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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2301663

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2301663

mercredi 14 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2301663
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen a rejeté la requête de M. B... contestant des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux pour 2018. Le requérant contestait la régularité de la procédure d'imposition, arguant ne pas avoir reçu la proposition de rectification. Le tribunal a jugé que le pli recommandé, présenté et non réclamé, avait été régulièrement notifié le 8 décembre 2022, et que le contribuable avait disposé du délai légal pour répondre. Sur le fond, la décision confirme le bien-fondé des impositions supplémentaires, sans faire droit aux arguments de M. B... concernant l'exonération de plus-value immobilière. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code général des impôts et du livre des procédures fiscales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juin 2023 et le 9 juillet 2024, M. A... B... demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits, intérêts de retard et majorations, des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l’année 2018.

Il soutient que :

- la procédure d’imposition suivie est irrégulière, dès lors qu’il n’a pas reçu le courrier de proposition de rectification du 5 décembre 2022, qu’il n’a pas été mis à même d’y répondre dans les délais prévus par la loi et que le délai de soixante jours imparti à l’administration pour examiner son dossier n’a pas été respecté ;
- il n’est pas cohérent de refuser de prendre en compte le remboursement d’un prêt bancaire en cours dans le calcul du montant bénéficiant de l’exonération sur la plus-value immobilière qu’il a réalisée à la suite de la vente d’un immeuble en 2018 ;
- le notaire chargé de la vente de ce bien en 2018 ne lui a pas expliqué la loi fiscale applicable, ce qui ne lui a pas permis à l’époque de s’acquitter de l’imposition due ;
- sa situation difficile depuis plusieurs années, notamment sur les plans professionnel et financier, doit être prise en compte.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2023, le directeur départemental des finances publiques du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Pringault, conseiller ;
- et les conclusions de M. Blondel, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

M. A... B... était propriétaire, avec son épouse, d’un immeuble situé à Deauville, acquis le 11 mars 2013 pour un montant de 344 000 euros. Cet immeuble a été vendu le 20 juillet 2018 pour un montant de 498 950 euros. L’acte notarié de vente de ce bien mentionnait que le vendeur était exonéré de l’imposition sur la plus-value immobilière en application des dispositions du 1° du II de l’article 150 U du code général des impôts. A la suite de plusieurs demandes de renseignements, l’administration fiscale a remis partiellement en cause le bénéfice de cette exonération. Sa réclamation préalable formée le 15 février 2023 n’ayant été que partiellement acceptée par une décision du 18 avril 2023, M. B... demande, par sa requête, la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l’année 2018.

Sur la régularité de la procédure d’imposition :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 11 du livre des procédures fiscales : « A moins qu’un délai ne soit prévu par le présent livre, le délai accordé aux contribuables pour répondre aux demandes de renseignements, de justifications ou d’éclaircissements et, d’une manière générale, à toute notification émanant d’un agent de l’administration des impôts est fixé à trente jours à compter de la réception de cette notification ». Aux termes de l’article L. 57 du même livre : « L’administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / Sur demande du contribuable reçue par l’administration avant l’expiration du délai mentionné à l’article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours (…) ». Aux termes de l’article R. 57-1 du même livre : « La proposition de rectification prévue par l’article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L’administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ».

Il résulte de l’instruction que le pli recommandé contenant la proposition de rectification du 5 décembre 2022, expédié à l’adresse exacte de M. B..., a été retourné à l’administration, accompagné d’un avis de réception comportant la mention : « présenté / avisé le 08/12 ». En outre, l’enveloppe du pli recommandé est revêtue d’une étiquette sur laquelle la case « pli avisé et non réclamé », correspondant au motif de non-distribution, est cochée. Compte tenu de ces mentions précises, claires et concordantes, la proposition de rectification doit être regardée comme ayant été régulièrement notifiée à M. B... le 8 décembre 2022. Par ailleurs, si le requérant allègue avoir été privé de la possibilité de réagir à ce courrier dans les délais légaux, il n’est pas contesté que le courrier de proposition de rectification comportait la mention de la possibilité offerte au contribuable de formuler des observations dans le délai de trente jours, éventuellement prorogeable pour la même durée, et que la mise en recouvrement de l’imposition litigieuse est intervenue le 31 janvier 2023, soit postérieurement au délai de trente jours précité, durant lequel l’intéressé n’a pas présenté de demande de prorogation de ce délai. Dans ces conditions, M. B... n’est pas fondé à soutenir que la procédure serait irrégulière à défaut d’avoir reçu la proposition de rectification notifiée le 8 décembre 2022 et d’avoir été mis à même de présenter ses observations dans le délai prévu par les articles L. 57 et R. 57-1 précités.

En second lieu, aux termes du deuxième alinéa de l’article L. 16 du livre des procédures fiscales : « L’administration peut demander au contribuable des justifications (…) des plus-values telles qu’elles sont définies aux articles 150 U à 150 VH bis du même code ».

Si M. B... soutient que l’administration n’a pas respecté les termes des deux courriers de demande de renseignements des 26 septembre et 21 octobre 2022 précisant que « En l’absence de nouveau courrier de notre part dans les 60 jours à compter de votre réponse, vous pourrez considérer que les informations que vous avez fournies ont permis de compléter votre dossier et que cet examen ponctuel est clos », le délai de soixante jours mentionné dans ces correspondances n’est prévu par aucun texte législatif ou réglementaire et ne constitue donc pas un délai prescrit à peine d’irrégularité de la procédure d’imposition. Au demeurant, la proposition de rectification du 5 décembre 2022 a été régulièrement notifiée à M. B..., comme il a été dit au point 3 ci-dessus, le 8 décembre 2022, soit moins de soixante jours après sa dernière réponse faite par courriel du 21 novembre 2022 aux demandes de renseignements du service vérificateur. Dans ces conditions, le requérant n’est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que la procédure d’imposition suivie à son égard était irrégulière faute pour l’administration de lui avoir adressé une proposition de rectification avant l’expiration d’un délai de soixante jours suivant ses réponses aux demandes de renseignements des 26 septembre et 21 octobre 2022.

Sur le bien-fondé de l’imposition :

En premier lieu, aux termes de l’article 150 U du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l’année d’imposition en litige : « I.- (…) les plus-values réalisées par les personnes physiques (…), lors de la cession à titre onéreux de biens immobiliers bâtis (…), sont passibles de l’impôt sur le revenu dans les conditions prévues aux articles 150 V à 150 VH. (…) II.- Les dispositions du I ne s’appliquent pas aux immeubles, aux parties d’immeubles ou aux droits relatifs à ces biens : 1° bis Au titre de la première cession d’un logement (…) autre que la résidence principale, lorsque le cédant n’a pas été propriétaire de sa résidence principale (…) au cours des quatre années précédant la cession. / L’exonération est applicable à la fraction du prix de cession défini à l’article 150 VA que le cédant remploie, dans un délai de vingt-quatre mois à compter de la cession, à l’acquisition ou la construction d’un logement qu’il affecte, dès son achèvement ou son acquisition si elle est postérieure, à son habitation principale. En cas de manquement à l’une de ces conditions, l’exonération est remise en cause au titre de l’année du manquement ». Aux termes de l’article 150 VA de ce code : « I. – Le prix de cession à retenir est le prix réel tel qu’il est stipulé dans l’acte (…) ». Aux termes du III de l’article 150 VG de ce code : « Lorsque la plus-value est exonérée en application du II des articles 150 U et 150 UA (…), aucune déclaration ne doit être déposée (…). L’acte de cession soumis à la formalité fusionnée ou présenté à l’enregistrement précise, sous peine de refus de dépôt ou de la formalité d’enregistrement, la nature et le fondement de cette exonération (…) ». Enfin, aux termes du I de l’article 41 duovicies-0 H de l’annexe III au même code : « Pour l’application du 1º bis du II de l’article 150 U du CGI, l’acte constatant la cession à titre onéreux d’un logement au titre de laquelle le bénéfice de l’exonération est demandé mentionne : / 1º L’identité du bénéficiaire de l’exonération ; / 2º Les droits du bénéficiaire sur le prix de cession ; / 3º La fraction du prix de cession correspondant à ses droits, que le bénéficiaire destine au remploi à l’acquisition ou la construction d’un logement affecté à sa résidence principale ; / 4º Le montant de la plus-value exonérée ».

L’article 150 U précité du code général des impôts exonère d’impôt sur le revenu la plus-value réalisée par un particulier à l’occasion de la première cession d’un bien immobilier qui ne constitue pas sa résidence principale, s’il n’est pas propriétaire de sa résidence principale et s’il remploie le prix de cession à l’acquisition de sa résidence principale dans un délai de vingt-quatre mois. Les dispositions de l’article 150 VG du code général des impôts et celles de l’article 41 duovicies-0 H de l’annexe III à ce code permettent au vendeur, qui a prévu de remployer le prix de la cession dans un délai de vingt-quatre mois à l’acquisition de sa résidence principale, de ne pas s’acquitter de l’imposition sur la plus-value lors de la cession et créent les conditions matérielles du contrôle par l’administration fiscale de l’effectivité du remploi.

En l’espèce, M. B... conteste la position de l’administration selon laquelle l’emprunt qu’il a contracté pour l’achat du bien immobilier cédé en 2018 ne peut venir en diminution du prix de cession, soutenant qu’il n’est pas cohérent de demander le remploi d’une somme dont il n’a jamais disposé. Il résulte toutefois des termes mêmes du 1° bis du II de l’article 150 U du code général des impôts que l’appréciation du montant remployé se fait par comparaison de la fraction du prix de cession dont le contribuable demande le remploi au montant qu’il justifie avoir remployé dans le délai de vingt-quatre mois. Dès lors que M. B... reconnaît lui-même dans ses écritures n’avoir pas remployé l’intégralité du prix de vente de l’immeuble situé à Deauville dans l’achat ou la construction d’un logement affecté à l’habitation principale, il ne peut prétendre, sur le fondement de ces dispositions, à bénéficier d’une exonération d’impôt sur la totalité de la plus-value réalisée. La circonstance qu’il a dû s’acquitter du remboursement d’un crédit d’un montant de 162 037,47 euros relatif à l’immeuble cédé en 2018 ne permet pas de regarder le montant de ce remboursement comme entrant dans le prix d’acquisition de sa résidence principale au sens des dispositions précitées du 1° bis du II de l’article 150 U du code général des impôts. Par suite, c’est à bon droit que le service vérificateur a refusé, pour apprécier le montant du remploi du prix de cession de l’immeuble vendu en 2018, de tenir compte du remboursement d’un emprunt afférent à ce bien immobilier.

En deuxième lieu, si le requérant soutient que le notaire chargé de la vente en 2018 du bien immobilier situé à Deauville ne lui a pas expliqué les modalités d’application de la loi fiscale, cette circonstance ne peut utilement remettre en cause le bien-fondé de l’imposition en litige. Au surplus, l’acte de vente du 20 juillet 2018 rappelait expressément que, pour effectuer la comparaison entre le montant du prix de vente et celui remployé effectivement, il ne peut être tenu compte du remboursement du crédit éventuellement en cours sur le logement cédé, ni de la souscription d’un nouvel emprunt pour l’acquisition de la résidence principale. Contrairement à ce qu’allègue M. B..., les mentions figurant dans cet acte notarié ne pouvaient donc induire en erreur le vendeur sur la correcte application des dispositions du 1° du II de l’article 150 U du code général des impôts.

En dernier lieu, la circonstance que M. B... se trouve dans une situation, notamment professionnelle et financière, difficile depuis plusieurs années est sans incidence sur le bien-fondé de l’imposition en litige.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin de décharge doivent être rejetées.



D E C I D E :



Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au directeur départemental des finances publiques du Calvados.

Délibéré après l’audience du 29 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,
Mme Absolon, première conseillère,
M. Pringault, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2025.



Le rapporteur,
Signé
S. PRINGAULT

Le président,
Signé
A. MARCHAND


Le greffier,

Signé

D. DUBOST

La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,



D. Dubost


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