mercredi 28 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2300658 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 mars 2023 et 8 octobre 2024, M. A B, représenté par la SELAS Fidal, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge, en droits, intérêts de retard et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2009 à 2014 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- au titre des années 2009, 2010 et 2011, l'administration n'était pas fondée à faire application du délai spécial de reprise de dix ans prévu à l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales, dès lors que les éléments exploités par le service vérificateur pour procéder aux rectifications en litige n'ont pas été révélés au cours de l'instance et que les agents requis dans le cadre de l'enquête préliminaire pour la constatation d'infractions pénales ont transmis les informations à l'administration fiscale sur le fondement de l'article L. 117 du livre des procédures fiscales ;
- l'administration fiscale a méconnu le principe de non-cumul des poursuites et des peines, garanti par l'article 4, paragraphe 1, du protocole n° 7 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 50 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et celui de proportionnalité des peines.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 juin 2023 et 18 février 2025, la directrice du contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de commerce ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Absolon, première conseillère,
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,
- et les observations de la SELAS Fidal, avocate de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a été pénalement condamné le 3 septembre 2019 par le tribunal de grande instance d'Argentan pour des faits d'abus de biens sociaux. A la suite d'un examen contradictoire de sa situation, l'administration fiscale a procédé, par une proposition de rectification du 20 décembre 2019, à des rehaussements en matière d'impôt sur le revenu et de contributions spéciales, à l'application d'intérêts de retard et de majorations au titre des années 2009 à 2014 pour un montant total de 487 663 euros. Après le rejet par une décision du 12 janvier 2023, de sa réclamation du 8 novembre 2022, M. B demande par la présente requête la décharge, en droits, intérêts de retard et majorations, des impositions mises à sa charge.
Sur les impositions :
2. En premier lieu, de première part, aux termes de l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales dans sa rédaction dans sa rédaction issue de l'article 10 de la loi n° 2012-1510 du 29 décembre 2012 : " Même si les délais de reprise sont écoulés, les omissions ou insuffisances d'imposition révélées par une instance devant les tribunaux ou par une réclamation contentieuse peuvent être réparées par l'administration des impôts jusqu'à la fin de l'année suivant celle de la décision qui a clos l'instance et, au plus tard, jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ". Il résulte de ces dispositions que seul l'engagement de poursuites doit être regardé comme ouvrant l'instance, ni l'ouverture d'une enquête préliminaire, ni l'examen des poursuites par le ministère public, selon les formes et conditions prévues par le code de procédure pénale, n'ayant, eux-mêmes, un tel effet.
3. De deuxième part, aux termes de l'article 11 du code de procédure pénale : " Sauf dans le cas où la loi en dispose autrement et sans préjudice des droits de la défense, la procédure au cours de l'enquête et de l'instruction est secrète () ". Il résulte des dispositions de l'article 11 du code de procédure pénale que les personnes tenues par le secret de l'enquête ne peuvent le lever que si la loi en dispose autrement et sans préjudice des droits de la défense.
4. De troisième part, aux termes de l'article L. 117 du livre des procédures fiscales : " L'obligation du secret professionnel ne fait pas obstacle à ce que, au sein de la direction générale des finances publiques, les agents exerçant des missions fiscales et les agents exerçant d'autres missions se communiquent, spontanément ou sur demande, les informations et documents nécessaires à l'exercice de leurs missions respectives ".
5. Le requérant soutient que les omissions ou insuffisances d'imposition relatives aux années 2009 à 2011 ont été révélées à l'administration fiscale pendant l'enquête préliminaire ayant précédé l'instance à l'issue de laquelle il a été condamné pénalement et se prévaut à cet effet de ce qu'il résulte des procès-verbaux de réquisition établis par la gendarmerie nationale qu'à cette occasion, des demandes de renseignements relatifs à sa situation fiscale et patrimoniale ont été adressées à l'administration fiscale et que deux agents de la direction générale de la fonction publique, en fonction au sein du groupe d'intervention régional (GIR) de la gendarmerie de Caen, ont été réquisitionnés par le procureur de la République, sur le fondement de l'article 77-1 du code de procédure pénale. Toutefois, d'une part, les demandes de renseignements adressées à l'administration fiscale ne comportait, contrairement à ce que soutient M. B, aucun élément de nature à faire soupçonner l'existence d'omissions ou d'insuffisances d'imposition, ni même celle de la commission d'abus de biens sociaux. D'autre part les agents des finances publiques mis à disposition des GIR et chargés d'apporter une assistance technique aux enquêtes, ne relèvent pas, pour les missions qu'ils y accomplissent, de la direction générale des finances publiques et sont, en outre, tenus au secret de l'enquête prévu à l'article 11 du code de procédure pénale, que les dispositions de l'article L. 117 du livre des procédures fiscales n'ont pas pour objet de permettre la levée. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction, en l'absence de tout élément contraire, que l'administration fiscale aurait disposé d'éléments relatifs aux omissions ou insuffisances d'imposition à l'occasion de l'enquête préliminaire ni, plus généralement, avant l'instance. Par suite, l'administration était fondée à faire application du délai spécial de reprise.
6. En second lieu, les impositions en litige ne revêtent pas la nature de sanctions pénales. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer les principes de non-cumul des poursuites et des peines et de proportionnalité des peines.
Sur les pénalités :
7. En premier lieu, aux termes de l'article 4, paragraphe 1, du protocole n° 7 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être poursuivi ou puni pénalement par les juridictions du même Etat en raison d'une infraction pour laquelle il a déjà été acquitté ou condamné par un jugement définitif conformément à la loi et à la procédure pénale de cet Etat ". L'article 50 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne prévoit que " nul ne peut être poursuivi ou puni pénalement en raison d'une infraction pour laquelle il a déjà été acquitté ou condamné dans l'Union par un jugement pénal définitif conformément à la loi ".
8. De première part, la règle " non bis in idem ", telle qu'elle résulte des stipulations de l'article 4, paragraphe 1, du protocole n° 7 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne trouve à s'appliquer, selon la réserve accompagnant l'instrument de ratification de ce protocole par la France et publiée au Journal officiel de la République française du 27 janvier 1989, à la suite du protocole lui-même, que pour " les infractions relevant en droit français de la compétence des tribunaux statuant en matière pénale ", et n'interdit ainsi pas le prononcé de sanctions administratives parallèlement aux décisions définitives prononcées par le juge répressif. De deuxième part, M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article 50 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès que la charte n'est applicable que dans la mise en œuvre du droit de l'Union, ainsi qu'il résulte de son article 51. De troisième part, en tout état de cause, les dispositions du b de l'article 1729 du code général des impôts, qui sanctionnent les omissions déclaratives commises au moyen d'actes constitutifs d'un abus de droit, et celles des dispositions du code de commerce réprimant l'abus de bien social, ne peuvent être regardées comme sanctionnant les mêmes faits. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de la règle " non bis in idem " doit être écarté.
9. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de proportionnalité des peines, garanti par l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, est dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. B, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la directrice du contrôle fiscal Nord.
Délibéré après l'audience du 13 mai 2025 à laquelle siégeaient :
- M. Marchand, président,
- Mme Absolon, première conseillère,
- M. Pringault, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2025.
La rapporteure,
Signé
C. ABSOLON
Le président,
Signé
A. MARCHAND
Le greffier,
Signé
D. DUBOST
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
D. DUBOST
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026