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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2301381

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2301381

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2301381
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre JU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 juin 2023 et le 10 juillet 2024, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 avril 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Calvados, après avis de la commission de recours amiable, lui a notifié un indu de prime d'activité d'un montant de 1 187,26 euros, pour la période du 1er mai au 31 décembre 2021 ;

2°) de lui accorder une remise gracieuse ;

3°) à titre subsidiaire, de lui accorder des délais de paiement aux fins de régler la dette à hauteur de 50 euros mensuels ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Calvados les entiers dépens.

Elle soutient que :

- elle a intégré le centre régional de formation à la profession d'avocat le 7 janvier 2020 ; le statut d'élève avocat n'est pas assimilable au statut d'étudiant ; les deux stages de formation professionnelle de juillet 2020 à juillet 2021 ont été effectués dans le cadre d'une formation professionnelle non rémunérée au sein d'un centre régional de formation à la profession d'avocat ; en application des articles L. 842-4 et R. 844-1 du code de la sécurité sociale, c'est à juste titre qu'elle a perçu la prime d'activité sur la période considérée ;

- le principe constitutionnel d'égalité doit être respecté entre les départements.

Par des mémoires enregistrés le 11 avril 2024 et le 26 juillet 2024, la caisse d'allocations familiales du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code du travail ;

- la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 ;

- le décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Macaud a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une mise à jour de sa situation, la caisse d'allocations familiales du Calvados a notifié à Mme B A, le 21 juin 2022, un indu de prime d'activité d'un montant de 1 187,26 euros pour la période du 1er mai au 31 décembre 2021 et un indu d'allocation de logement sociale d'un montant de 808 euros pour la période du 1er février 2021 au 30 juin 2021. Mme A a contesté le bien-fondé de l'indu de prime d'activité le 23 juin 2022. Par courrier du 4 avril 2023, la caisse d'allocations familiales, après avis de la commission de recours amiable, lui a notifié le rejet de son recours administratif à l'encontre de cet indu. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. Aux termes de l'article L. 841-1 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité a pour objet d'inciter les travailleurs aux ressources modestes, qu'ils soient salariés ou non salariés, à l'exercice ou à la reprise d'une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d'achat ". Aux termes de l'article L. 842-1 du même code : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-2 du même code : " Le droit à la prime d'activité est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : () / 3° Ne pas être élève, étudiant, stagiaire, au sens de l'article L. 124-1 du code de l'éducation, ou apprenti, au sens de l'article L. 6211-1 du code du travail. Cette condition n'est pas applicable aux personnes dont les revenus professionnels excèdent mensuellement, pendant la période de référence mentionnée à l'article L. 843-4 du présent code, le plafond de rémunération mentionné au 2° de l'article L. 512-3 ". Aux termes de l'article L. 842-4 de ce code : " Les ressources mentionnées au 2° de l'article L. 843-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : /1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu () ". Aux termes de l'article R. 844-1 de ce code : " Ont le caractère de revenus professionnels ou en tenant lieu : () 2° Les revenus tirés de stages de formation professionnelle ". Enfin, aux termes de l'article R. 844-5 du même code : " Sont exclues des ressources prises en compte pour le calcul de la prime d'activité (): / () 26° Les gratifications perçues dans le cadre de stages effectués en application de l'article L. 124-1 du code de l'éducation ".

4. Aux termes de l'article L. 124-1 du code de l'éducation : " Les enseignements scolaires et universitaires peuvent comporter, respectivement, des périodes de formation en milieu professionnel ou des stages () Les périodes de formation en milieu professionnel et les stages ne relevant ni du 2° de l'article L. 4153-1 du code du travail, ni de la formation professionnelle tout au long de la vie, définie à la sixième partie du même code, font l'objet d'une convention entre le stagiaire, l'organisme d'accueil et l'établissement d'enseignement, dont les mentions obligatoires sont déterminées par décret. Les périodes de formation en milieu professionnel et les stages correspondent à des périodes temporaires de mise en situation en milieu professionnel au cours desquelles l'élève ou l'étudiant acquiert des compétences professionnelles et met en œuvre les acquis de sa formation en vue d'obtenir un diplôme ou une certification et de favoriser son insertion professionnelle. Le stagiaire se voit confier une ou des missions conformes au projet pédagogique défini par son établissement d'enseignement et approuvées par l'organisme d'accueil () ".

5. Aux termes de l'article 12 de la loi du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques dans sa rédaction applicable au litige : " () la formation professionnelle exigée pour l'exercice de la profession d'avocat est subordonnée à la réussite à un examen d'accès à un centre régional de formation professionnelle et comprend une formation théorique et pratique d'une durée d'au moins dix-huit mois, sanctionnée par le certificat d'aptitude à la profession d'avocat () ". En vertu des dispositions du 3° et du 5° de l'article 13 de cette loi, les centres régionaux de formation professionnelle d'avocats sont notamment chargés d'assurer la formation générale de base des avocats et de contrôler les conditions de déroulement des stages effectués par les élèves avocats. En vertu des dispositions des articles 57, 58 et 62 du décret du 27 novembre 1991 organisant la profession d'avocat, les élèves des centres régionaux de formation professionnelle d'avocats reçoivent une formation répartie en trois périodes : une formation commune de base d'une durée de six mois, une deuxième période, d'une durée de six mois, pouvant à titre exceptionnel être portée à huit mois, consacrée à la réalisation d'un projet pédagogique individuel et une troisième période, d'une durée de six mois, consacrée à un stage auprès d'un avocat durant lequel l'élève continue de dépendre juridiquement du centre régional de formation professionnel d'avocats auprès duquel il est inscrit. Les conditions de gratification par les avocats maîtres de stage des élèves avocats lors des stages effectués dans ce cadre sont fixées par l'accord professionnel du 19 janvier 2007 relatif aux stagiaires des cabinets d'avocats, étendu par arrêté du 10 octobre 2007. Comme l'indique son préambule, cet accord a été négocié dans le cadre, notamment, des dispositions de l'article 9 de la loi du 31 mars 2006 pour l'égalité des chances, reprises en substance par les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 124-1 du code de l'éducation, citées au point 4, et par les dispositions du premier alinéa de l'article L. 124-6 du même code, qui prévoient notamment que les stages d'une durée supérieure à deux mois consécutifs au sein d'un même organisme d'accueil font l'objet d'une gratification mensuelle. Enfin, l'article 62 du décret du 27 novembre 1991 prévoit que, lorsqu'ils ont la qualité de stagiaires de la formation professionnelle, les élèves avocats bénéficient de l'aide de l'Etat en ce qui concerne leurs rémunérations.

6. Il résulte de la combinaison de l'ensemble de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires préalables à l'adoption de la loi du 17 août 2015 relative au dialogue social et à l'emploi, que la prime d'activité est destinée aux travailleurs et non aux étudiants. Les élèves avocats, lorsqu'ils effectuent un stage au titre de leur formation, assurée par un centre régional de formation professionnelle d'avocats, en vue d'obtenir le certificat d'aptitude à la profession d'avocat, doivent être regardés, pour l'application du 3° de l'article L. 842-2 du code de la sécurité sociale, comme des stagiaires au sens des dispositions de l'article L. 124-1 du code de l'éducation, sauf lorsqu'ils ont la qualité de stagiaires de la formation professionnelle continue. Ils ne peuvent par conséquent bénéficier de la prime d'activité, sauf lorsque leurs revenus professionnels, excluant les gratifications de stage, excèdent mensuellement, pour chacun des trois mois précédant l'examen ou le réexamen périodique du droit, le plafond de rémunération mentionné au point 3 ou lorsqu'ils ont la qualité de stagiaires de la formation professionnelle continue, dès lors qu'ils remplissent par ailleurs l'ensemble des conditions d'ouverture des droits.

7. Il résulte de l'instruction que Mme A a effectué, en qualité d'élève-avocate auprès de l'école des avocats du Grand Ouest, un stage auprès du tribunal judiciaire de Cherbourg en Cotentin du 13 juillet 2020 au 31 décembre 2020 et un stage en cabinet d'avocats à Caen du 18 janvier 2021 au 9 juillet 2021. Chacun de ces stages a donné lieu à la signature d'une convention tripartite entre Mme A, le centre régional de formation professionnelle d'avocats et l'organisme d'accueil prévoyant l'attribution d'une gratification mensuelle à l'intéressée. Dans ces conditions, Mme A doit être regardée pendant ces périodes de stage, pour l'application du 3° de l'article L. 842-2 du code de la sécurité sociale, comme une stagiaire au sens de l'article L. 124-1 du code de l'éducation. Par ailleurs, Mme A ne saurait utilement se prévaloir d'une réponse écrite du ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à une question posée par une sénatrice sur l'applicabilité de l'article L. 124-8 du code de l'éducation aux élèves avocats, cette réponse ne concernant pas les aides sociales et étant, en outre, dépourvue de valeur règlementaire. Enfin, et en tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que les services de la caisse d'allocations familiales de la Manche auraient une interprétation différente de la règle à appliquer à la situation des élèves avocats. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que la caisse d'allocations familiales du Calvados n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 842-2 du code de la sécurité sociale en estimant que la formation suivie par Mme A en qualité d'élève au sein de l'école des avocats du Grand Ouest ne relevait pas de la formation professionnelle et en la regardant comme ayant eu la qualité de stagiaire au sens de l'article L. 124-1 du code de l'éducation. Mme A ne pouvant bénéficier de la prime d'activité au titre de la période en cause, elle n'est pas fondée à contester l'indu dont le remboursement lui est réclamé.

Sur la demande de remise de dette et d'échéancier :

8. Il n'appartient pas au juge administratif, qui ne peut se substituer à l'administration, de se prononcer lui-même sur une demande de remise gracieuse de dette. Il appartient à Mme A, si elle s'y croit fondée, de saisir les services de la caisse d'allocations familiales du Calvados d'une demande tendant à obtenir une remise de dette ou un échéancier pour le remboursement de celle-ci dette.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la ministre du travail et de l'emploi.

Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Calvados.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La magistrate désignée,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

E. Bloyet

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