vendredi 8 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2201391 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LABRUSSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 juin 2022 et le 4 juillet 2022, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de reconnaître la responsabilité du centre hospitalier de Lisieux dans la perte de l'alliance de son époux ;
2°) de condamner le centre hospitalier de Lisieux à la dédommager des préjudices subis en raison de la perte de cette alliance.
Elle indique que :
- l'alliance de son époux a été perdu lors de son séjour au centre hospitalier de Lisieux en raison d'une faute commise par cet établissement de nature à engager sa responsabilité ;
- elle a subi un préjudice matériel et moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2022, le centre hospitalier de Lisieux, représenté par Me Labrusse, conclut au rejet de la requête.
Il oppose des fins de non-recevoir tirées de l'absence de conclusions, de l'absence de moyens et de rappels des faits, et fait valoir que le centre hospitalier de Lisieux n'a commis aucune faute.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Groch,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. L'époux de Mme B A a été pris en charge par le service des urgences du centre hospitalier de Lisieux le 23 décembre 2021. Il est décédé en réanimation le 24 décembre 2021. Mme A a demandé au centre hospitalier de Lisieux de lui restituer l'alliance de son époux qui lui avait été enlevée lors de son admission en réanimation et qui n'a pas été retrouvée. Par un courriel du 1er février 2022, Mme A a demandé au centre hospitalier de l'indemniser des préjudices subis du fait de cette perte. Par un courrier du 3 février 2022, le centre hospitalier de Lisieux a accusé réception de cette demande. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Lisieux à l'indemniser des préjudices liés à la perte de l'alliance de son mari.
Sur les fins de non-recevoir soulevées en défense :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge ".
3. La requête de Mme A, qui n'est pas représentée par un avocat, contient l'exposé des raisons pour lesquelles elle souhaite un dédommagement pour le préjudice matériel et moral subis. Elle précise que son mari est décédé le 24 décembre 2021 à l'hôpital de Lisieux et que l'alliance de ce dernier ne lui a pas été restituée après son décès. Par ailleurs, Mme A a produit, à la suite d'une demande de régularisation de sa requête tenant au chiffrage du préjudice subi, un devis établi par un bijoutier pour une alliance similaire à celle portée par son défunt époux. Dès lors, Mme A doit être regardée comme demandant l'indemnisation des préjudices subis à hauteur de 1 499 euros du fait de la non-restitution par le centre hospitalier de Lisieux de l'alliance de son mari décédé. Par suite, les fins de non-recevoir soulevées par le centre hospitalier de Lisieux tirées de l'absence d'exposé des faits et moyens, de l'énoncé de conclusions et de précisions quant au fondement juridique de la demande, ne peuvent qu'être écartées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier de Lisieux :
4. Aux termes de l'article L. 1113-1 du code de la santé publique : " Les établissements de santé () sont, qu'ils soient publics ou privés, responsables de plein droit du vol, de la perte ou de la détérioration des objets déposés entre les mains des préposés commis à cet effet ou d'un comptable public, par les personnes qui y sont admises ou hébergées. () / Le dépôt ne peut avoir pour objet que des choses mobilières dont la nature justifie la détention par la personne admise ou hébergée durant son séjour dans l'établissement. Il ne peut être effectué par les personnes accueillies en consultation externe ". Aux termes de l'article L. 1113-3 du même code : " La responsabilité prévue à l'article L. 1113-1 s'étend sans limitation aux objets de toute nature détenus, lors de leur entrée dans l'établissement, par les personnes hors d'état de manifester leur volonté ou devant recevoir des soins d'urgence et qui, de ce fait, se trouvent dans l'incapacité de procéder aux formalités de dépôt dans les conditions prévues à l'article L. 1113-1. Dans ce cas, ces formalités sont accomplies par le personnel de l'établissement ". Aux termes de l'article L. 1113-4 de ce code : " Les établissements mentionnés à l'article L. 1113-1 ou l'Etat ne sont responsables du vol, de la perte ou de la détérioration des objets non déposés dans les conditions prévues à l'article L. 1113-1 () que dans le cas où une faute est établie à l'encontre des établissements ou à l'encontre des personnes dont ils doivent répondre. " Par ailleurs, l'article R. 1113-4 du même code dispose que : " Le dépositaire remet au déposant un reçu contenant l'inventaire contradictoire et la désignation des objets déposés et, le cas échéant, conservés par lui conformément à l'article R. 1113-3. () ".
5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que lorsque des objets sont déposés entre les mains des préposés commis à cet effet par les personnes hospitalisées ou pour leur compte, le régime applicable en cas de perte, vol ou dégradation de ces objets personnels est une responsabilité de plein droit, sans preuve nécessaire par le patient d'une faute commise par l'établissement. Il en va différemment lorsque les objets en litige n'ont fait l'objet d'aucun dépôt auprès de l'établissement, la responsabilité de l'établissement étant alors subordonnée à la démonstration d'une faute commise.
6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le défunt époux de Mme A portait lors de son hospitalisation au service des urgences le 23 décembre 2021 une alliance dont la présence est indiquée dans l'inventaire énumérant ses objets personnels établi par le personnel du centre hospitalier, dès lors qu'il se trouvait hors d'état de procéder aux formalités. Ainsi que le fait valoir Mme A, il n'est pas contesté en défense que le 24 décembre 2021, lors de son admission en réanimation, l'alliance de son mari a été retirée de son doigt et a disparu. Si le centre hospitalier de Lisieux se borne, dans sa réponse en date du 3 février 2022 à la réclamation de requérante, à indiquer qu'une enquête est diligentée auprès du service concerné et demande à son assureur d'ouvrir un dossier, il ne conteste pas que le bijou du défunt tel que mentionné dans l'inventaire n'a pas été restitué. Par ailleurs, il ressort des écritures du centre hospitalier que celui-ci indique avoir accepté de prendre en charge les conséquences de l'incident sans toutefois obtenir de Mme A la production de la facture d'achat de l'alliance, ni les coordonnées du notaire et le relevé d'identité bancaire demandé. Dans ces conditions, la responsabilité du centre hospitalier de Lisieux est engagée en application des dispositions précitées de l'article L. 1113-1 du code de la santé publique.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
7. Il résulte de l'instruction que l'assureur du centre hospitalier de Lisieux n'a pas versé à Mme A d'indemnisation au titre du bijou perdu lors de l'hospitalisation de son mari. Mme A demande de l'indemniser de la perte de l'alliance à hauteur de 1 499 euros en se fondant sur une estimation réalisée par un bijoutier, postérieurement à la perte du bijou par le centre hospitalier de Lisieux.
8. En l'absence de facture acquittée, la seule production de l'estimation d'un bijoutier réalisée postérieurement à la date de la perte et indiquant que l'alliance doit être évaluée à un prix de 1 499 euros, n'est pas de nature à établir, à elle seule, la valeur de remplacement du bijou en cause. Dès lors, le préjudice matériel allégué n'est pas établi.
9. Dans les circonstances de l'espèce et compte tenu de la valeur symbolique et affective de l'alliance égarée pour Mme A, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par la requérante en le fixant à la somme de 500 euros.
10. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier de Lisieux doit être condamné à verser à Mme A la somme de 500 euros au titre de son préjudice moral.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Lisieux est condamné à verser à Mme A la somme de 500 euros.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Lisieux.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.
La rapporteure,
Signé
N. GROCH
Le président,
Signé
F. CHEYLANLa greffière,
Signé
C. BENIS
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026