mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2202427 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SOULIE COSTE-FLORET & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2022, la société anonyme (SA) Allianz IARD et la société anonyme (SA) Argentan Distribution, représentées par la SCP Soulie et Coste Floret, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à verser à la société Allianz IARD la somme de 267 773,29 euros en sa qualité d'assureur, subrogé dans les droits et actions de la société Argentan Distribution ;
2°) de condamner l'Etat à verser à la société Argentan Distribution la somme de 17 144 euros au titre de la franchise restée à sa charge ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à la société Allianz IARD en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- leurs demandes sont recevables ;
- à titre principal, la responsabilité sans faute de l'Etat est engagée sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, en raison du blocage de l'accès au magasin E. Leclerc exploité à Argentan par la société Argentan Distribution lors du mouvement des gilets jaunes entre le 17 novembre et le 31 décembre 2018.
- à titre subsidiaire, la responsabilité sans faute de l'Etat est engagée pour rupture d'égalité devant les charges publiques ;
- la société Allianz IARD a indemnisé la société Argentan Distribution au titre des préjudices subis par cette dernière à hauteur de 255 173,29 euros ; elle a exposé 12 600 euros au titre des frais d'expertise ;
- la société Argentan Distribution a supporté une franchise de 17 144 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2022, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;
- les conclusions relatives à la demande d'indemnisation de la société Argentan Distribution sont irrecevables faute de demande préalable ;
- les conclusions tenant à l'indemnisation pour la période s'étendant du 8 au 29 décembre 2018 sont irrecevables fautes d'avoir été mentionnées dans le recours préalable du 19 novembre 2019 de la société Allianz IARD ;
- la responsabilité de l'Etat n'est pas engagée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code de la route ;
- le code de sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Groch,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La société Argentan Distribution exploite un hypermarché E. Leclerc situé 21 rue Pierre Bérégovoy à Argentan. Dans le cadre du mouvement national dit des " gilets jaunes ", des groupes de manifestants ont organisé des opérations de blocage entre le 17 novembre 2018 et le 29 décembre 2018 affectant le magasin et son accès, notamment au rond-point le desservant. Son assureur, la société Allianz IARD, l'a indemnisée à hauteur de 255 173,29 euros au titre de pertes dues à une interruption totale ou partielle de l'activité, conséquences du mouvement national des gilets jaunes. Par un courrier reçu par le préfet de l'Orne le 21 novembre 2019, la société Allianz IARD a adressé une demande indemnitaire préalable d'un montant total de 284 919,52 euros, dont 17 144 euros présentés au nom de la société Argentan Distribution au titre de la franchise contractuelle restée à la charge de l'assuré. Le silence gardé par le préfet de l'Orne sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, la société Allianz IARD et la société Argentan Distribution demandent la condamnation de l'Etat à leur verser respectivement les sommes de 267 773,29 euros et 17 144 euros.
Sur la responsabilité sans faute de l'Etat :
En ce qui concerne la responsabilité sans faute de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure :
2. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens ". L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés, commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés. Ne peuvent être regardés comme étant le fait d'un attroupement ou rassemblement au sens de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure les actes délictuels alors qu'ils ne procédaient pas d'une action spontanée dans le cadre ou le prolongement d'un attroupement ou rassemblement mais d'une action préméditée, organisée par un groupe structuré à seule fin de les commettre.
3. Aux termes de l'article L. 412-1 du code de la route : " Le fait, en vue d'entraver ou de gêner la circulation, de placer ou de tenter de placer, sur une voie ouverte à la circulation publique, un objet faisant obstacle au passage des véhicules ou d'employer, ou de tenter d'employer un moyen quelconque pour y mettre obstacle, est puni de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende (). ".
4. La société Allianz IARD se prévaut du rapport d'expertise du 7 mai 2019 du cabinet d'expertise Polyexpert qui indique qu'à compter du 17 novembre 2018 et jusqu'au 29 décembre 2018, des blocages de la circulation ont été effectués sur la commune d'Argentan par des personnes ayant l'intention d'entraver l'accès à l'hypermarché exploité par la société Argentan Distribution. Ces opérations, qui ont, selon les jours, empêché, limité ou dissuadé l'accès au centre commercial, ont entraîné, sur cette période, une baisse de fréquentation par la clientèle du centre commercial. Par ailleurs, si elles soutiennent qu'il y a eu durant cette période un délit d'entrave à la liberté du travail, elles ne l'établissent pas.
5. Il résulte également de l'instruction et des articles de presse produits au dossier par la défense que ces opérations s'inscrivent dans le contexte national de contestation dit des " gilets jaunes ", né en octobre 2018 en réaction notamment à la hausse du prix des carburants. Bien que n'étant pas porté par un groupe ou une structure préexistante identifiable, ce mouvement de contestation s'est structuré, au moyen notamment des réseaux sociaux, en vue en particulier de monter des opérations concertées et coordonnées de barrages routiers. Il ressort d'ailleurs des pièces du dossier, et notamment de la publication d'articles de presse précédant la journée du 17 novembre 2018 que l'information sur la localisation des lieux de blocage pouvant être visés par le mouvement des gilets jaunes était disponible. Il s'ensuit que ces opérations ne procèdent pas d'une simple action spontanée dans le cadre ou le prolongement d'un mouvement national de contestation mais présentent un caractère prémédité et ont été organisées par un groupe structuré à seule fin de commettre le délit d'entrave à la circulation. Elles ne sauraient donc être regardées comme le fait d'un attroupement ou d'un rassemblement au sens des dispositions précitées de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure et ne peuvent engager la responsabilité de l'État sur ce fondement.
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat pour rupture d'égalité devant les charges publiques :
6. D'une part, lorsque le dommage invoqué a été causé à l'occasion d'une série d'actions concertées ayant donné lieu, sur l'ensemble du territoire ou une partie substantielle de celui-ci, à des crimes ou délits commis par plusieurs attroupements ou rassemblements et que les conditions d'application de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure ne sont pas réunies, la responsabilité de l'Etat peut être engagée sur le fondement des principes généraux du droit de la responsabilité sans faute si le dommage indemnisable présente le caractère d'un préjudice anormal et spécial. D'autre part, les dommages résultant du fait de l'abstention de l'autorité administrative compétente de prendre les mesures nécessaires pour rétablir l'ordre ne peuvent, lorsque cette abstention n'est pas fautive, engager la responsabilité de cette autorité que si cette abstention a été directement à l'origine d'un dommage anormal et spécial.
7. Le blocage du centre E. Leclerc d'Argentan s'inscrit dans un ensemble de manifestations et d'actions de même nature menées à la fin de l'année 2018 sur l'ensemble du territoire et qui ont notamment eu une incidence sur de nombreux commerces. Les sociétés requérantes n'apportent aucun élément de nature à établir que l'hypermarché aurait subi un préjudice différent de celui qu'ont subi d'autres entreprises, notamment de la grande distribution, du fait des actions menées dans le cadre de ce mouvement national. En outre, si le rapport d'expertise du cabinet Polyexpert du 7 mai 2019 se fonde sur une baisse du chiffre d'affaires de l'établissement pour établir sa proposition indemnitaire, les requérantes ne justifient pas que cela aurait eu un impact significativement négatif sur les résultats annuels, ni que cela aurait contraint le développement de l'entreprise. Ainsi, les sociétés Argentan Distribution et Allianz IARD n'établissent pas le caractère anormal et spécial du dommage allégué. Par suite, la société Allianz IARD et la société Argentan Distribution ne sont pas fondées à rechercher la responsabilité sans faute de l'Etat sur ce fondement.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir soulevées par la défense, que les conclusions indemnitaires présentées par les sociétés Allianz IARD et Argentan Distribution doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent les sociétés requérantes sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Allianz IARD et de la société Argentan Distribution est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme Allianz IARD, à la société anonyme Argentan Distribution et au préfet de l'Orne.
Copie sera transmise au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
N. GROCH
Le président,
Signé
F. CHEYLANLa greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026