jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2300263 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre JU |
| Avocat requérant | LE BROUDER |
Vu les procédures suivantes :
I°) Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 février 2023 et le 29 août 2024, sous le n° 2300263, Mme B A, représentée par Me Le Brouder, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 5 octobre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Calvados a refusé de lui accorder une remise de dette correspondant à un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 1 297,23 euros (IN5/8) pour la période du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2020, ensemble la décision du 13 janvier 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales lui a notifié cette dette ;
2°) de la décharger du paiement des sommes réclamées ;
3°) de lui accorder une remise gracieuse totale ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Calvados la somme de 1 500 euros à verser à Me Le Brouder, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le recours a un effet suspensif sur la récupération de l'indu ; la caisse ne peut procéder à une retenue pour l'indu d'aide personnalisée au logement IN5/9, qu'elle ne lui a pas notifié ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- une partie des sommes réclamées initialement était prescrite ;
- la caisse d'allocations familiales a commis une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation ; elle est de bonne foi et se trouve en situation de grande précarité ; en outre, elle a obtenu une remise gracieuse pour deux autres indus de prime d'activité.
II°) Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 février 2023 et le 29 août 2024, sous le n° 2300264, Mme B A, représentée par Me Le Brouder, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 5 octobre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Calvados a refusé de lui accorder une remise de dette correspondant à un indu de prime d'activité d'un montant de 1 053,21 euros (IM3/1) pour la période du 1er janvier 2020 au 30 septembre 2020, ensemble la décision du 13 janvier 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales lui a notifié cet indu ;
2°) de la décharger du paiement des sommes réclamées ;
3°) de lui accorder une remise gracieuse totale ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Calvados la somme de 1 500 euros à verser à Me Le Brouder, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soulève les mêmes moyens que ceux invoqués dans sa requête enregistrée sous le n° 2300263.
III°) Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 février 2023 et le 29 août 2024, sous le n° 2301799, Mme B A, représentée par Me Le Brouder, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 9 mars 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Calvados lui a notifié un indu d'aide personnalisée au logement (IN5/8) et un indu de prime d'activité (IM3/1), d'un montant global de 1 927,44 euros, pour la période de janvier 2020 à décembre 2020 ;
2°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 13 mars 2023 et la décision explicite de rejet de son recours du 13 juin 2023 réclamant un indu d'aide personnalisée au logement de 1 297,23 euros ;
3°) de lui accorder une remise gracieuse totale et la décharger du paiement des sommes réclamées ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Calvados la somme de 1 500 euros à verser à Me Le Brouder, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le recours a un effet suspensif sur la récupération de l'indu ; la caisse ne peut procéder à une retenue pour l'indu d'aide personnalisée au logement IN5/9, qu'elle ne lui a pas notifié ;
- la décision du 9 mars 2023 a été prise par une autorité incompétente ;
- les décisions du 9 mars 2023 et du 13 juin 2023 sont insuffisamment motivées ;
- une partie des sommes réclamées est prescrite ;
- la caisse d'allocations familiales a opéré des retenues sur prestations en méconnaissance des dispositions de l'article L. 845-3 du code de sécurité sociale ;
- les indus ne sont pas fondés ; elle a correctement déclaré à la caisse d'allocations familiales et à l'administration fiscale les pensions alimentaires perçues ;
- elle est de bonne foi et se trouve en situation de grande précarité.
IV°) Par une requête et un mémoire enregistrés le 5 juillet 2023 et le 29 août 2024, sous le n° 2301800, Mme B A, représentée par Me Le Brouder, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 9 mars 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Calvados lui a notifié un indu d'aide personnalisée au logement (IN5/8) et un indu de prime d'activité (IM3/1), d'un montant global de 1 927,44 euros, pour la période de janvier 2020 à décembre 2020 ;
2°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 13 mars 2023 et la décision explicite de rejet de son recours gracieux du 13 juin 2023 réclamant un indu de prime d'activité de 586,88 euros ;
3°) de lui accorder une remise gracieuse totale et la décharger du paiement des sommes réclamées ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Calvados la somme de 1 500 euros à verser à Me Le Brouder, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soulève les mêmes moyens que ceux invoqués dans sa requête enregistrée sous le n° 2301799.
Par des mémoires enregistrés le 1er février 2024 et le 19 septembre 2024 dans les quatre instances, la caisse d'allocations familiales du Calvados conclut au rejet des requêtes de Mme A.
Elle soutient que :
- la décision du 13 janvier 2022 a été annulée et remplacée par une décision du 9 mars 2023, qui tient compte de la prescription biennale ;
- le trop-perçu d'aide personnalisée au logement (IN5/8) est désormais soldé et la dette relative à la prime d'activité (IM3/1) s'élève à la somme de 568,88 euros ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme B A a été admise, pour les quatre instances, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 23 mai 2023 et du 28 novembre 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Macaud,
- et les observations de Me Le Brouder, représentant Mme A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a perçu l'aide personnalisée au logement à compter du 1er janvier 2017 pour un logement situé à Hérouville Saint-clair (Calvados), où elle réside depuis le 26 août 2016. A la suite d'une régularisation portant sur le montant des pensions alimentaires, la caisse d'allocations familiales du Calvados a notifié à Mme A, le 13 janvier 2022, un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 1 297,23 euros pour la période du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2020 et un indu de prime d'activité de 1 053,21 euros pour la période du 1er janvier 2020 au 30 septembre 2020. Par courrier du 16 mars 2022, Mme A a indiqué à la caisse d'allocations familiales être en désaccord avec les anomalies relevées par la caisse lors du contrôle de son dossier et, par un courrier du 24 juin 2022, elle a demandé une remise de dette correspondant aux indus. Par décisions du 5 octobre 2022, la caisse d'allocations familiales du Calvados a rejeté ses demandes de remise de dette portant sur les indus d'aide personnalisée au logement (IN5/8) de 1 297,23 euros et de prime d'activité (IM3/1) d'un montant de 1 053,21 euros. Après une nouvelle étude du dossier, qui tient compte de la prescription biennale, la caisse d'allocations familiales a adressé à Mme A, le 9 mars 2023, une nouvelle notification d'indu d'aide personnalisée au logement, d'un montant de 874,23 euros pour la période de janvier 2020 à décembre 2020, et d'indu de prime d'activité d'un montant de 1 053,21 euros pour la période de janvier 2020 à septembre 2020, décision qui annule et remplace la notification de décision du 13 janvier 2022. Par courrier du 13 mars 2023, Mme A a contesté le bien-fondé des indus notifiés le 9 mars 2023. Par deux décisions du 13 juin 2023, la caisse d'allocations familiales a rejeté la contestation portant sur le bien-fondé des indus d'aide personnalisée au logement et de prime d'activité. Par ces requêtes, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, Mme A demande au tribunal d'annuler les décisions prises par la caisse d'allocations familiales et de la décharger du paiement des sommes qui lui sont réclamées.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. En vertu de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles, la part contributive versée par l'État à l'avocat choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire, de 40 % pour la 3ème affaire et de 50 % pour la troisième affaire. La réduction de la part contributive de l'État à la rétribution des missions d'aide juridictionnelle assurées par l'avocat devant la juridiction administrative s'applique lorsque celui-ci assiste un même bénéficiaire de l'aide juridictionnelle et que le juge est conduit à trancher des litiges reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire. Tel est le cas en l'espèce pour les requêtes n°s 2300263, 2300264, 2301799 et 2301800 présentées par Mme A. Par suite, l'instance n° 2300264 donnera lieu à une réduction de 30 % appliquée à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, l'instance n° 2301799 à une réduction de 40 % et l'instance n° 2301800 à une réduction de 50 %.
Sur l'étendue du litige :
3. Par décision datée du 9 mars 2023, la caisse d'allocations familiales du Calvados a adressé à Mme A une nouvelle notification d'indu d'aide personnalisée au logement, d'un montant de 874,23 euros pour la période de janvier 2020 à décembre 2020, et d'indu de prime d'activité, d'un montant de 1 053,21 euros pour la période du 1er janvier 2020 au 30 septembre 2020, décision qui est venue se substituer à la décision initiale du 13 janvier 2022. Dans ces conditions, les conclusions des requêtes, en tant qu'elles portent sur le bien-fondé de la décision du 13 janvier 2022, sont devenues sans objet. Par suite, il n'a plus lieu d'y statuer.
4. Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler les décisions du 5 octobre 2022 refusant de lui accorder une remise de ses dettes ainsi que les décisions du 13 juin 2023 rejetant ses contestations sur le bien-fondé des deux indus et, d'autre part, d'être déchargée du paiement des sommes qui lui sont réclamées.
Sur le caractère suspensif du recouvrement :
5. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif () ".
6. Mme A soutient que la caisse d'allocations familiales du Calvados a méconnu le caractère suspensif du recours administratif prévu par les dispositions de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'à la réception du recours formé par Mme A à l'encontre de la décision d'indu de prime d'activité, la caisse d'allocations familiales du Calvados a suspendu le recouvrement de l'indu. Dans ces conditions, le caractère suspensif de la réclamation préalable posé par les dispositions du code de la sécurité sociale n'a pas été méconnu. Par ailleurs, aucune disposition du code de la construction et de l'habitation ne prévoit que les contestations en matière d'aide personnalisée au logement entraînent la suspension du recouvrement de l'indu. Mme A ne peut dès lors, et en tout état de cause, contester les retenues déjà effectuées sur l'indu d'aide personnalisée au logement.
Sur le bien-fondé des indus d'aide personnalisée au logement et de prime d'activité :
7. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement () sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. () ". Aux termes de l'article R. 822-3 du même code : " Les ressources et les charges prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont appréciées, tous les trois mois, sous réserve des dispositions prévues à l'article R. 823-6-1, selon les périodes de référence suivantes : () 2° Pour les pensions alimentaires versées ou perçues () sur une période de référence correspondant à l'année civile qui précède la date d'ouverture ou de réexamen du droit à l'aide personnelle au logement. ". Aux termes de l'article R. 822-4 du même code : " I.- Les ressources prises en compte s'entendent du total des revenus nets catégoriels retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu () ".
8. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 843-1 de ce code : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants ". Aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. (). ". Aux termes de l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : () 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; () 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu. ". Aux termes de l'article R. 844-2 du même code : " Ont le caractère de revenus de remplacement en application du 2° de l'article L. 842-4 : () 6° Les pensions alimentaires ou rentes fixées sur le fondement des articles 205, 212, 276 et 371-2 du code civil ; () ". Aux termes de l'article R. 843-1 du même code : " I.- Le montant dû au foyer bénéficiaire de la prime d'activité est égal à la moyenne des primes calculées conformément à l'article L. 842-3 pour chacun des trois mois précédant l'examen ou le réexamen périodique du droit. / Pour chacun des trois mois mentionnés au I, la composition du foyer et la situation d'isolement mentionné à l'article L. 842-7 retenues pour la détermination du montant forfaitaire sont celles du foyer au dernier jour du mois considéré, sous réserve des dispositions des 1° et 2° ci-dessous () III.- Pour chacun des trois mois mentionnés au I, les ressources prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont celles perçues au cours du mois considéré. Toutefois, les revenus imposables mentionnés au 5° de l'article L. 842-4 pris en compte sont égaux au douzième de ceux de l'avant-dernière année civile précédant celle du mois étudié.". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
9. Lorsque le recours est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide personnelle au logement et de prime d'activité que l'administration estime avoir été indûment versés, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
10. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la décision du 9 mars 2023 a été signée par Mme C, référente technique, créance et fraude, qui était compétente pour signer les courriers destinés aux créanciers et débiteurs en application de l'arrêté de délégation de signature de la directrice de la caisse d'allocations familiales du 17 février 2022. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision du 9 mars 2023 doit être écarté.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre, notamment, de la prime d'activité est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu ni de répondre à l'ensemble des arguments de l'allocataire formulés dans son recours administratif préalable.
12. Il ressort de la décision du 9 mars 2023, qui est venue se substituer à la décision initiale du 13 janvier 2022, qu'elle comporte, en tout état de cause, les éléments de droit et de fait devant obligatoirement y figurer et précise en particulier l'origine des indus, correspondant à la prise en compte de la pension alimentaire perçue pour Mae-Ly depuis 2016, et les textes dont il est fait application. De même, les décisions du 13 juin 2023 par lesquelles la caisse d'allocations familiales du Calvados a rejeté la contestation du 13 mars 2023 de Mme A portant sur le bien-fondé des indus d'aide personnalisée au logement et de prime d'activité comportent les textes applicables à la situation de Mme A, notamment les articles L. 821-1, L. 823-1, L. 822-6 et R. 822-4 du code de la construction et de l'habitation et L. 842-1, L. 842-3, L. 842-4 et R. 843-1 du code de la sécurité sociale. Elles mentionnent, en outre, les considérations de fait sur lesquelles l'organisme social s'est fondé pour rejeter le recours administratif préalable dirigé contre la décision du 9 mars 2023, notamment la nature de la prestation en cause, le motif retenu et, enfin, la période sur laquelle porte la récupération. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions contestées doit être écarté.
13. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que les indus d'aide personnalisée au logement et de prime d'activité en cause ont pour origine la prise en compte d'une pension alimentaire, que Mme A indique percevoir de manière aléatoire pour sa fille, et plus particulièrement celles perçues pour les mois d'octobre 2019 à juin 2020, non mentionnées sur les déclarations trimestrielles de ressources pour le calcul de ses droits à la prime d'activité effectuées en janvier, avril et juillet 2020 et aux pensions alimentaires perçues pour l'année 2018 non déclarées à l'administration fiscale au titre des revenus imposables. Il est constant que les montants retenus par l'organisme payeur correspondent à ceux indiqués par Mme A et au montant fixé par le juge aux affaires familiales par un jugement du 18 février 2014. Si Mme A invoque des anomalies qui seraient intervenues lors de l'enregistrement de ses déclarations, elle ne le justifie pas, l'intéressée ayant, au demeurant, reconnu, le 20 mai 2021, avoir commis plusieurs erreurs dans ses déclarations concernant l'année 2020. La caisse d'allocations familiales était ainsi fondée à retenir, pour le calcul de ses droits au logement, un montant mensuel de 250 euros, entrainant un indu d'aide personnalisée au logement de 874,23 euros pour l'année 2020. Le trop perçu de prime d'activité notifié à Mme A tient également compte du montant réel des pensions alimentaires versées à l'intéressée et porte sur la période de janvier 2020 à septembre 2020, le versement de l'allocation faisant l'objet d'une interruption à compter d'octobre 2020 en raison de ressources de l'intéressée supérieures au plafond. En application des dispositions précitées, et eu égard à l'ensemble de ces éléments, Mme A n'est pas fondée à contester le bien-fondé des indus qui lui sont réclamés correspondant à un indu d'aide personnalisée au logement de 874,23 euros pour la période de janvier 2020 à décembre 2020 (IN5/8) et un indu de prime d'activité de 1 053,21 euros pour la période de janvier 2020 à septembre 2020 (IM3/1).
14. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale, s'appliquant à la prime d'activité en vertu de l'article L. 845-4 du même code : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. / Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration, l'action de l'organisme se prescrivant alors par cinq ans. / La prescription est interrompue tant que l'organisme débiteur des prestations familiales se trouve dans l'impossibilité de recouvrer l'indu concerné en raison de la mise en œuvre d'une procédure de recouvrement d'indus relevant des articles () L. 845-3 () du code de la sécurité sociale ".
15. Mme A invoque la prescription biennale pour contester le montant des indus qui lui sont réclamés. Toutefois, la caisse d'allocations familiales du Calvados a, en cours d'instance, considéré que la bonne foi de l'intéressée devait être retenue et rétabli la prescription biennale en prenant une nouvelle décision le 9 mars 2023 qui est venue se substituer à celle du 13 janvier 2022, pour retenir un début de période des indus au 1er janvier 2020. Dès lors, le moyen tiré de ce que les indus d'aide personnalisée au logement et de prime d'activité seraient partiellement prescrits doit être écarté.
Sur la demande de remise de dette :
16. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de sécurité sociale : " Tout paiement indu de revenu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service () / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
17. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'aide personnalisée au logement et de prime d'activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
18. En ce qui concerne l'indu d'aide personnalisée au logement (IN5/8), il résulte de l'instruction qu'à la date du présent jugement, cet indu, d'un montant de 874,23 euros pour la période de janvier 2020 à décembre 2020, est soldé. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle de cette dette est justifiée.
19. En ce qui concerne l'indu de prime d'activité (IM3/1), dont le montant restant à la charge de Mme A s'élève, selon la décision de la caisse d'allocations familiales du 13 juin 2023, à la somme de 586,88 euros, il résulte de l'instruction que l'indu a pour origine la prise en compte du montant réellement perçu par Mme A au titre des pensions alimentaires qu'elle a perçues pour sa fille. Si la caisse d'allocations familiales a considéré que Mme A était de bonne foi et a appliqué la prescription biennale pour procéder au calcul du montant des trop perçus en cause, il résulte de l'instruction que l'origine des indus est imputable à Mme A qui n'a pas déclaré, sur ses déclarations trimestrielles, les pensions alimentaires perçues d'un montant mensuel de 250 euros. En outre, s'agissant de la situation de Mme A, celle-ci indique être en arrêt maladie, percevoir des indemnités de la caisse primaire d'assurance maladie et avoir des difficultés pour payer son loyer qui s'élève à un montant hors charges de 296,85 euros par mois. La caisse d'allocations familiales du Calvados fait valoir, sans être démentie, qu'elle dispose de ressources de 1 071 euros et perçoit des prestations familiales de 235,48 euros. Eu égard à l'origine des indus, à la situation financière actuelle de la requérante, qui vit seule avec un enfant à charge, et au montant de la somme restant à rembourser, soit 586,66 euros, Mme A ne peut être regardée, à la date du présent jugement, comme étant dans une situation de précarité telle qu'elle ne puisse faire face au remboursement de l'indu mis à sa charge, Mme A pouvant par ailleurs, si elle s'y croit fondée, demander à la caisse d'allocations familiales du Calvados un échelonnement pour le remboursement de sa dette. Enfin, la circonstance qu'elle a obtenu une remise de dette totale pour deux autres indus de prime d'activité d'un montant de 7,22 euros (IM3/2) et 88,14 euros (IM3/3), qui concernent des périodes et causes différentes, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée refusant une remise de dette de l'indu IM3/1.
20. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions des 13 janvier 2022, 5 octobre 2022, 9 mars 2023 et 6 juin 2023. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fins de décharge.
Sur les frais liés au litige :
21. S'agissant des frais d'instance, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et pour l'ensemble des instances, de rejeter les conclusions de Me Le Brouder tendant au bénéfice des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle est réduite de 30 % dans l'instance n° 2300264, de 40 % dans l'instance n° 2301799 et de 50 % dans l'instance n° 2301800.
Article 2 : Les requêtes n° 2300263, 2300264, 2301799 et 2301800 de Mme A sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la caisse d'allocations familiales du Calvados, à Me Le Brouder et à la ministre du travail et de l'emploi.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La magistrate désignée,
SIGNÉ
A. MACAUD
La greffière,
SIGNÉ
E. BLOYET
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi et au ministre du logement et de la rénovation urbaine, chacun en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
E. Bloyet
Nos 2300263, 2300264, 2301799, 2301800
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026