mercredi 12 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2202897 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | ASSOCIATION LERAYER COHEN POISSON BOLLOTTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 décembre 2022 et 13 janvier 2023, Mme D A, représentée par la SELARL Adden avocats, demande au juge des référés de prescrire, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise portant sur les désordres affectant le mur de clôture de sa propriété située 4 rue de l'Eglise, La Lande-sur-Eure à Longny-les-Villages (61290).
Elle soutient que :
- elle a la qualité d'usufruitière de la propriété affectée par les désordres ;
- elle a été informée en septembre 2020 qu'une partie du mur d'enceinte de sa propriété penchait sur le domaine public ;
- des étais ont été posés en février 2021 afin de sécuriser la rue ;
- elle a mandaté un expert en pathologie du bâtiment qui, dans un rapport rendu le
27 mai 2021, a estimé que les travaux sur le réseau d'eaux pluviales entrepris en 2019 n'avaient pas été réalisés dans les règles de l'art et que l'affaissement du mur était principalement dû à un réseau d'eaux pluviales défaillant qui passe devant le mur de clôture ;
- l'expertise réalisée en octobre 2021 à la demande des assureurs, qui constate la rupture d'un des tirants suite à l'oxydation de sa fixation, est peu étayée et ne prend pas en compte l'état des canalisations d'eaux pluviales, au moins au niveau du regard situé au pied du mur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2023, le département de l'Orne apporte des précisions à l'attention de l'expert qui sera désigné.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 5, 9 et 17 janvier 2023, la communauté de communes des Hauts du Perche, représentée par l'association d'avocats Lerayer et Associés, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'il soit donné acte de ses protestations et réserves sur la demande de désignation d'un expert.
La commune de Longny-les-Villages, à qui la requête a été transmise le 26 décembre 2022, n'a pas présenté de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative ;
- la décision du président du tribunal administratif du 1er septembre 2021 portant désignation du juge des référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la fin de non-recevoir soulevée par la communauté de communes des Hauts du Perche :
1. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a consenti en 2020 une donation-partage de la propriété affectée par les désordres, au profit de son fils. En sa qualité d'usufruitière du bien, elle justifie d'un intérêt pour solliciter une expertise ayant pour objet de déterminer la cause des désordres affectant une partie du mur de clôture de cette propriété. Dès lors, la fin de non-recevoir doit être écartée.
Sur la demande d'expertise :
2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
3. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.
4. A l'appui de sa demande d'expertise, Mme D A, usufruitière d'une propriété située 4 rue de l'Eglise, La Lande-sur-Eure à Longny-les-Villages (61290), soutient qu'elle a été informée en septembre 2020 qu'une partie du mur de clôture de l'ancien presbytère penchait sur le domaine public. A sa demande, un expert en pathologie du bâtiment, dans un rapport rendu le 27 mai 2021, a estimé que les travaux sur le réseau d'eaux pluviales entrepris en 2019 n'avaient pas été réalisés dans les règles de l'art et que l'affaissement du mur, doté de tirants métalliques, était principalement dû à un réseau d'eaux pluviales défaillant qui passe devant le mur de clôture. Lors d'une expertise contradictoire réalisée en octobre 2021 à la demande des assureurs, il a été constaté la rupture d'un des tirants suite à l'oxydation de sa fixation. Si ce dernier rapport conclut à l'absence de lien causal des ouvrages publics longeant le mur, il ne ressort pas de ce rapport que les experts aient ouvert la grille avaloir située à proximité de la partie affaissée du mur ni examiné le fond du regard. Compte tenu de ces éléments, la requérante est fondée à faire valoir qu'une expertise judiciaire serait utile pour déterminer contradictoirement, dans la perspective d'un litige éventuel contre la communauté de communes des Hauts du Perche notamment, l'origine des désordres affectant sa propriété. Il y a lieu de faire droit à la demande d'expertise, en fixant la mission de l'expert ainsi qu'il est précisé ci-dessous à l'article 1er de la présente ordonnance.
O R D O N N E :
Article 1er : M. C B, exerçant 20 rue Thouret, Pont-L'Evêque (14130), qui pourra demander au tribunal de lui adjoindre un sapiteur, est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission, en présence de Mme D A, de la communauté de communes des Hauts du Perche, du département de l'Orne et de la commune de Longny-les-Villages, de :
1°) se faire communiquer toutes les informations et documents utiles à l'accomplissement de sa mission, entendre tout sachant ;
2°) se rendre sur les lieux, sur la propriété de Mme D A, située 4 rue de l'Eglise, La Lande-sur-Eure à Longny-les-Villages (61290), après avoir dûment convoqué les parties ;
3°) décrire avec précision la nature et l'étendue des désordres affectant le mur de clôture de l'ancien presbytère longeant la voie publique ;
4°) procéder à toutes constatations utiles, décrire l'état du mur de clôture de l'ancien presbytère longeant la voie publique ; déterminer la ou les causes des dégradations constatées, en précisant, en cas de pluralité de causes, la part imputable à chacune d'elles ;
5°) préciser si les travaux réalisés en 2019, consistant notamment dans la pose d'un avaloir d'eaux pluviales à proximité du mur et l'aménagement de bordures, sont à l'origine de tout ou partie des désordres constatés sur ce mur de clôture ; préciser le cas échéant si et dans quelle mesure ces travaux ont pu contribuer à aggraver les désordres ;
6°) déterminer la nature et le coût des travaux nécessaires pour remédier entièrement aux désordres affectant ce mur ;
7°) d'une manière générale, donner toute information ou appréciation qui apparaîtrait utile pour permettre au juge du fond de déterminer les responsabilités encourues, les travaux permettant de remédier aux désordres et les préjudices subis.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Lors de la première réunion d'expertise, il vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise ou une demande de mise hors de cause des parties non concernées, dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues par l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L'expert déposera son rapport au greffe dans le délai de cinq mois et notifiera aux parties des copies du rapport dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A, à la communauté de communes des Hauts du Perche, au département de l'Orne, à la commune de Longny-les-Villages et à l'expert.
Fait à Caen, le 12 avril 2023.
Le juge des référés,
signé
F. CHEYLAN
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Tabourel
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