société Vinci environnement, la société Sogea Nord-Ouest et l'Etat et à ce que soit mise à la charge de la société Vinci environnement une somme de 5 000 euros au titre des frais de l'instance.
Elle soutient que :
- l'action en responsabilité décennale du requérant est prescrite ;
- la garantie des vices cachés n'est pas applicable en l'absence de tout contrat de vente ;
- les griefs formulés par le requérant contre les sociétés Vinci environnement et SOGEA Nord-Ouest ne répondent manifestement à aucun des critères de la faute de nature dolosive ;
- les demandes formées contre les constructeurs étant infondées, tout appel en garantie dirigé contre elle est sans objet ;
- subsidiairement, l'expert a écarté toute implication du contrôleur technique et, par suite, sa responsabilité ;
- les préjudices allégués relatifs aux surcoûts de traitement des déchets et les pertes de marge ne sont pas établis.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 juin 2023, le 2 août 2023, le 13 septembre 2023 et le 1er juillet 2024, la société SOGEA Nord-Ouest, représentée par Me Hellot, conclut :
1°) à titre principal au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à la condamnation solidaire de l'Etat, de la société Dekra Industrial et de la société Vinci environnement à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge du syndicat mixte du Point Fort une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- n'ayant exercé à son encontre aucune action dans le délai décennal, celle-ci est prescrite ;
- le moyen tiré de l'opposabilité de la garantie des vices cachés est inopérant, le marché en litige ne constituant pas un contrat de vente ;
- aucune faute assimilable au dol ou à une fraude ne peut lui être imputée ;
- à titre subsidiaire, les prétentions du syndicat requérant devront être réduites, dès lors que la cessation d'activité n'est pas imputable aux désordres qui lui sont reprochés, qu'une partie seulement des mesures conservatoires prises est techniquement justifiée, que les travaux réparatoires ne seront pas mis en œuvre, qu'il existe des solutions alternatives au traitement des déchets présents sur site, ce préjudice étant par ailleurs futur, que les frais relatifs à l'enfouissement des déchets ne sont pas justifiés, pas plus que les frais d'honoraires d'avocat durant les opérations d'expertise qui sont par ailleurs disproportionnés ;
- compte-tenu de la vétusté significative de l'ouvrage, un taux de 100 % doit être appliqué.
Par un mémoire enregistré le 28 juin 2023, le préfet de la Manche conclut à sa mise hors de cause.
Il fait valoir que :
- l'absence de reconnaissance de responsabilité des défenderesses sur le fondement de la garantie décennale fait échec à l'appel en garantie ;
- la direction départementale des territoires et de la mer n'était ni maitre d'œuvre ni titulaire d'un contrat de louage d'ouvrage permettant sa qualification de constructeur ; l'appel en garantie n'est donc pas fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- les ordonnances du 30 mars 2022 et du 5 avril 2022, par lesquelles le président du tribunal a taxé et liquidé les frais de l'expertise réalisée par M. B A à la somme de 49 584,70 euros toutes taxes comprises.
Vu :
- le code civil ;
- le code des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas,
- les conclusions de Mme Remigy, rapporteure publique,
- les observations de Me Oillic, représentant le SMPF,
- les observations de Me Hellot, représentant la société SOGEA Nord-Ouest,
- et les observations de Me Brauge, représentant la société Vinci construction grands projets.
Une note en délibéré présentée pour le SMPF a été enregistrée le 2 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par marché de conception-réalisation du 30 juin 2005, le syndicat mixte du Point Fort (SMPF) a confié à un groupement conjoint momentané d'entreprises la réalisation du pôle environnement de traitement des déchets ménagers et assimilés sur la commune de Cavigny (Manche). Ce pôle comprenait, outre diverses unités de tri des déchets après collecte et des bâtiments techniques et administratifs, une unité de traitement mécano-biologique des déchets ménagers et des déchets verts. La conception et le lot process ont été attribués à la société Vinci environnement, également mandataire non solidaire du groupement. Le lot génie civil et bâtiment a été attribué à la société SOGEA Nord-Ouest. La direction départementale des territoires et de la mer de la Manche a assuré la conduite d'opération, et la mission de contrôle technique a été confiée à la société Dekra Industrial. La réception de l'ouvrage, avec réserves, a été prononcée le 21 septembre 2010 par le SMPF, et la levée de toutes les réserves est intervenue le 29 mars 2012. Le 30 octobre 2019, l'un des murs séparatifs de silo du hall de maturation de l'unité de traitement mécano-biologique des déchets ménagers et des déchets verts s'est entièrement couché sur le sol. Le SMPF a déclaré ce dommage à son assureur, la société MMA IARD, qui, par courrier du 30 décembre 2019, a refusé de prendre en charge les travaux de remise en état. Le SMPF a fait constater le dommage et les mesures conservatoires prises par voie d'huissier le 15 janvier 2020. A la demande du SMPF, le juge des référés de ce tribunal a, par ordonnance du 28 septembre 2020 confirmée en appel le 28 janvier 2021, ordonné une expertise. L'expert a déposé son rapport le 18 mars 2022. Le SMPF demande au tribunal de condamner in solidum les sociétés Vinci environnement et SOGEA Nord-Ouest à réparer les préjudices subis.
Sur les désordres affectant les voiles séparatifs des silos de maturation :
En ce qui concerne la garantie décennale :
2. En vertu des principes qui régissent la responsabilité décennale des constructeurs, toute personne physique ou morale dont la responsabilité peut être engagée à ce titre est déchargée de cette garantie après dix ans à compter de la réception des travaux ou, en ce qui concerne les travaux ayant fait l'objet de réserves, à compter de la levée de ces dernières. Néanmoins, en application des dispositions des articles 2240, 2241 et 2244 du code civil, applicable à la garantie décennale, ce délai de prescription est interrompu soit par la reconnaissance par le débiteur du droit de celui contre lequel il prescrivait, soit par une demande en justice, même en référé. En outre, une citation en justice, au fond ou en référé, n'interrompt le délai de prescription que pour les désordres qui y sont expressément visés et à la double condition d'émaner de celui qui a qualité pour exercer le droit menacé par la prescription et de viser celui-là même qui en bénéficierait.
3. Il résulte de l'instruction que, par décision du 21 septembre 2010, le SMPF a prononcé la réception de l'ouvrage avec effet au 7 septembre 2009. Si cette réception comportait des réserves concernant notamment le hall de maturation et l'affinage, elles ne portaient pas sur les voiles séparatifs de silo en litige. Le délai décennal ayant couru à compter du 7 septembre 2009, la saisine du juge des référés par le SMPF, intervenue le 15 avril 2020, est postérieure à l'expiration de ce délai. Par suite, les sociétés défenderesses sont fondées à soutenir que l'action en responsabilité décennale des constructeurs engagée par le SMPF est prescrite.
En ce qui concerne la responsabilité pour vices cachés :
4. Aux termes de l'article 1641 du code civil : " Le vendeur est tenu de la garantie à raison des défauts cachés de la chose vendue qui la rendent impropre à l'usage auquel on la destine, ou qui diminuent tellement cet usage que l'acheteur ne l'aurait pas acquise, ou n'en aurait donné qu'un moindre prix, s'il les avait connus. ". Aux termes de l'article 1645 du même code : " Si le vendeur connaissait les vices de la chose, il est tenu, outre la restitution du prix qu'il en a reçu, de tous les dommages et intérêts envers l'acheteur. ".
5. Dans le cadre de l'exécution d'un marché de travaux publics, le maitre d'ouvrage ne peut se prévaloir à l'encontre du constructeur de la garantie ouverte par l'article 1641 du code civil à l'acheteur d'un bien, à raison des défauts qui rendent celui-ci impropre à l'usage auquel il est destiné. Le SMPF ayant confié aux sociétés Vinci environnement et SOGEA Nord-Ouest la réalisation de l'ouvrage en litige par la conclusion d'un marché soumis aux prescriptions du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux, il n'est pas fondé à rechercher la responsabilité des constructeurs sur le fondement de la garantie des vices cachés.
En ce qui concerne la responsabilité contractuelle pour faute assimilable à une fraude ou à un dol :
6. Le SMPF recherche également la responsabilité des sociétés Vinci environnement et SOGEA Nord-Ouest du fait d'une faute assimilable à une fraude ou un dol qui serait à l'origine des désordres affectant les voiles latéraux du hall de maturation du pôle environnement de traitement des déchets ménagers et assimilés.
7. L'expiration du délai de l'action en garantie décennale ne décharge pas les constructeurs de la responsabilité qu'ils peuvent encourir en cas de fraude ou de dol dans l'exécution de leur contrat, ou d'une faute assimilable à une fraude ou à un dol, caractérisée par la violation grave, par sa nature ou ses conséquences, de leurs obligations contractuelles, commises volontairement et sans qu'ils puissent en ignorer les conséquences.
8. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que les désordres affectant les voiles, notamment séparatifs, du hall de maturation ont pour origine leur sous-dimensionnement au regard des contraintes liées à la hauteur de charge du produit à maturer et à la charge dynamique de la chargeuse lors des opérations de mise en charge des silos et de retrait du compost en maturation. Il ressort du rapport d'expertise que ce sous-dimensionnement résulte d'erreurs commises par le groupement lors de la détermination des hypothèses à prendre en compte pour la conception technique des voiles, hypothèses qui n'ont pas résisté aux réalités d'exploitation. Selon l'expert, ce défaut de conception est imputable à la société Vinci environnement et à la société SOGEA Nord-Ouest. Si le SMPF soutient que ces manquements présentent un degré de gravité tel qu'ils seraient assimilables à une fraude ou à un dol, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que les sociétés Vinci environnement et SOGEA Nord-Ouest, qui n'ont pas envisagé que le lixiviat puisse séjourner durablement dans les alvéoles compte-tenu du système d'évacuation et de collecte des effluents mis en place ni que la chargeuse pourrait avoir à racler les voiles latéraux, auraient volontairement sous-dimensionné les voiles en béton et leurs armatures. Dans ces conditions, le SMPF n'est pas fondé à rechercher la responsabilité des constructeurs sur le fondement de la faute assimilable à une fraude ou à un dol.
Sur les désordres affectant les voiles périphériques :
En ce qui concerne la garantie décennale :
S'agissant de la prescription :
9. Ainsi qu'il a été dit, la réception de l'ouvrage comportait des réserves concernant le hall de maturation et l'affinage, notamment des " microfissurations avec suintements constatées sur la façade côté jardin et la façade parallèle au biofiltre " et des fissurations " sur le voile béton côté porte ". Ces réserves ont été levées le 29 mars 2012, date à laquelle le délai décennal a commencé à courir. Dans ces conditions, il n'était pas expiré le 15 avril 2020 lorsque le SMPF a saisi le tribunal d'une requête en référé aux fins d'examen des désordres affectant le hall de maturation. Par suite, la société SOGEA Nord-Ouest n'est pas fondée à soutenir que l'action est prescrite pour les désordres affectant les voiles périphériques.
S'agissant de la nature et l'origine des désordres affectant les façades du hall de maturation :
10. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres, apparus dans le délai d'épreuve de dix ans et affectant l'ouvrage dans l'un de ses éléments constitutifs ou l'un de ses éléments d'équipement, même dissociable, engagent la responsabilité de ces constructeurs au titre de la garantie décennale s'ils sont de nature à compromettre sa solidité ou à le rendre impropre à sa destination. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.
11. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, qu'il a été constaté que les voiles périphériques des silos et du hall de maturation présentent une dizaine de fissures verticales, se situant principalement en section courante, probablement liées à des reprises de bétonnage. L'expert relève, sans être contredit, que ces désordres ont fait l'objet de commentaires à la réception des travaux car ils étaient déjà fissurés, " des microfissures à la lecture des écrits de l'époque ", et qu'une " campagne de pontage a été réalisée (encore visible sur certaines fissures), ce qui a motivé () la levée des réserves ". Selon l'expert, ces fissures se sont aggravées au fil du temps et sont aujourd'hui traversantes, laissant suinter du lixiviat, l'expert concluant que ces désordres sont dus à un défaut d'exécution du marché de conception-réalisation, s'agissant de l'exécution du bétonnage, imputable à la société SOGEA Nord-Ouest en charge du génie civil, relevant " exclusivement de son scope et de son autocontrôle ". Il résulte de l'ensemble de ces éléments que les fissurations, qui permettent des infiltrations de lixiviat, liquide polluant et corrosif chargé bactériologiquement et chimiquement par la dégradation des déchets, sont de nature à porter atteinte à la solidité de l'ouvrage et à le rendre impropre à sa destination. Dans ces conditions, le SMPF est fondé, par application des principes dont s'inspirent les articles 1792 et suivants du code civil, à engager la responsabilité de la seule société SOGEA Nord-Ouest.
Sur la réparation des préjudices :
12. En premier lieu, si le SMPF demande l'indemnisation de ses préjudices résultant des travaux conservatoires entrepris, des travaux réparatoires concernant les voiles séparatifs et la charpente de l'ouvrage, du traitement et du transports des déchets stockés de l'enfouissement des déchets non traités, des honoraires des sociétés Géomat, Rincent, Lei et Aeco, et des frais et honoraires de l'huissier de justice, il résulte de l'instruction que ces préjudices sont en lien, non avec les fissures affectant les voiles périphériques, mais avec les seuls désordres affectant les voiles séparatifs, pour lesquels l'action en responsabilité des constructeurs est rejetée. La demande tendant à l'indemnisation de ces chefs de préjudice ne peut, par suite, être accueillie.
13. En deuxième lieu, le SMPF produit un devis pour des travaux de reprise des fissures constatées sur les voiles périphériques, dont le montant s'élève à 8 958,60 euros, montant non contesté en défense. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'arrêt définitif de l'unité de méthanisation a été décidé par le comité syndical le 15 octobre 2021 et les biens susceptibles d'être démantelés et cédés ont fait l'objet d'une délibération du 17 décembre 2021. En outre, le syndicat requérant n'établit ni même n'allègue qu'il envisage une remise en état du site avant cession, ni même que le prix de vente serait affecté à raison des travaux de reprise. Dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que ces travaux de reprise pourront être réalisés, la demande d'indemnisation à ce titre doit être rejetée.
14. En dernier lieu, le SMPF justifie avoir exposé des frais d'avocat pour l'assister durant les opérations d'expertise, pour un montant de 28 195,68 euros. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait été contraint d'exposer de tel frais, ni que ces frais ont été exposés utilement pour le règlement du présent litige. La demande tendant à l'indemnisation de ce chef de préjudice ne peut, par suite, être accueillie
15. Il résulte de tout ce qui précède que le SMPF n'est pas fondé à demander la condamnation des sociétés SOGEA Nord-Ouest et Vinci environnement.
Sur les dépens :
16. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".
17. Par ordonnances du président du tribunal de céans des 30 mars et 5 avril 2022, les frais de l'expertise ont été taxés et liquidés à la somme de 49 584,70 euros toutes taxes comprises. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre ces frais à la charge définitive du SMPF à hauteur de 24 792,35 euros et de la société SOGEA Nord-Ouest à hauteur de 24 792,35 euros.
Sur les frais liés à l'instance :
18. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés Vinci environnement et SOGEA Nord-Ouest, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme demandée par le SMPF au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens, ainsi que les frais et honoraires d'avocat qu'il a exposés pour se faire assister lors des opérations d'expertise, qui ne peuvent être pris en compte à ce titre.
19. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du SMPF une somme au titre des frais exposés par la société SOGEA Nord-Ouest et la société Vinci construction grands projets.
20. Enfin, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société SOGEA une somme de 1 500 euros à verser à la société Dekra industrial au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du syndicat mixte du Point Fort est rejetée.
Article 2 : Les frais de l'expertise, taxés et liquidés à la somme de 49 584,70 euros toutes taxes comprises, sont mis à la charge définitive du syndicat mixte du Point Fort à hauteur de 24 792,35 euros et de la société SOGEA Nord-Ouest à hauteur de 24 792,35 euros.
Article 3 : La société SOGEA Nord-Ouest est condamnée à versée à la société Dekra industrial une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié au syndicat mixte du Point Fort, à la société SOGEA Nord-Ouest, à la société Vinci construction grands projets, à la société Dekra industrial et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.
Copie sera adressée pour information au préfet de la Manche et à M. B A.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Macaud, présidente,
- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,
- Mme Sénécal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
La rapporteure,
SIGNÉ
C. DUCOS DE SAINT BARTHELEMY DE GÉLAS
La présidente,
SIGNÉ
A. MACAUDLa greffière,
SIGNÉ
E. BLOYET
La République mande et ordonne au préfet de la Manche et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques, chacun en ce qui les concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. BENIS
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026