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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302120

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302120

vendredi 17 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302120
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBOIZARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 4 août 2023, le 19 mars 2024 et le 29 novembre 2024, Mme C A et M. D A, agissant en leur nom propre et en leur qualité d'ayants droit de M. B A, représentés par la SELARL Coubris, Courtois et associés, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier public du Cotentin à leur verser la somme de 813 928,12 euros au titre de dommages et intérêts, avec intérêts au taux légal à compter de la date de la requête introductive d'instance ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier public du Cotentin la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la prise en charge par le centre hospitalier public du Cotentin a été tardive avec un retard de diagnostic et de prise en charge ;

- le taux de perte de chance doit être évaluée au moins à 30 % ;

- M. et Mme A sont bien fondés en qualité d'ayants droit de M. B A à solliciter la somme de 70 030 euros en réparation de ses préjudices, dont 40 000 euros au titre des souffrances endurées, 30 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire et 30 000 euros au titre de son préjudice d'angoisse de mort imminente ;

- Mme C A est bien fondée à solliciter la somme de 594 328,78 euros en réparation de ses préjudices, dont 15 000 euros au titre du préjudice d'accompagnement, 40 000 euros au titre du préjudice d'affection, 8 556 au titre des frais d'obsèques, 4 515,89 au titre de ses frais d'aménagement du domicile, 217 229,96 euros au titre de ses frais d'aide humaine et de 309 026,93 euros au titre de son préjudice économique ;

- M. D A est bien fondé à solliciter la somme de 149 569,34 euros en réparation de ses préjudices, dont 30 000 euros au titre du préjudice d'affection et 119 569,34 euros au titre de son préjudice économique.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 février 2024, le 4 avril 2024 et le 12 décembre 2024, le centre hospitalier public du Cotentin, représenté par Me Boizard, conclut :

1°) au rejet de la requête de M. et Mme A ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que les sommes allouées soient ramenées à de plus justes proportions en prenant en compte un taux de perte de chance de 5 %, à ce que soient rejetées les demandes de M. et Mme A au titre du déficit temporaire, de préjudice de mort imminente, du préjudice économique, des frais d'aménagement du logement, d'aide par tierce personne du préjudice d'accompagnement, du préjudice d'affection de Mme A et du préjudice de frais de déplacement ;

3°) au rejet de toutes les demandes complémentaires ;

4°) de mettre à la charge de M. et Mme A les entiers dépens.

Il soutient que :

- le centre hospitalier public du Cotentin n'a commis aucune faute ;

- le lien de causalité n'est pas établi ;

- les sommes à allouer en réparation des préjudices doivent être réduites à de plus justes proportions en application du taux de perte de chance de 5 % ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Haute Normandie qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martinez,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

- et les observations de Me Blaison, représentant Mme C A et M. D A, et de Me Eustache, substituant Me Boizard, représentant le centre hospitalier public du Cotentin.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 27 mai 1951, a été pris en charge le 26 mai 2015 par le service des urgences du centre hospitalier public du Cotentin suite à un sepsis évoluant depuis six jours. Après son admission, M. A a été orienté vers le service de déchoquage puis de réanimation. Un transfert de M. A vers le centre hospitalier universitaire de Caen a été réalisé le même jour à 22h25. M. A est décédé le 26 mai 2015 à 23h00. M. et Mme A, ayants droit de M. B A, ont saisi la Commission de Conciliation et d'Indemnisation des accidents médicaux (CCI) de la région de Basse-Normandie. Un premier expert désigné par la CCI a déposé un rapport le 6 février 2017. Un second collège d'experts a déposé un rapport le 6 juillet 2017. La CCI a rendu son avis le 5 octobre 2017. Par la présente requête, M. et Mme A sollicitent la condamnation du centre hospitalier public du Cotentin à leur verser la somme de 813 928,12 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier public du Cotentin :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

3. M. et Mme A soutiennent que le centre hospitalier public du Cotentin a commis une faute en réalisant une mauvaise lecture du scanner thoraco-abdomino-pelvien réalisé à 11h10, ne permettant pas d'identifier les lésions présentées par M. A, et d'avoir décidé un transfert vers le centre hospitalier universitaire de Caen alors qu'une intervention chirurgicale de laparotomie était réalisable sur place. Toutefois, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise amiable du 6 juillet 2017, que le décès de M. A est en " rapport direct avec une pathologie gravissime d'abcès diffus et de très grande taille du foie aboutissant à une fonte purulente du foie " et que, eu égard à son état clinique à l'entrée au moment de son admission au centre hospitalier de Cherbourg, à savoir un état de choc septique sur cholécystite gangreneuse avec abcès massif, les chances de survie de M. A étaient quasiment nulles. Il ne résulte pas de l'instruction que l'interprétation du scanner aurait eu une incidence sur la prise en charge de M. A, alors que le diagnostic de pancréatite ou d'angiocholite est évoqué dès l'admission au centre hospitalier public du Cotentin avec la mise en place d'une antibiothérapie rapidement entamée. Il résulte également de l'expertise que la décision de transport au CHU de Caen pour la réalisation d'une laparotomie, alors qu'elle pouvait être réalisée sur place, n'a pas eu d'incidence sur le décès M. A. Les experts relèvent que les moyens techniques et en personnel santé étaient adaptés, et que si " une prise en charge chirurgicale n'a pas été diligentée sur place, compte tenu de son état de santé qui rendait le transport très problématique () les chances de sauver M. A, sur place comme au CHU, étaient extrêmement faibles ", écartant ainsi tout lien causal entre une faute éventuelle et le décès de M. A. Dès lors, il n'est pas établi que le centre hospitalier du Cotentin ait commis une faute de nature à engager sa responsabilité, en lien direct et certain avec le décès de M. A survenu le 26 mai 2015.

4. Il résulte de ce qui précède que les faits invoqués par M. et Mme A ne sont pas de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier du Cotentin.

Sur la déclaration de jugement commun :

5. Il y a lieu de déclarer le présent jugement commun à la caisse primaire d'assurance maladie de Haute-Normandie qui n'a pas présenté d'observations.

Sur les frais liés au litige :

6. La présente instance n'ayant généré aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du centre hospitalier public du Cotentin, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. et Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie de Haute-Normandie.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et M. D A, au centre hospitalier public du cotentin et à la caisse primaire d'assurance maladie de Haute-Normandie.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2025.

Le rapporteur,

Signé

P. MARTINEZ

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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