vendredi 27 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2201725 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | ASSOCIATION SOURON-SOLASSOL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 juillet 2022 et le 5 juillet 2023, Mme A C, représentée par Me Souron et Me Solassol, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de condamner la commune de Tourville-sur-Odon à lui verser la somme de 90 000 euros, assortie des intérêts au taux légal, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de l'illégalité de l'arrêté du 25 août 2020 par lequel le maire de la commune a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison d'habitation sur son terrain ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Tourville-sur-Odon la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le conseil départemental, gestionnaire de la voie, n'avait pas à être consulté en application de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme ; il ne s'agissait pas de modifier ou de créer un accès mais d'utiliser un accès existant ;
- le refus de permis de construire méconnaît les droits acquis nés du certificat d'urbanisme délivré le 13 juin 2019 ;
- le motif de refus de permis de construire est entaché d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que le projet ne portait pas d'atteinte à la sécurité publique ;
- son préjudice peut être estimé à la somme de 90 000 euros correspondant au prix auquel elle aurait dû vendre son bien conformément au compromis de vente qu'elle avait conclu sous la condition suspensive de l'obtention d'un permis de construire.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 août 2022, la commune de Tourville-sur-Odon, représentée par Me Mosquet, conclut au rejet de la requête et demande à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de Mme C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Remigy,
- les conclusions de Mme B,
- et les observations de Me Souron, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, qui est propriétaire d'un terrain situé à Tourville-sur-Odon, a conclu un compromis de vente de son terrain, sous la condition suspensive de l'obtention, par les acquéreurs, d'un permis de construire une maison d'habitation. Par un arrêté du 25 août 2020, le maire de la commune de Tourville-sur-Odon a refusé de délivrer ce permis de construire. Par courrier du 28 mars 2022, Mme C a saisi le maire d'une demande tendant à la réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait du refus opposé à la demande de permis de construire. Le maire de Tourville-sur-Odon a rejeté sa demande par une décision du 25 mai 2022. Mme C demande au tribunal de condamner la commune de Tourville-sur-Odon à lui verser la somme de 90 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité de l'arrêté du 25 août 2020.
Sur les conclusions à fin de condamnation :
2. Mme C soutient que l'arrêté du 25 août 2020 refusant de délivrer un permis de construire une maison sur son terrain est entaché d'illégalité, faute qui serait de nature à engager la responsabilité de la commune de Tourville-sur-Odon.
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet aurait pour effet la création ou la modification d'un accès à une voie publique dont la gestion ne relève pas de l'autorité compétente pour délivrer le permis, celle-ci consulte l'autorité ou le service gestionnaire de cette voie, sauf lorsque le plan local d'urbanisme ou le document d'urbanisme en tenant lieu réglemente de façon particulière les conditions d'accès à ladite voie. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la route qui dessert l'accès de la propriété de la requérante est une route départementale et que, ainsi que le fait valoir la requérante, l'accès à la voie départementale existait à la date du dépôt de la demande de permis de construire. Toutefois, dès lors que le projet porte sur l'édification d'une maison sur un terrain nu, il doit être regardé, compte tenu du changement que le projet implique dans l'usage de cet accès, comme en entraînant la modification de cet accès et nécessitant, dès lors, la consultation du département du Calvados, gestionnaire de la voie. En tout état de cause, à supposer que le projet n'ait pas eu pour effet la création ou la modification d'un accès à la route départementale, la circonstance que le maire ait saisi pour avis le président du conseil départemental n'est pas, à elle seule, de nature à entacher l'arrêté du 25 août 2020 d'illégalité dans la mesure où il est toujours loisible pour une autorité de solliciter les avis propres à l'éclairer dès lors qu'il n'en résulte aucune atteinte aux droits des administrés et que la consultation est faite de manière régulière. Or, il ne résulte pas de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas allégué, que l'avis du président du conseil départemental aurait été irrégulièrement émis ni que le maire se serait senti lié par l'avis rendu à l'issue de cette consultation. Dans ces conditions, la saisine du conseil départemental pour avis sur le projet de construction sur le terrain de Mme C n'est pas de nature à entacher l'arrêté du 25 août 2020 d'illégalité.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée :/ a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. / Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. / Lorsque le projet est soumis à avis ou accord d'un service de l'Etat, les certificats d'urbanisme le mentionnent expressément. Il en est de même lorsqu'un sursis à statuer serait opposable à une déclaration préalable ou à une demande de permis. Le certificat d'urbanisme précise alors expressément laquelle ou lesquelles des circonstances prévues aux deuxième à sixième alinéas de l'article L. 424-1 permettraient d'opposer le sursis à statuer. ".
6. Il résulte de l'instruction que la demande de certificat d'urbanisme relative au terrain de Mme C ne se référait pas à une opération de construction déterminée mais a été présentée sur le fondement du a) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme susmentionné. Le certificat délivré le 13 juin 2019 mentionne d'ailleurs expressément qu'il a été délivré à titre informatif en application de ces dispositions. Dans ces conditions, ce certificat d'urbanisme n'a pu faire naître aucun droit à la construction d'une maison. Par suite, la requérante ne peut se prévaloir d'un tel droit que l'arrêté du 25 août 2020 aurait méconnu.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".
8. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement des dispositions de l'art. R. 111-2 du code de l'urbanisme, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Les risques d'atteinte à la sécurité publique visés par l'article R. 111-2 précité sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction pour laquelle le permis est sollicité que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers.
9. Pour refuser de délivrer le permis de construire sur le terrain de Mme C, le maire de Tourville-sur-Odon s'est fondé sur le fait que l'accès au terrain d'assiette du projet se situait le long de la route départementale n° 89, dans une courbe où la visibilité était restreinte, ce qui crée un risque pour la sécurité des usagers de la route départementale n° 89 et de ceux utilisant l'accès au terrain. Il résulte de l'instruction, notamment des photographies et plans produits, que la portion de voie qui dessert la propriété de la requérante est fortement courbée et est située hors agglomération, où la vitesse est limitée à 80 km/h, et qu'il n'est dès lors pas possible pour les véhicules circulant sur la voie départementale de voir un véhicule s'engager sur cette voie depuis l'accès, lorsqu'ils s'engagent eux-mêmes dans le virage et, en conséquence, d'adapter leur conduite en fonction de la présence éventuelle d'un véhicule. Si l'accès en cause est situé dans une zone encadrée de deux panneaux limitant la vitesse de circulation à 50 km/h, il ne résulte pas de l'instruction que cette vitesse, à supposer qu'ils s'y maintiennent, permette aux véhicules circulant sur la voie d'adapter leur conduite, alors que l'accès au projet est situé à la sortie du virage, avant lequel ils ne disposent d'aucune visibilité. En outre, s'agissant des véhicules circulant en direction de Tourville-sur-Odon, la limitation de vitesse prend fin à l'entrée du virage. Il résulte également des photographies produites par la requérante que l'accès à sa propriété est situé en retrait par rapport à la voie, depuis laquelle il est donc peu visible, de sorte que, même une fois sortis du virage, les véhicules circulant sur la voie départementale peuvent ne pas identifier l'accès. Enfin, la circonstance que l'accès à la propriété de la requérante soit situé à proximité d'autres accès à des terrains construits est sans incidence sur la légalité de l'arrêté du 25 août 2020 alors, au surplus, qu'il ressort du plan cadastral que ces accès sont situés de l'autre côté de la voie ou après le panneau de limitation de vitesse. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que l'accès au projet ne permet pas d'assurer la sécurité tant des usagers de la route départementale n° 89 que des usagers de l'accès au terrain de la requérante. Dans ces conditions, le maire n'a pas commis d'illégalité en en se fondant sur les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme pour refuser de délivrer un permis de construire sur le terrain de Mme C.
10. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 25 août 2020 n'est pas entaché d'illégalité et que le maire n'a, dès lors, pas commis de faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Tourville-sur-Odon. Par suite, Mme C n'est pas fondée à demander la condamnation de la commune à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Tourville-sur-Odon, qui n'est pas la partie perdante, une somme au titre des frais que Mme C a exposés pour la présente instance. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Tourville-sur-Odon au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Mme C versera la somme de 1 500 euros à la commune de Tourville-sur-Odon en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la commune de Tourville-sur-Odon.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023 à laquelle siégeaient :
- Mme Macaud, présidente,
- Mme Créantor, conseillère,
- Mme Remigy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
J. REMIGY
La présidente,
signé
A. MACAUD
La greffière,
E. BLOYET
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026