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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2201816

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2201816

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2201816
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantCOURREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er août 2022 et le 18 mars 2024, la société Loc et Zen, représentée par Me Courreau, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et intérêts de retard, des cotisations supplémentaires de taxe sur les véhicules de société auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2017, 2018, 2019 et 2020 pour un montant de 25 458 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les cotisations supplémentaires de taxe auxquelles elle a été assujettie sont infondées dès lors que l'assiette de la taxe, un véhicule de type Lexus ISF transformé pour devenir un modèle unique d'exhibition et d'essai non homologué pour circuler sur routes, n'entre pas dans le champ de la définition des véhicules de société soumis à la taxe mais relève de l'exonération prévue à l'article 1010 du code général des impôts ;

- le véhicule en cause ne répond pas à la définition des véhicules soumis à la taxe sur les véhicules telle qu'elle résulte de la réponse du ministre de l'écologie du développement durable, des transports et du logement à la question n° 90413 publiée au Journal officiel de l'assemblée nationale du 28 décembre 2010 ;

- elle remplit les conditions pour bénéficier de la tolérance accordée aux véhicules exclusivement affectés aux essais de produits fabriqués exposée au paragraphe 70 des commentaires administratifs publiés le 29 mai 2019 au BOFiP-Impôts sous la référence BOI-TFP-TVS-10-30 ;

- elle remplit les conditions pour bénéficier de l'exonération appliquée aux voitures affectées exclusivement aux compétitions sportives exposée au paragraphe 130 des commentaires administratifs publiés le 29 mai 2019 au BOFiP-Impôts sous la référence BOI-TFP-TVS-10-30.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 février 2023 et le 17 avril 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la directrice du contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête

Elle fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2007/46/CE du Parlement européen et du Conseil, du 5 septembre 2007, établissant un cadre pour la réception des véhicules à moteur ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pillais ;

- les conclusions de M. A ;

- et les observations de Me Courreau, avocate de la société Loc et Zen.

Considérant ce qui suit :

1. La société Loc et Zen a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 15 juin au 10 septembre 2021, portant sur la période du 1er octobre 2017 au 30 septembre 2020 étendue pour la taxe sur les véhicules de société au 31 décembre 2020. Elle a été destinataire d'une proposition de rectification du 14 septembre 2021, qu'elle a contestée s'agissant de l'assujettissement à la taxe sur les véhicules de société au titre des exercices 2017, 2018, 2019 et 2020 d'un véhicule de type Lexus ISF. L'administration fiscale a maintenu sa position et lui a adressé un avis de mise en recouvrement des impositions correspondantes le 8 avril 2022. Par une réclamation contentieuse du 19 mai 2022, rejetée le 1er juin 2022, la société Loc et Zen a contesté ces impositions. Par la présente requête, elle demande la décharge des cotisations de taxe sur les véhicules de société auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2017, 2018, 2019 et 2020.

Sur le bienfondé des impositions :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. D'une part, l'article 1010 du code général des impôts dans ses versions applicables aux impositions en litige soumet les sociétés à une taxe annuelle des véhicules de tourisme qu'elles utilisent en France, quel que soit l'Etat dans lequel ils sont immatriculés, ou qu'elles possèdent et qui sont immatriculés en France. Pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018, sont considérés comme véhicules de tourisme " les voitures particulières au sens du 1 du C de l'annexe II à la directive 2007/46/CE du Parlement européen et du Conseil, du 5 septembre 2007, établissant un cadre pour la réception des véhicules à moteur, de leurs remorques et des systèmes, des composants et des entités techniques destinés à ces véhicules, ainsi que les véhicules à usages multiples qui, tout en étant classés en catégorie N1 au sens de cette même annexe, sont destinés au transport de voyageurs et de leurs bagages ou de leurs biens. ". A compter du 1er janvier 2019 et jusqu'au 1er mars 2020 ce même article ajoute à la définition des véhicules de tourisme taxables les véhicules " comprenant au moins cinq places assises et dont le code de carrosserie européen est camions pick-up, sauf ceux mentionnés au e du 6° du IV de l'article 206 de l'annexe II au présent code, lorsqu'ils répondent à un impératif de sécurité pour les salariés ". A compter du 1er mars 2020 et jusqu'au 31 décembre 2020, l'article 1007 du même code maintient cette définition. L'article 1010 du code général des impôts dans ses versions applicables aux impositions en litige exonère de la taxe les véhicules destinés exclusivement soit à la vente, soit à la location de courte durée, soit à l'exécution d'un service de transport à la disposition du public, lorsque ces opérations correspondent à l'activité normale de la société propriétaire, soit à un usage agricole. Il résulte de ces dernières dispositions que les sociétés sont soumises à une taxe annuelle à raison des véhicules de tourisme qu'elles utilisent en France, quel que soit l'Etat dans lequel ils sont immatriculés, ou qu'elles possèdent et qui sont immatriculés en France. Par suite, l'administration est tenue d'assujettir tous les véhicules qui remplissent l'un des critères alternatifs d'assujettissement ainsi définis, à la seule exception des véhicules exclusivement destinés à l'une des trois activités limitativement énumérées au quatrième alinéa de cet article 1010 du code général des impôts, au nombre desquelles figure la location de courte durée, à la condition que cette activité corresponde à l'activité normale de la société propriétaire.

3. D'autre part, aux termes de l'annexe II à la directive 2007/46/CE du Parlement européen et du Conseil, du 5 septembre 2007 : " A. DÉFINITION DES CATÉGORIES DE VÉHICULES / Les catégories de véhicules sont définies d'après la classification suivante () : 1. Catégorie M : Véhicules à moteur conçus et construits pour le transport de passagers et ayant au moins quatre roues. / Catégorie M1 : Véhicules conçus et construits pour le transport de passagers comportant, outre le siège du conducteur, huit places assises au maximum. () 2. Catégorie N : Véhicules à moteur conçus et construits pour le transport de marchandises et ayant au moins quatre roues. / Catégorie N1 : Véhicules conçus et construits pour le transport de marchandises ayant un poids maximal ne dépassant pas 3,5 tonnes. () / C. DÉFINITION DU TYPE DE CARROSSERIE / Le type de carrosserie () est indiqué par la codification suivante : 1. Voitures particulières (M1) ". Il résulte de ces dispositions que sont soumis à la taxe sur les véhicules des sociétés, d'une part, les véhicules à moteur ayant au moins quatre roues conçus et construits pour le transport de passagers et comportant, outre le siège du conducteur, huit places assises au maximum, d'autre part, les véhicules dont le poids maximal ne dépasse pas 3,5 tonnes et qui, tout en ayant été à l'origine conçus et construits pour le transport de marchandises, sont destinés au transport de voyageurs et de leurs bagages ou de leurs biens.

4. En premier lieu, il est constant que la société Loc et Zen est propriétaire depuis le 22 novembre 2016 du véhicule modèle Lexus ISF qu'elle utilise en France et dont l'immatriculation a été réalisée en France. Ce véhicule à moteur dispose de quatre roues, a été conçu et construit pour le transport de passagers et ne comporte pas plus de huit places assises, en sus de celle du conducteur. Par suite, il relève des véhicules de tourisme au sens de l'article 1010 du code général des impôts. Les circonstances que ce véhicule aurait été largement modifié depuis son acquisition, de sorte qu'il ne pourrait plus être homologué pour la circulation sur voies ouvertes, qu'il aurait fait l'objet d'un retrait de la circulation enregistré le 28 septembre 2022 et qu'il ne serait plus assuré que pour la circulation lors d'essais privés en paddock et lors des opérations de chargement-déchargement sont sans incidence sur la qualification retenue par l'administration fiscale.

5. En second lieu, si la société Loc et Zen soutient que son véhicule doit bénéficier de l'exonération prévue à l'article 1010 du code général des impôts pour les véhicules destinés à la location de courte durée, il résulte toutefois de l'instruction que seuls huit jours de location sont déclarés sur les trois années 2017, 2018 et 2019 et, selon les déclarations de la société requérante, qu'elle présente son véhicule sur des circuits automobiles lors de compétitions à des fins promotionnelles. Il s'ensuit que la condition d'exclusivité attachée à la destination à la location de courte durée pour pouvoir bénéficier de l'exonération prévue à l'article 1010 du code général des impôts n'est pas satisfaite.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

6. En premier lieu, la société Loc et Zen ne peut utilement se prévaloir de la réponse du ministre de l'écologie du développement durable, des transports et du logement à la question n° 90413 publiée au Journal officiel de l'assemblée nationale du 28 décembre 2010, qui n'émane pas de l'administration fiscale et qui, en tout état de cause, ne rajoute rien à la loi fiscale.

7. En deuxième lieu, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir du paragraphe 70 des commentaires administratifs publiés le 29 mai 2019 au BOFiP-Impôts sous la référence BOI-TFP-TVS-10-30, lequel reprend les termes du rescrit fiscal RES n°2010/40 (ENR) du 6 juillet 2010, dès lors que ce paragraphe a trait aux voitures appartenant aux négociants en automobiles et destinées à la revente ainsi que des voitures de démonstration ou d'essai possédées par les constructeurs d'automobiles, leurs concessionnaires ou agents et par les constructeurs de caravanes pour la présentation de celles-ci, ainsi qu'il résulte du paragraphe 60 des mêmes commentaires, et que le véhicule de la requérante ne correspond pas à ces hypothèses.

8. En troisième lieu, selon le paragraphe 130 des mêmes commentaires : " Il est également admis que ne sont pas imposables à la TVS les voitures affectées exclusivement : () - aux compétitions sportives ; (). Il est précisé que l'exonération de ces véhicules est écartée lorsqu'ils sont utilisés à d'autres fins que pour l'exercice des activités mentionnées ci-dessus, et notamment lorsqu'ils sont également utilisés à titre privatif. La justification du caractère exclusif de l'affectation des véhicules est à la charge des entreprises concernées qui peuvent le démontrer, sur demande de l'administration, par tous moyens ". En l'espèce, la requérante ne produit aucun élément de nature à démontrer que son véhicule aurait participé à des compétitions sportives. Par suite, elle n'est pas fondée à se prévaloir de l'exonération prévue par l'interprétation précitée de la loi fiscale.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la société Loc et Zen n'est pas fondée à contester le bienfondé des cotisations supplémentaires de taxe sur les véhicules de société auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017, 2018, 2019 et 2020. Il s'ensuit que sa requête doit être rejetée, en ce compris ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Loc et Zen est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Loc et Zen et à la directrice du contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

M. PILLAIS

Le président,

Signé

A. MARCHANDLe greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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