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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201241

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201241

vendredi 19 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201241
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL MEDEAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mai 2022, M. A B, représenté par Me Soublin, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 1 500 euros en réparation des préjudices subis à la suite de la détérioration de son blouson en cuir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée du fait de la détérioration de son blouson ;

- il est fondé à demander la réparation du préjudice subi à hauteur de 1 500 euros, soit 1 000 euros au titre du préjudice matériel et 500 euros au titre du préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut à titre principal au rejet de l'ensemble des conclusions du requérant et, à titre subsidiaire, à ce que le montant de l'indemnité soit ramené à de plus justes proportions.

Il soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Groch,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

- les observations de Me Justal, substituant Me Soublin et représentant le requérant.

Le ministre de la justice, garde des sceaux, n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, écroué depuis le 24 octobre 2013, a été incarcéré à la maison d'arrêt de Saint-Brieuc du 5 mars 2021 au 16 avril 2021, date à laquelle il a été transféré au centre pénitentiaire de Fresnes. Le 8 janvier 2022, M. B a formé une réclamation indemnitaire préalable d'un montant de 1 000 euros à la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison de la détérioration, lors de ce transfert, de son blouson en cuir. Par une décision du 10 mars 2022, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes lui a proposé une indemnisation à hauteur de 50 euros, qu'il a refusée le 11 avril 2022. Estimant cette proposition insuffisante, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat, en réparation des préjudices liés à la détérioration de son blouson, à lui verser la somme de 1 000 euros au titre du préjudice matériel et la somme de 500 euros au titre de son préjudice moral.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité :

2. La responsabilité de l'Etat en cas de dommage aux biens des personnes détenues peut être engagée lorsque ce dommage est imputable, en tenant compte des contraintes pesant sur le service public pénitentiaire, à une carence de l'administration dans la mise en œuvre des moyens nécessaires à la protection de ces biens.

3. Dans le cas particulier du transfert d'un détenu, il incombe aux chefs des établissements de départ et d'arrivée de prendre les mesures nécessaires à la protection de ses biens. Aux termes du IV de l'article 24 de l'annexe à l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale : " Lorsque la personne détenue est transférée, les objets lui appartenant sont déposés contre reçu entre les mains de l'agent de transfèrement s'ils ne sont pas trop lourds ou volumineux ; sinon, ils sont expédiés à la nouvelle destination de la personne détenue aux frais de cette dernière ou sont remis à un tiers désigné par elle, après accord du chef d'établissement. ". Il découle de l'obligation de protéger les biens des détenus qu'en cas de transfert, le reçu, prévu par les dispositions précitées, remis à l'agent de transfèrement ainsi que, le cas échéant, au responsable de l'expédition des objets, doit, sauf urgence, être accompagné de l'inventaire précis de l'ensemble des objets personnels du détenu, dressé contradictoirement avec ce dernier.

4. M. B soutient que son blouson en cuir a été détérioré lors de son transfert le 16 avril 2021 de la maison centrale de Saint-Brieuc au centre pénitentiaire de Fresnes. Si le bordereau de clôture des opérations de vestiaire du requérant du 16 avril 2021 édité le 13 mars 2024 par le centre de détention de Fresnes et produit par la défense ne fait état d'aucune mention de dégradation du blouson en cuir, ce document n'est pas signé par le requérant ni le surveillant. Par ailleurs, aucun inventaire des biens du requérant au départ de la maison d'arrêt de Saint-Brieuc n'a été produit. Il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas allégué par l'administration, que des considérations d'urgence auraient fait obstacle à ce que soit remplie l'obligation d'établir contradictoirement l'inventaire précis des objets personnels du requérant. Par ailleurs, en l'absence d'inventaire dressé lors du départ du détenu de la maison d'arrêt de Saint-Brieuc, il n'est pas démontré par le garde des sceaux que le blouson en cuir, qui figure sur le bordereau d'opérations du vestiaire établi par le centre de détention de Fresnes, était déjà détérioré lors du changement d'affectation de M. B en avril 2021. Enfin, il résulte des termes du courrier du 10 mars 2022 envoyé au requérant que la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes reconnaît la détérioration de la veste et qu'elle admet que cette dégradation a eu lieu lors du transfèrement de la maison d'arrêt de Saint-Brieuc vers le centre pénitentiaire de Fresnes en avril 2021. Par suite, la détérioration du vêtement est imputable à l'administration pénitentiaire. L'absence d'établissement d'un inventaire précis de l'ensemble des objets personnels du détenu, dressé contradictoirement avec ce dernier, et la détérioration d'une partie de ses effets personnels révèlent un mauvais fonctionnement du service pénitentiaire constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

En ce qui concerne la réparation du préjudice :

5. En premier lieu, le requérant ne produit pas de facture d'achat du blouson en cuir qu'il indique avoir acquis en 2013 pour un montant de 1 000 euros. En l'absence d'éléments objectifs permettant de connaître avec précision la nature et l'état du blouson détérioré, il sera fait une juste appréciation du préjudice matériel lié à la détérioration par l'administration pénitentiaire du blouson en condamnant l'Etat à verser à M. B une indemnité de 50 euros.

6. En second lieu, si M. B fait valoir qu'il a subi un préjudice moral du fait de la détérioration de son blouson de cuir, il ne justifie pas d'un tel préjudice. Par suite, le chef de préjudice invoqué doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à M. B une somme de 50 euros en réparation des préjudices subis à la suite de la détérioration de son blouson en cuir lors de son transfert.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Soublin, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Soublin de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser la somme de 50 euros à M. B.

Article 2 : L'Etat versera à Me Soublin une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Soublin et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

N. GROCH

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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