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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201060

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201060

lundi 27 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201060
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre JU
Avocat requérantCABINET CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mai 2022, M. A B, représenté par Me Cassel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 mars 2022 portant rejet de son recours administratif dirigé contre la décision par laquelle l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) a refusé de lui accorder la prime de transition énergétique, ensemble la décision initiale de refus de prime du 19 août 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'ANAH de lui verser la somme de 5 000 euros au titre de cette aide et, en toute hypothèse, de procéder au réexamen de son dossier, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'ANAH la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- il remplit les conditions pour bénéficier de la prime.

Par un mémoire enregistré le 10 février 2023, l'ANAH, représentée par Me Flocco, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le recours est tardif ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Macaud,

- et les observations de Me Ramel, représentant l'ANAH.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a déposé, le 29 juillet 2021, une demande de prime de transition énergétique dite " Ma PrimeRénov' " pour l'installation d'une pompe à chaleur air/eau au sein d'une propriété locative située à Planquery (Calvados). Par une décision du 19 août 2021, l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) a rejeté sa demande de prime au motif qu'il ne souhaitait pas réaliser les travaux. Par courrier du 29 décembre 2021, réceptionné le 30 décembre 2021, M. B a formé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de cette décision. Par la décision attaquée du 8 mars 2022, matérialisée par un courrier électronique, l'ANAH a rejeté sa demande au motif que son recours était tardif.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 9 du décret du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique : " L'introduction d'un recours afférent aux décisions relatives à la prime de transition énergétique est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif par le bénéficiaire auprès du directeur général de l'Agence nationale de l'habitat. / Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration ". Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Par une décision du 19 août 2021, l'ANAH a rejeté la demande de M. B tendant à l'octroi de la prime de transition énergétique au motif qu'il avait renoncé à réaliser les travaux. Il ressort des pièces du dossier que, dans un courrier électronique du 6 octobre 2021, l'ANAH a informé l'intéressé que sa demande avait été rejetée et qu'un courrier lui avait été transmis en ce sens précisant les motifs de ce rejet. Cependant, M. B indique qu'il n'a jamais reçu notification de cette décision de rejet et l'établissement public ne justifie pas de la date de notification effective de la décision du 19 août 2021 à l'intéressé. Dans ces conditions, M. B, qui a formé un recours administratif le 29 décembre 2021, n'était pas forclos pour contester la décision du 19 août 2021. De même, la requête de M. B dirigée contre la décision du 8 mars 2022 rejetant son recours administratif a été enregistrée au greffe du tribunal dans le délai de recours contentieux de deux mois. La fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit, par suite, être écartée.

4. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que c'est à tort que la décision attaquée du 8 mars 2022 rejette le recours administratif préalable de M. B au motif que ce recours est tardif. Par suite, la décision est entachée d'illégalité.

5. En outre, il résulte de l'instruction, en particulier des termes de la décision du 19 août 2021, que l'ANAH a rejeté la demande de M. B au motif qu'il avait décidé de ne plus réaliser les travaux objet de la demande de prime. Toutefois, M. B conteste sérieusement ce motif et l'ANAH ne produit aucun document de nature à établir l'exactitude du motif sur lequel elle s'est fondée pour rejeter la demande.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que les décisions du 19 août 2021 et du 8 mars 2022 doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique nécessairement que l'ANAH réexamine le recours administratif préalable obligatoire de M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ANAH une somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B une somme au titre des frais exposés par l'ANAH pour la présente instance

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 19 août 2021 et du 8 mars 2022 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à l'ANAH de procéder au réexamen de la demande de M. B tendant à bénéficier de la prime de transition énergétique, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'ANAH versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de l'ANAH tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Agence nationale de l'habitat.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2025.

La magistrate désignée,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

E. Bloyet

No 2201060

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