mardi 24 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2202035 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre JU |
| Avocat requérant | DESERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 septembre 2022, 15 décembre 2022, 23 janvier 2023 et 19 septembre 2024, M. A B et Mme C D, représentés par Me Désert, demandent au tribunal :
1°) de condamner la caisse d'allocations familiales de la Manche à leur verser la somme de 4 652,38 euros, avec intérêts au taux légal à compter de la réception de la réclamation préalable, en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de la décision du 4 février 2022 les informant que leur responsabilité était engagée dans le cadre de la procédure de non-décence de leur logement ;
2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Manche une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision du 4 février 2022 est illégale dès lors qu'elle se fonde sur l'article L. 542-2 du code de la sécurité sociale qui n'était plus en vigueur ; en outre, cette décision est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation ; de plus, elle ne mentionne pas les délais et voies de recours ; en outre, aucune commission ne s'est tenue le 4 février 2022 ; de plus, la procédure a été irrégulière dès lors qu'elle impliquait un envoi en recommandé de la notification de la charge et du délai des travaux, conformément aux articles L. 852-2 et D 852-1 du code de la construction et de l'habitation ;
- ils ont été contraints de saisir la déléguée à la Défenseure des droits et la commission d'accès aux documents administratifs pour obtenir la " lettre réseau interne " ;
- l'illégalité de la décision, qui a été prise sans qu'ils aient été mis en mesure de présenter des observations, leur a causé un préjudice moral, à hauteur de 4 554,58 euros, ainsi qu'un préjudice matériel évalué à 100 euros.
Par un mémoire enregistré le 6 février 2023, la caisse d'allocations familiales de la Manche conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. A B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Macaud,
- les conclusions de Mme Remigy, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lebey, substituant Me Désert, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que Mme D et M. B, qui sont locataires d'une maison située à Hambye et au titre de laquelle ils bénéficient de l'aide au logement depuis le
1er août 2014, ont signalé, le 30 octobre 2020, aux services de la caisse d'allocations familiales de la Manche, des problèmes de nuisances olfactives dues à la fosse septique. Le 12 janvier 2021, ils ont rempli le questionnaire non-décence que la caisse d'allocations familiales leur avait adressé le 8 décembre 2020. La procédure de non-décence a été mise en œuvre et le contrôleur du Centre de développement pour l'habitat et l'aménagement des territoires (CDHAT) a estimé, après un contrôle sur place réalisé le 4 juin 2021, que le logement était non-décent. Le 14 juin 2021, la caisse d'allocations familiales a adressé le rapport de contrôle, établi le 10 juin 2021, aux bailleurs en indiquant que les travaux pour mettre le logement aux normes devaient impérativement être engagés pour que l'organisme puisse continuer de verser l'aide au logement et, par une décision du 30 juin 2021, leur a demandé de mettre en conformité le logement dans un délai de dix-huit mois à compter de la notification de la décision, qui précise, en outre, que l'allocation de logement sera conservée tant que la remise aux normes n'était pas effectuée. Par courrier du 30 juin 2021, la caisse d'allocations familiales a informé Mme D que la commission interne de la caisse avait validé les conclusions du contrôle, que la propriétaire avait dix-huit mois pour procéder à la mise en conformité du logement et que, tant que les travaux n'étaient pas réalisés, le bailleur ne percevait plus l'aide au logement, ce courrier rappelant aux requérants que le droit à l'aide au logement pouvait être suspendu s'ils empêchaient la réalisation des travaux nécessaires ou si le logement restait non-décent du fait d'un défaut d'entretien de leur part. Le 4 février 2022, la caisse d'allocations familiales a indiqué à Mme D et
M. B que la commission interne avait examiné à nouveau la situation puisque le bailleur avait satisfait à l'engagement de réaliser les travaux, que la problématique liée à la salle de bain ne relevait plus de la procédure de non-décence dès lors que les désordres étaient la conséquence d'un dégât des eaux sous couvert d'une assurance et, enfin, que les requérants n'avaient pas honoré un rendez-vous pris avec une entreprise, la commission interne ayant retenu la responsabilité des locataires dans l'impossibilité de remise en état du bien. Par cette décision du 4 février 2022, la caisse d'allocations familiales précise aux locataires qu'ils ont trois mois pour réaliser les travaux à leur charge et que le droit à l'allocation logement sera suspendu en l'absence de réponse ou réalisation effective des travaux à l'issue de ce délai. Enfin, au vu des éléments produits par les requérants dans un courrier adressé le 16 février 2022 contestant l'ensemble des motifs énoncés dans la décision du 4 février 2022, la caisse d'allocations familiales a décidé, le 25 février 2022, de réengager la procédure de non-décence et de réintégrer dans cette procédure la remise en état de la salle de bain, à la charge des propriétaires, ce dont ils ont également été informés par courrier du 25 février 2022. A l'issue d'une contre-visite effectuée le 20 juin 2022, exercée conjointement par l'Agence régionale de la santé et le CDHAT, un constat de décence a été établi, Mme D ayant, par ailleurs, été informée, par courrier du 10 octobre 2022, que les manquements des propriétaires évoqués dans le courrier que lui a adressé l'Agence régionale de la santé ne relevaient pas de la procédure de non-décence. Par un courrier du 19 octobre 2022, M. B et Mme D ont demandé à la caisse d'allocations familiales de les indemniser des préjudices subis du fait de l'illégalité de la décision du 4 février 2022. Leur demande ayant été implicitement rejetée, ils demandent au tribunal de condamner la caisse d'allocations familiales à leur verser la somme de 4 652,38 euros.
Sur les conclusions à fin de condamnation :
En ce qui concerne la légalité de la décision du 4 février 2022 :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 822-9 du code de la construction et de l'habitation : " Pour ouvrir droit à une aide personnelle au logement, le logement doit répondre à des exigences de décence définies en application des deux premiers alinéas de l'article 6 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs et portant modification de la loi n° 86-1290 du 23 décembre 1986. () ". Aux termes de l'article R. 822-24 du même code : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit répondre aux caractéristiques de décence définies par le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent. "
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 843-1 du code de la construction et de l'habitation : " Lorsque l'organisme payeur ou un organisme dûment habilité par ce dernier a constaté que le logement ne satisfaisait pas aux caractéristiques de décence mentionnées à l'article L. 822-9, l'allocation de logement est conservée par l'organisme payeur pendant un délai maximal fixé par voie réglementaire. / L'organisme payeur notifie au propriétaire le constat établissant que le logement ne remplit pas les conditions requises pour être qualifié de logement décent et l'informe qu'il doit le mettre en conformité dans le délai maximal mentionné au premier alinéa pour que l'allocation de logement conservée lui soit versée. / Durant ce délai, le locataire s'acquitte du montant du loyer et des charges récupérables diminué du montant des allocations de logement, dont il a été informé par l'organisme payeur, sans que cette diminution puisse fonder une action du propriétaire à son encontre pour obtenir la résiliation du bail. ". Aux termes de l'article R. 843-2 de ce code : " Le délai mentionné au premier alinéa de l'article L. 843-1 est fixé à dix-huit mois. / Les délais mentionnés aux premiers alinéas des articles L. 843-3 et L. 843-4 sont fixés à six mois. ". En outre, aux termes de l'article L. 852-2 du code : " Lorsque, par suite d'un défaut d'entretien imputable au bénéficiaire, le logement cesse de remplir les conditions de décence prévues à l'article L. 822-9 ou lorsque le bénéficiaire refuse de se soumettre au contrôle prévu à l'article L. 851-4, le versement des aides personnelles au logement peut être suspendu ou interrompu. " et aux termes de l'article D. 852-2 de ce code : " Si, dans un délai qui ne peut être inférieur à trois mois, le bénéficiaire n'a pas procédé à la remise en état de son logement ou a persisté dans son refus de se soumettre au contrôle prévu par la loi, le versement de l'aide est interrompu. ". Enfin, l'article L. 851-4 du même code prévoit que " Les organismes chargés de la gestion des aides personnelles au logement sont habilités à faire vérifier sur place si le logement satisfait aux exigences de décence et de peuplement prévues, respectivement, aux articles L. 822-9 et L. 822-10. () ".
4. Mme D et M. B excipent de l'illégalité de la décision du 4 février 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales a estimé que leur responsabilité était engagée. Si cette décision se réfère, à tort, à l'article L. 542-2 du code de la sécurité sociale qui est abrogé depuis le 1er septembre 2019, les dispositions de cet article ont été reprises dans le code de la construction et de l'habitation, en particulier aux articles L. 852-2 et D. 852-2 cités au point 3 du présent jugement, qui justifient légalement la décision du 4 février 2022 ainsi que le fait valoir la caisse d'allocations familiales en défense. En outre, la circonstance que la décision ne mentionne pas les délais et voies de recours et qu'elle n'aurait pas été notifiée par envoi en recommandé est sans incidence sur sa légalité. De même, si les requérants font valoir qu'ils ont été contraints de saisir la déléguée à la Défenseure des droits et la commission d'accès aux documents administratifs pour obtenir la " lettre réseau interne " aux organismes payeurs des prestations logement, lettre mentionnée dans le courrier de la caisse d'allocations familiales du 25 février 2022, cette circonstance, au demeurant postérieure à la décision du 4 février 2022, est sans incidence sur la légalité de cette décision. De plus, contrairement à ce que semblent soutenir les requérants, la décision ne mentionne pas qu'une commission s'est tenue le 4 février 2022, aucun élément ne permettant, par ailleurs, de remettre en cause l'affirmation selon laquelle la commission interne à l'organisme payeur, qui s'était réunie une première fois le 28 juin 2021, a réexaminé la situation préalablement à l'édiction de la décision du 4 février 2022.
5. En revanche, les requérants font valoir que, contrairement à ce que retient la décision du 4 février 2022, d'une part, les désordres affectant la salle de bain n'étaient pas dus à un dégât des eaux et, d'autre part, ils n'ont jamais fait obstacle à l'intervention d'une entreprise pour la réalisation des travaux et n'ont jamais été prévenus qu'une entreprise devait intervenir le
19 janvier 2022. Il résulte de l'instruction, d'une part, que les requérants ont adressé un courrier à la caisse d'allocations familiales le 16 février 2022 pour contester leur responsabilité retenue dans la décision du 4 février 2022 et pour demander la prise en compte de la salle de bains dans la procédure de non-décence et, d'autre part, la caisse d'allocations familiales a, dès le 25 février suivant, répondu favorablement à leur demande en réintégrant la remise en état de la salle de bain dans la procédure de non-décence et en mettant les travaux restant à réaliser à la charge des propriétaires. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la décision du
4 février 2022, en retenant leur responsabilité et en excluant les travaux de la salle de bain de la procédure, était entachée d'erreur de fait et d'appréciation.
En ce qui concerne les préjudices :
6. Si les requérants font valoir que la décision du 4 février 2022 a été extrêmement violente pour eux et qu'ils ont été particulièrement affectés dans la mesure où ils ne disposaient pas des fonds nécessaires pour réaliser les travaux demandés, ils ne produisent aucun élément établissant la détresse qu'ils invoquent. En outre, il résulte de l'instruction, et ainsi qu'il a été dit ci-dessus, que la caisse d'allocations familiales a, après réception du recours du 16 février 2022 de Mme D et M. B, fait droit à ce recours dès le 25 février 2022, procédant ainsi au retrait de la décision du 4 février 2022 dans un bref délai. Enfin, si les requérants font valoir qu'ils ont passé un temps inestimable à tenter de résoudre à l'amiable le litige, notamment en saisissant la déléguée à la Défenseure des droits et en rédigeant des courriers, il résulte de l'instruction que ces faits sont imputables à la non-décence de leur logement et non à la décision du 4 février 2022. Dans ces conditions, la demande tendant à être indemnisés à hauteur de 4 554,58 euros au titre du préjudice moral doit être rejetée.
7. Enfin, les requérants ne produisent aucun justificatif pour établir la réalité des frais qu'ils auraient engagés du fait de la décision du 4 février 2022. Dans ces conditions, la demande de condamnation de la caisse d'allocations familiales à leur verser 100 euros au titre d'un préjudice matériel doit être rejetée.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme D et M. B ne sont pas fondés à demander la condamnation de la caisse d'allocations familiales de la Manche.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Manche une somme au titre des frais exposés par les requérants pour la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D et M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et M. A B et à la caisse d'allocations familiales de la Manche.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 décembre 2024.
La magistrate désignée,
signé
A. MACAUD
La greffière,
signé
E. BLOYET
La République mande et ordonne au préfet de la Manche ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
E. Bloyet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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