mercredi 5 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2300961 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 avril 2023, le 2 novembre 2024 et le 4 novembre 2024, Mme C B, représentée par Me Launay, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation du préjudice subi du fait des agissements de harcèlement moral dont elle s'estime victime, et du manquement de l'Etat à son obligation de veiller à la sécurité et à la protection de la santé de ses salariés, cette somme devant portant intérêts au taux légal à compter de la réclamation préalable et capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- elle a subi des faits de harcèlement moral ;
- son employeur a méconnu son obligation de protéger sa santé ;
- ces faits sont fautifs et ils ont eu d'importantes conséquences sur le déroulement de sa carrière et sur sa santé, dont l'Etat lui doit réparation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 septembre 2024 et le 22 novembre 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Absolon, rapporteure,
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,
- et les observations de Me Launay, avocat de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, adjointe administrative principale de 2ème classe, a été affectée au bureau des relations aux usagers de la préfecture du Calvados à compter du 28 mars 2018, pour occuper les fonctions de chargée a d'accueil et d'information. Le 1er janvier 2021, elle a été affectée au pôle logistique du secrétariat général commun départemental en tant que chargée de l'accueil du public et du courrier sur le site de la direction départementale des territoires et de la mer. Par un courrier du 14 décembre 2022, réceptionné le 19 décembre suivant, Mme B a formé une réclamation préalable auprès du préfet du Calvados tendant à obtenir réparation des préjudices liés aux faits de harcèlement moral qu'elle estime avoir subis. Une décision implicite de rejet étant née le 19 février 2023, Mme B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur le bien-fondé de la requête :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat au titre du harcèlement moral :
2. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Aux termes de l'article L. 133-3 de ce même code : " Aucun agent public ne peut faire l'objet de mesures mentionnées au premier alinéa de l'article L. 135-4 pour avoir : / 1° Subi ou refusé de subir les faits de harcèlement sexuel mentionnés à l'article L. 133-1, y compris, dans le cas mentionné au 1° du même article L. 133-1, si les propos ou comportements n'ont pas été répétés, ou de harcèlement moral mentionnés à l'article L. 133-2 ; / 2° Formulé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces faits ; / 3° De bonne foi, relaté ou témoigné de tels faits. / Dans les cas prévus aux 1° à 3° du présent article, les agents publics bénéficient des protections prévues aux I et III de l'article 10-1 et aux articles 12 à 13-1 de la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique ".
3. Il résulte de ces dispositions que le harcèlement moral est constitué, indépendamment de l'intention de son auteur, dès lors que sont caractérisés des agissements répétés ayant pour effet une dégradation des conditions de travail susceptibles de porter atteinte aux droits et à la dignité de l'agent, d'altérer sa santé ou de compromettre son avenir professionnel.
4. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.
5. En premier lieu, pour établir la réalité du harcèlement dont elle estime avoir été victime, Mme B soutient que l'emploi qu'elle occupait seule à la préfecture du Calvados en qualité de chargée d'accueil et d'information au bureau des relations aux usagers était occupé précédemment par deux agents au quotidien. Si la requérante produit un courrier électronique qu'elle a adressé au secrétariat du préfet le 20 octobre 2018, dans lequel elle expose les contraintes quotidiennes afférentes à cette situation, il résulte de l'instruction et notamment d'un document de synthèse de la direction des ressources humaines et des moyens de la préfecture du Calvados sur le comportement de Mme B établi le 26 octobre 2018, que cette organisation du service de l'accueil a été mise en place par le chef du bureau des relations aux usagers après avoir obtenu l'accord de Mme B et de sa binôme en raison des difficultés relationnelles régulières qu'elles ont rencontrées et qui, à terme, auraient été susceptibles de dégrader le fonctionnement du service. En outre, si la requérante, qui ne conteste pas ses relations tendues avec son binôme de l'accueil, produit des attestations et des courriers établissant son professionnalisme, sa disponibilité et ses relations correctes avec une volontaire du service civique, il résulte de l'instruction que l'administration n'a aucunement remis en question ses qualités professionnelles ni dans les comptes-rendus des entretiens professionnels, ni dans le document de synthèse du 26 octobre 2018. Par suite, eu égard aux éléments circonstanciés concernant les conditions de travail de Mme B lorsqu'elle était affectée à la préfecture du Calvados, cette organisation de service n'excède pas les limites du pouvoir hiérarchique, de sorte qu'elle ne saurait constituer un élément de fait susceptible de faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral.
6. En deuxième lieu, la requérante fait valoir qu'elle a fait l'objet de mesures individuelles défavorables liées à un refus d'avancement, de prime, de paiement d'heures de travail effectuées et d'établissement de bulletins de paie. Toutefois, elle ne justifie pas, par les éléments qu'elle apporte dans la présente instance, du bien-fondé de ses allégations. En tout état de cause, à supposer qu'elle remplirait les conditions requises pour obtenir un avancement de grade, la requérante ne dispose d'aucun droit acquis à bénéficier d'une telle nomination. En outre, il résulte de l'instruction que l'administration a mis en place le régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel, notamment pour le corps des adjoints administratifs de l'intérieur et de l'outre-mer depuis le 1er janvier 2016, lequel intègre la prime de sujétion des agents exerçant des fonctions d'accueil. Par ailleurs, il résulte encore de l'instruction que si la requérante a bénéficié le 13 septembre 2018, d'un classement en groupe RIFSEEP n° 1 de son corps à compter du 28 mars 2018 sans revalorisation en raison des conditions d'ancienneté non remplies à cette date, elle a néanmoins bénéficié d'une revalorisation de son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise à compter du 28 mars 2021, d'un montant annuel brut de 350 euros. Dans ces conditions, ces seules allégations relatives à des mesures individuelles défavorables ne constituent pas des éléments de nature à laisser présumer un comportement de harcèlement moral.
7. En troisième lieu, Mme B fait état de difficultés rencontrées en tant que chargée d'accueil et d'information sur le site de la direction départementale des territoires et de la mer à compter du 1er janvier 2021 et plus précisément, invoque le fait qu'elle a été la seule agente écartée des réunions de service, qui ne disposait pas d'ordinateur portable et qui n'a pas eu accès à la messagerie commune. Au soutien de ses allégations, la requérante se borne toutefois à verser au débat des courriers électroniques qu'elle a rédigé le 7 juin 2021, le 8 juin 2021 et le 11 juin 2021 à l'attention de Mme D, de M. E et de M. A, chef de service, relatant des dysfonctionnements informatiques et des situations de discrimination, sans apporter d'élément probant concernant la réalité des faits dont elle se prévaut. En tout état de cause, il résulte de l'instruction qu'à compter de septembre 2021, le directeur du secrétariat général commun départemental a confirmé à Mme B la mise en place de " visios de service " dont l'objectif était de " faire circuler les informations au sein du pôle, d'évoquer les points d'amélioration et de constituer une équipe logistique à laquelle tout le monde se sentirait appartenir ". En conséquence, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été mise à l'écart du service et que cette circonstance est susceptible de faire présumer l'existence de faits de harcèlement moral.
8. En dernier lieu, la requérante se prévaut de ce que, durant son congé maladie, un autre agent a jeté des documents qu'elle avait elle-même affichés pour information, et a ouvert un casier fermé à clé dans lequel elle rangeait ses effets personnels. Par ailleurs, Mme B fait état de propos insultants tenus par sa remplaçante durant son absence. D'une part, il résulte de l'instruction que l'ouverture de son casier a été motivée par la nécessité de récupérer des codes de connexion nécessaires au fonctionnement du service, et que cette démarche a été expliquée à Mme B par le directeur du service dans un courrier électronique du 31 août 2021, lequel a d'ailleurs renouvelé ses excuses par écrit dans un autre courrier électronique daté du 2 septembre 2021. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'agente ayant tenu des propos déplacés à l'égard de Mme B a fait l'objet d'un recadrage par la cheffe du pôle logistique. Par suite, ces éléments allégués par la requérante ne permettent pas de faire présumer l'existence de faits de harcèlement moral.
9. Il résulte de ce qui précède que les faits allégués par Mme B ne sont pas susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral. Dès lors, la responsabilité de l'État ne saurait être recherchée à ce titre.
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat au titre de l'obligation de sécurité :
10. Aux termes de l'article L. 134-5 du code général de la fonction publique : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. / Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. "
11. Mme B soutient que les dysfonctionnements du service dont elle a fait état à plusieurs reprises, n'ont entraîné aucune réaction de la part de son employeur, de sorte qu'il a failli à son obligation de sécurité. Toutefois, il résulte de l'instruction que s'agissant des comportements inadaptés des agents de sécurité, l'administration a organisé plusieurs réunions entre 2018 et 2019 avec la société prestataire afin de faire un rappel des consignes et des attentes à l'égard des usagers du service public, et a mis en place, le 27 mars 2019, des consignes spécifiques applicables pour ces agents de sécurité. En outre, il résulte également de l'instruction que les griefs exposés par Mme B à l'encontre de ses collègues, ont donné lieu à des suivis de la part de sa hiérarchie, soit par l'intermédiaire d'entretiens de recadrage à destination des agents intéressés, soit par la mise en place d'une organisation du service adapté, soit par une écoute active lors d'entretiens d'échanges avec sa hiérarchie, soit par la mise en place d'un accompagnement spécifique à sa prise de poste au sein de la direction départementale des territoires et de la mer. Enfin, si par un courrier du 21 décembre 2021, le secrétaire général de la préfecture s'est emparé des allégations de harcèlement moral et de discrimination formulées par Mme B, et lui a expressément demandé de bien vouloir communiquer sans délai le nom des personnes concernées, ainsi que les circonstances dans lesquelles ces évènements se sont déroulés, afin de prendre toutes les mesures d'organisation appropriées, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante lui ait apporté des éléments de réponse. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait manqué à son obligation de protéger sa sécurité et sa santé.
12. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de faute de l'Etat de nature à engager sa responsabilité, la demande de Mme B tendant à l'indemnisation des préjudices subis du fait d'agissements de harcèlement moral et à raison du manquement de l'Etat à son obligation de sécurité doit être rejetée.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la requérante au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, et au ministre de l'Intérieur.
Copie pour information en sera adressée au préfet du Calvados.
Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025 à laquelle siégeaient :
- Mme Rouland-Boyer, présidente,
- Mme Pillais, première conseillère,
- Mme Absolon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2025.
La rapporteure,
Signé
C. ABSOLON
La présidente,
Signé
H. ROULAND-BOYER
Le greffier,
Signé
J. LOUNIS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026