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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300088

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300088

vendredi 31 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300088
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre JU
Avocat requérantSELARL CHRISTOPHE LAUNAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 11 janvier 2023, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a renvoyé au tribunal de céans la requête de Mme A C, enregistrée le 6 décembre 2022.

Par sa requête et des mémoires enregistrés le 15 mai 2023, le 15 mars 2024, le 21 mai 2024, le 13 juillet 2024 et le 21 août 2024, Mme C, représentée par Me Launay, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'agence nationale de l'habitat (ANAH) a rejeté son recours administratif formé le 2 août 2022 contre la décision du 20 juin 2022 de cette agence lui refusant la prime de transition énergétique ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'ANAH a rejeté son recours administratif formé le 14 février 2023 contre la décision rectificative du 14 décembre 2022 lui attribuant une prime de 2 229,55 euros ;

3°) d'enjoindre à l'ANAH de lui verser la somme intégrale de la prime sollicitée ou, subsidiairement, de statuer à nouveau sur sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'Etat à lui rembourser la somme de 96 euros correspondant au surcoût relatif à la modification de l'audit énergétique par l'auditeur ;

5°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité pour préjudice subi ;

6°) de suspendre le délai de forclusion jusqu'à la date du jugement et de l'assortir d'un délai supplémentaire de six mois pour demander le paiement de la prime sollicitée ;

7°) de mettre à la charge de l'ANAH une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 14 décembre 2022 est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;

- le réexamen de son dossier doit être fait par un agent qualifié dans ce domaine, dans le respect de la réglementation en vigueur à la date du 13 octobre 2020.

Par un mémoire enregistré le 12 juin 2024, l'ANAH conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête dès lors que la décision du 14 décembre 2022, qui a acquis un caractère définitif, s'est substituée à celle du 20 juin 2022 et les conclusions dirigées contre la décision du 14 décembre 2022 sont tardives ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 ;

- l'arrêté du 17 novembre 2020 relatif aux caractéristiques techniques et modalités de réalisation des travaux et prestations dont les dépenses sont éligibles à la prime de transition énergétique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Macaud,

- et les observations de Me Launay, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C a déposé, le 3 octobre 2021, une demande de prime de transition énergétique dite " Ma PrimeRénov' " pour des travaux d'installation d'une pompe à chaleur, d'isolation thermique des rampants de toiture et plafonds de comble, d'isolation des murs par l'extérieur, d'assistance à maitrise d'ouvrage et de bonus bâtiment basse consommation pour sa propriété située à Saint-Martin de Blagny (Calvados). Par une décision du 20 juin 2022, l'Agence nationale de l'habitat (l'ANAH) a rejeté sa demande de prime. Par courrier du 2 août 2022, Mme C a formé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de cette décision. En l'absence de réponse dans le délai de deux mois du recours administratif, l'ANAH a rejeté implicitement ce recours. Par décision du 14 décembre 2022, l'ANAH a finalement accordé une prime de transition énergétique pour un montant de 2 229,55 euros.

Sur les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet du recours administratif formé le 2 août 2022 :

2. Aux termes de l'article 9 du décret du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique : " L'introduction d'un recours afférent aux décisions relatives à la prime de transition énergétique est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif par le bénéficiaire auprès du directeur général de l'Agence nationale de l'habitat. / Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge.

3. Mme C demande l'annulation de la décision implicite par laquelle l'ANAH a rejeté son recours administratif préalable formé le 2 août 2022 contestant le bien-fondé de la décision du 20 juin 2022, portant rejet de sa demande de prime. Toutefois, par la décision du 14 décembre 2022, l'ANAH a finalement accordé la prime pour un montant de 2 229,55 euros. Dans ces conditions, la décision du 14 décembre 2022 s'est substituée à la décision implicite par laquelle l'ANAH avait rejeté le recours administratif du 2 août 2022. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre la décision implicite de rejet du recours administratif du 2 août 2022 sont dépourvues d'objet. Les conclusions aux fins d'annulation présentées par la requérante doivent, en revanche, être regardées comme dirigées contre la décision du 14 décembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 décembre 2022 :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par l'ANAH :

4. Mme C a formé le 14 février 2023, soit dans un délai de deux mois suivant la notification de la décision rectificative du 14 décembre 2022, un recours administratif dirigé contre cette décision lui attribuant une prime de 2 229,55 euros. Par suite, et alors même que le recours administratif a été réceptionné le 16 février 2023 par l'ANAH, la décision du 14 décembre 2022 n'était pas devenue définitive le 15 mars 2024, date à laquelle Mme B a demandé au tribunal d'annuler la décision du 14 décembre 2022 contre laquelle elle avait formé, le 14 février 2023, un recours administratif. Les conclusions de la requête de Mme B tendant à l'annulation de la décision rejetant son recours administratif dirigé contre la décision du 14 décembre 2022 sont, par suite, et en tout état de cause, recevables.

En ce qui concerne le bien-fondé de la décision octroyant une prime de 2 229,55 euros :

5. Aux termes de l'article 3 du décret du 14 janvier 2020, dans sa rédaction applicable au litige : " I.- Le montant de la prime est fixé forfaitairement par type de dépense éligible, en fonction des ressources du demandeur () IV.- Pour des mêmes travaux et dépenses éligibles, le montant total de la prime, des aides perçues au titre des certificats d'économie d'énergie mentionnés aux articles L. 221-1 et suivants du code de l'énergie, des aides aux actions de maîtrise de la demande en énergie en outre-mer, (), et des aides mentionnées à l'article L. 313-3 du code de la construction et de l'habitation, ne peut avoir pour conséquence de laisser à la charge du bénéficiaire : / () -moins de 25 % de la dépense éligible du projet pour les ménages dont les revenus sont définis au 2 du I du présent article ; () V.- (), le montant total des aides publiques hors aides fiscales, et privées hors aides, ristournes, remises, rabais ou contreparties mentionnés au II, ne peut être supérieur au montant total d'une même dépense éligible. Le respect du présent V s'apprécie lors de l'engagement du montant correspondant à la prime et lors de sa liquidation. () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique : " L'Agence nationale de l'habitat, après vérification des pièces produites à la demande de paiement, liquide le montant du solde à payer au regard des dépenses effectivement supportées par le bénéficiaire. L'Agence nationale de l'habitat établit au profit du bénéficiaire ou du mandataire, en tenant compte des règles d'écrêtement prévues aux V et VI de l'article 3 du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 précité, un ordre de paiement à transmettre à l'agent comptable de l'agence, déduction faite, le cas échéant, de l'avance déjà versée. Le montant liquidé ne peut être supérieur au montant engagé, le cas échéant après prise en compte des éventuels engagements rectificatifs () ".

6. En outre, selon l'annexe 2 de l'arrêté du 14 janvier 2020, le plafond de dépense éligible est, toutes taxes comprises, de 12 000 euros pour une pompe à chaleur, de 75 euros par mètre carré pour l'isolation des rampants de toiture et plafonds de combles, de 150 euros par mètre carré pour l'isolation des murs par l'extérieur et de 4 000 euros pour le calcul du bonus basse consommation. Enfin, il est constant que Mme C se situe dans la catégorie des ménages dits " modestes " et peut bénéficier d'un montant cumulé des aides à hauteur de 75 % par poste de dépense.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a sollicité la prime de transition énergétique pour réaliser des travaux d'installation d'une pompe à chaleur, d'isolation thermique des rampants de toiture et plafonds de combles, d'isolation des murs par l'extérieur et d'assistance à maitrise d'ouvrage. Il est en outre constant qu'elle a perçu une aide de 19 000 euros d'Action logement, de 8 000 euros de la région Normandie sous forme de " chèques éco-énergie ", de 8 040 euros correspondant à des certificats d'économie d'énergie et une somme de 800 euros au titre d'un chèque énergie pour l'audit énergétique. Il ressort des écritures de l'ANAH que, pour calculer le montant de la prime à laquelle Mme C peut prétendre, elle a, sur chaque poste de dépense éligible, proratisé les aides perçues par Mme C, en particulier les aides d'Action logement et de la région Normandie, alors même que ces aides n'avaient pas été attribuées pour l'ensemble des postes de travaux réalisés par Mme C. Il ressort ainsi des pièces du dossier que l'aide versée par Action logement ne concernait pas l'installation de la pompe à chaleur mais les travaux d'isolation thermique des murs par l'extérieur. En outre, Mme C fait valoir, sans être contredite, que les calculs de l'ANAH, détaillés dans son mémoire en défense, révèlent une erreur s'agissant du bonus basse consommation, avec un écart de prime de 680 euros en faveur de la requérante. En l'absence d'éléments de nature à justifier la proratisation des aides perçues par Mme C et la ventilation entre les différents postes de dépenses éligibles, des calculs étant, par ailleurs, erronés, la décision du 14 décembre 2022 attribuant à la requérante une prime de transition énergétique de 2 229,55 euros, ainsi que la décision rejetant implicitement le recours administratif préalable de Mme C, sont entachées d'erreur de droit et d'erreurs de fait.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision de l'ANAH lui attribuant une prime de transition énergétique de 2 229,55 euros.

Sur les conclusions visant au remboursement d'un audit énergétique :

9. Il ne relève d'aucune disposition législative ou réglementaire que la requérante devrait se voir rembourser le surcoût invoqué relatif à la modification de l'audit énergétique.

Sur les conclusions indemnitaires présentées par Mme C :

10. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision (). / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

11. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante aurait présenté à l'administration une demande préalable tendant à l'indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi. Par suite, les conclusions indemnitaires susvisées, qui sont irrecevables, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Compte tenu du motif de l'annulation, il y a lieu d'enjoindre à l'ANAH de réexaminer la situation de Mme C, en calculant les montants dus au titre de la prime de transition énergétique par type de dépense éligible, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ANAH une somme de 1 000 euros à verser à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle l'ANAH a attribué à Mme C une prime de transition énergétique de 2 229,55 euros est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'ANAH de procéder au réexamen de la demande de Mme C tendant à bénéficier de la prime de transition énergétique, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'ANAH versera à Mme C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à l'agence nationale de l'habitat.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025.

La magistrate désignée,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

E. Bloyet

No 2300088

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