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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302037

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302037

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302037
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre JU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2023, Mme B C demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 juin 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Manche a rejeté son recours administratif formé contre la décision du 18 février 2023 lui notifiant un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 945 euros, pour la période du 1er novembre 2022 et le 31 janvier 2023 ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de procéder à un nouveau calcul de ses droits à l'allocation de logement familiale portant sur la période du 6 octobre 2022 au 14 juin 2023 ;

3°) de condamner la caisse d'allocations familiales à lui verser une somme de 945 euros de dommages et intérêts.

Elle soutient que :

- elle n'est pas responsable du trop-perçu ;

- le loyer de son fils, qui occupe une chambre d'étudiant depuis octobre 2022, doit être pris en compte pour l'étude de ses droits à l'allocation ;

- les services de la caisse d'allocations familiales n'ont pas respecté le délai de traitement pour son dossier, qui doit être de quinze jours ;

- la caisse d'allocations familiales effectue des retenues alors même que le délai de recours contentieux n'est pas expiré.

Par un mémoire enregistré le 23 novembre 2023, la caisse d'allocations familiales de la Manche conclut au rejet de la requête au motif que la décision attaquée est légalement fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Macaud a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C a perçu l'allocation de logement familiale pour un logement situé à Guiberville (50) dont elle était locataire du 19 juillet 2011 au 23 août 2023. A la suite d'un échange automatisé avec Pôle emploi qui a révélé que son conjoint n'avait pas été bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique pour la période de novembre 2022 à janvier 2023, la caisse d'allocations familiales de la Manche a régularisé la situation de Mme C et lui a notifié un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 945 euros pour la période du 1er novembre 2022 au 31 janvier 2023. Mme C a formé un recours administratif le 31 mars 2023, recours rejeté par la caisse d'allocations familiales de la Manche par une décision du 5 juin 2023. Mme C conteste cette décision et demande la réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement () sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article L. 821-2 du même code : " Les aides personnelles au logement sont accordées au titre de la résidence principale. ". Aux termes de l'article L. 822-5 du même code : " Les aides personnelles au logement ne sont dues qu'aux personnes payant un minimum de loyer, compte tenu de leurs ressources () ". Aux termes de l'article L. 822-6 du même code : " La détermination ainsi que les conditions de prise en compte des ressources () sont définies par voie réglementaire. Les conditions de prise en compte des ressources, notamment les périodes de référence retenues, peuvent varier en fonction de la nature des ressources ". Aux termes de l'article L. 823-1 du même code : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer () / Le montant du loyer payé, pris en compte dans la limite d'un plafond () ". Aux termes de l'article L. 823-5 du même code : " Les modalités d'ouverture et d'extinction des droits sont fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. () ". Aux termes de l'article R. 822-3 du même code : " Les ressources et charges prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont appréciées, tous les trois mois () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 822-14 du même code : " Lorsque le bénéficiaire ou son conjoint se trouve, depuis au moins deux mois consécutifs à la date d'effet de la demande ou pendant au moins deux mois consécutifs au cours de la période de paiement, en chômage total et qu'il perçoit l'allocation d'assurance prévue à l'article L. 5422-1 du code du travail (), les revenus d'activité professionnelle dont bénéficie l'intéressé sont affectés d'un abattement de 30 %. / Cette mesure s'applique à partir du premier jour du deuxième mois civil suivant celui au cours duquel est intervenu le changement de situation. () / Lorsque l'intéressé reprend une activité professionnelle rémunérée, l'abattement est supprimé à partir du premier jour du mois civil au cours duquel intervient la reprise d'activité. ". Aux termes de l'article R. 822-15 du même code : " Il n'est tenu compte ni des revenus d'activité professionnelle, ni des indemnités de chômage de l'intéressé lorsque celui-ci ou son conjoint est en chômage total depuis au moins deux mois consécutifs à la date d'effet de la demande ou pendant au moins deux mois consécutifs au cours de la période de paiement et s'il se trouve dans l'une des situations suivantes : / 1° Il ne bénéficie pas ou ne bénéficie plus d'une indemnisation dans les conditions mentionnées par l'article R. 822-14 ; / 2° Son indemnisation a atteint le montant minimum prévu par l'accord mentionné à l'article L. 5422-20 du code du travail, après application du taux dégressif prévu à l'article L. 5422-3 du même code ; / 3° Il perçoit l'allocation de solidarité spécifique prévue par les articles L. 5423-1 à L. 5423-3 du code du travail. / Les droits sont examinés sur cette nouvelle base à compter du premier jour du mois civil suivant celui au cours duquel sont intervenus le changement de situation, la cessation du versement ou la diminution du montant de l'allocation d'assurance, ou l'admission à l'allocation de solidarité spécifique. / Lorsque l'intéressé reprend une activité professionnelle rémunérée, il est tenu compte de ses ressources à partir du premier jour du mois civil au cours duquel intervient la reprise d'activité ". Aux termes de l'article L. 821-7 du code de la sécurité sociale : " L'action pour le paiement de l'aide personnelle au logement et pour le recouvrement des sommes indument payées se prescrit dans les conditions prévues à l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale. / La prescription est interrompue par l'une des causes prévues par le code civil. ". Aux termes de l'article L. 553-1 du même code : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. () ". Aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ".

4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de logement familiale, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

5. Il résulte de l'instruction que le conjoint de Mme C, M. D, bénéficiait de l'aide au retour à l'emploi depuis août 2021, le droit à l'allocation de logement familiale étant alors calculé en considération d'un abattement de 30 %, prévu par les dispositions de l'article R. 822-14 du code de la construction et de l'habitation. A compter du 1er octobre 2022, la caisse d'allocations familiales a appliqué une neutralisation des revenus d'activité de M. D, celui-ci étant bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique versée par Pôle emploi. La caisse d'allocations familiales a, par la suite, constaté que M. D n'avait pas perçu l'allocation de solidarité spécifique au cours de la période du 1er novembre 2022 au 31 janvier 2023 ce qui faisait obstacle à la mesure de neutralisation de ses revenus d'activité pour l'étude du droit à l'allocation de logement familiale prévue par les dispositions de l'article R. 822-15 du code de la construction et de l'habitation. Ainsi, c'est par une exacte application des dispositions précitées que la caisse d'allocations familiales a notifié à Mme C un indu d'allocation de logement familiale. Par ailleurs, si Mme C fait valoir que le loyer du fils de Mme C, A, qui occupe une chambre d'étudiant à Saint-Lô depuis octobre 2022, devait être pris en considération pour l'étude de ses droits à l'allocation de logement familiale au titre du logement situé à Guiberville, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. En outre, il résulte de l'instruction que la caisse d'allocations familiales a notifié à la requérante, le 18 février 2023, le trop-perçu correspondant à la période de novembre 2022 à janvier 2023, soit dans le délai de prescription prévu à l'article L. 553-1 du code de sécurité sociale. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la caisse d'allocations familiales aurait effectué des retenues pour recouvrer la créance en litige.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision rejetant son recours administratif préalable dirigé contre la décision du 18 février 2023 lui notifiant un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 945 euros.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. En l'absence d'illégalité de la décision d'indu d'allocation de logement familiale, les conclusions indemnitaires de Mme C tendant au versement de dommages et intérêts doivent, en tout état de cause, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la caisse d'allocations familiales de la Manche.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

La magistrate désignée,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

E. Bloyet

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