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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200902

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200902

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200902
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL JURIADIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 avril 2022 et le 10 septembre 2024, et des pièces complémentaires enregistrées le 13 septembre 2024 et non communiquées, M. B C, représenté par Me Gorand, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier (CH) du Cotentin à lui verser la somme de 851 568,65 euros au titre de dommages et intérêts ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier du Cotentin les entiers dépens et la somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la prise en charge par le centre hospitalier du Cotentin n'a pas été conforme aux règles de l'art ;

- il est bien fondé à solliciter la somme de 851 568,65 euros en réparation de ses préjudices, dont 300 000 euros de pertes de gains professionnels futurs, 40 000 euros de perte de rémunération, 100 000 euros de déficit fonctionnel, 100 000 euros d'incidence professionnelle, 50 000 euros de préjudice esthétique et 100 000 euros de préjudice d'affection.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2022, et un mémoire enregistré le 13 septembre 2024 et non communiqué, le centre hospitalier du Cotentin, représenté par Me Chiffert, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le CH du Cotentin n'a commis aucune faute ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Birot, conclut à ce qu'il soit pris acte de ce qu'aucune demande n'est formulée à son encontre et de ce qu'aucun accident médical non fautif ou infection iatrogène n'est survenu.

Vu

- le rapport d'expertise déposé le 13 février 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martinez,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

- et les observations de Me Debuys, substituant Me Gorand, représentant M. C, et de Me Barbereau, substituant Me Chiffert, représentant le centre hospitalier du Cotentin.

Les autres parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, mécanicien monteur, a été victime d'un accident du travail le 9 juin 1997 en se donnant un coup de marteau sur le pouce gauche. Transporté au centre hospitalier du Cotentin, il présentait des fractures multiples au niveau du pouce avec désinsertion de l'ongle. M. C a été pris en charge par intervention chirurgicale sous anesthésie locale pour une réinsertion de l'ongle et la mise en place de deux points de suture. M. C s'est plaint de douleurs suite à l'intervention et a présenté en janvier 2018 une infection du pouce gauche. M. C a subi une nouvelle opération pour la mise à plat de la géode au niveau du pouce gauche le 27 août 2018. Le pouce de la main gauche de M. C a finalement été amputé le 26 mars 2021. Par une ordonnance du 12 octobre 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Caen a désigné un expert qui a remis son rapport le 13 février 2021. Par une décision implicite du 27 février 2022 le centre hospitalier du Cotentin a rejeté la demande indemnitaire préalable de M. C. Par la présente requête, M. C sollicite la condamnation du centre hospitalier du Cotentin à lui verser la somme de 851 568,65 euros en réparation de ses préjudices.

Sur l'intervention de l'ONIAM :

2. Aucune conclusion n'étant dirigée contre l'ONIAM, sa demande de mise hors de cause est accueillie.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier du Cotentin :

3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

4. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert du 13 février 2021, que l'intervention initiale du 9 juin 1997 dans le cadre d'une plaie de la main par écrasement de la houppe phalangienne du pouce avec exposition osseuse, a été réalisée précocement avec une antibiothérapie par Orbénine conformément aux recommandations de la société française de chirurgie de la main et a été parfaitement conforme aux règles de l'art. Le requérant soutient ne pas avoir vu de nettoyage de la plaie, qui ne figure pas dans le compte rendu opératoire. Toutefois, l'expert rappelle que le champ opératoire barre généralement la vue du patient. Il ressort également de l'expertise que " la présence d'un corps étranger n'a pas pu être identifié et que le seul constat d'un granulome lors de l'intervention chirurgicale du 27 août 2018 en est seulement évocateur ". L'expert relève en conséquence qu'il est " impossible d'établir un lien direct, certain et exclusif entre l'accident de 1997 et l'infection de 2018, d'autant qu'aucun élément médical n'est intervenu entre ces deux dates ". En outre, il ressort du rapport d'assistance médicale du 9 janvier 2021 établi par le docteur A et produit par le requérant, que le compte rendu opératoire de l'intervention du 27 août 2018 fait état " d'un fragment noirâtre d'aspect végétal au fond de la géode ", qui ne correspond pas aux circonstances de l'accident du 9 juin 1997 provoqué par un coup de marteau compresseur au détour du calage d'une pièce de plomb. Dès lors, il n'est pas établi que le centre hospitalier du Cotentin ait commis une faute de nature à engager sa responsabilité, en lien direct et certain avec l'infection survenue en 2018.

5. Il résulte de ce qui précède que les faits invoqués par M. C ne sont pas de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier du Cotentin.

Sur les frais liés au litige :

6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

7. Les dépens de l'instance sont constitués des frais et honoraires de l'expertise rendue le 13 février 2021 par le docteur D. Ces frais ont été liquidés et taxés, par ordonnance du 2 mars 2021, à la somme de 1 568,65 euros. Dans les circonstances de l'espèce, ces frais, sous déduction des allocations provisionnelles si celles-ci ont été versées, sont mis à la charge définitive de M. C.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de centre hospitalier du Cotentin, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme demandée par le centre hospitalier du Cotentin au titre des frais de même nature.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les frais et honoraires d'expertise, liquidés et taxés par ordonnance du 2 mars 2021 à la somme de 1 568,65 euros, sous déduction des allocations provisionnelles si celles-ci ont été versées, sont mis à la charge définitive de M. C.

Article 3 : Les conclusions du centre hospitalier du Cotentin présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Manche, au centre hospitalier public du Cotentin et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

P. MARTINEZ

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

Le greffier

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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