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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302153

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302153

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302153
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre JU
Avocat requérantSELARL SALMON ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 août 2023 et le 8 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Poirier, :

1°) doit être regardé comme formant opposition à la contrainte émise à son encontre par Pôle emploi Normandie, et qui lui a été signifiée le 27 juillet 2023, pour le recouvrement d'un indu d'allocation de solidarité spécifique d'un montant de 19 371,74 euros portant sur la période du 1er juillet 2018 au 30 novembre 2021, majoré des frais d'émission de l'acte ;

2°) de le décharger du paiement de la somme de 19 599,90 euros ;

3°) à titre subsidiaire, de lui accorder des délais de paiement ;

4°) de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la contrainte méconnait les dispositions de l'article R. 5426-20 du code du travail ; il n'a pas été destinataire d'une mise en demeure comportant le motif, la nature et le montant des sommes mises à sa charge, ni du motif ayant conduit à rejeter son recours ;

- la contrainte est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit, le cumul entre une activité professionnelle et le versement de l'allocation de solidarité spécifique étant autorisé ;

- France Travail a omis de prendre en considération certains éléments, en particulier l'absence de rémunération liée à la création de l'entreprise ;

- il a formulé une demande de remise de dette restée sans réponse ; il doit pouvoir bénéficier de délais de paiement au regard de sa bonne foi et de sa situation financière.

Par des mémoires enregistrés le 17 octobre 2023, le 18 octobre 2024 et le 12 novembre 2024, Pôle emploi Normandie, devenu France Travail Normandie, représenté par Me Alexandre, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le juge des référés est incompétent pour annuler une contrainte ;

- la contrainte est légalement fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Macaud,

- et les observations de Me Alexandre, représentant France Travail Normandie.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est réinscrit depuis le 14 janvier 2013 sur la liste des demandeurs d'emploi. Il a bénéficié à compter du 13 juin 2014 de l'allocation de solidarité spécifique. Le 14 décembre 2021, M. A a informé les services de Pôle emploi de ce qu'il avait créé, le 16 avril 2018, une entreprise agricole d'électroculture. Par un courrier du 14 janvier 2022, le directeur de Pôle Emploi lui a réclamé la somme de 19 371,74 euros au titre d'un trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique pour la période du 1er juillet 2018 au 30 novembre 2021. M. A a formé un recours gracieux le 25 janvier 2022, qui a été rejeté par Pôle emploi le 3 mars 2022. Après une première mise en demeure restée vaine le 18 mars 2022, Pôle emploi lui a notifié une seconde mise en demeure de payer cet indu le 20 avril 2023 et, en l'absence de paiement, a émis une contrainte, notifiée à M. A le 27 juillet 2023, en vue de recouvrer le montant de l'indu d'allocation de solidarité spécifique. Par la présente requête, qui mentionne, par erreur, le " juge des référés ", M. A forme opposition à cette contrainte et demande au tribunal de le décharger de la somme de 19 599,90 euros, qui comprend les frais d'émission de l'acte.

Sur l'opposition à contrainte :

Sur la régularité de la contrainte :

2. Aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par Pôle emploi pour son propre compte, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage mentionné à l'article L. 5427-1, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. ". Aux termes de l'article R. 5426-20 du même code : " La contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2 est délivrée après que le débiteur a été mis en demeure de rembourser l'allocation, l'aide ou toute autre prestation indue mentionnée à l'article L. 5426-8-1 ou de s'acquitter de la pénalité administrative mentionnée à l'article L. 5426-6. / Le directeur général de Pôle emploi lui adresse, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une mise en demeure qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement ou la date de la pénalité administrative ainsi que, le cas échéant, le motif ayant conduit à rejeter totalement ou partiellement le recours formé par le débiteur. / Si la mise en demeure reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, le directeur général de Pôle emploi peut décerner la contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2. ". Enfin, aux termes de l'article R. 5426-21 du même code : " La contrainte est notifiée au débiteur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. A peine de nullité, l'acte d'huissier ou la lettre recommandée mentionne : / 1° La référence de la contrainte ; / 2° Le montant des sommes réclamées et la nature des allocations, aides et autres prestations en cause ou la date de la pénalité administrative ; / 3° Le délai dans lequel l'opposition doit être formée ; 4° L'adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que Pôle emploi, devenu France Travail, peut délivrer une contrainte pour le remboursement d'une prestation indûment versée, après avoir adressé au débiteur, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception et restée sans effet après un mois, une mise en demeure qui comporte, notamment, le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées et la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'une mise en demeure du 20 avril 2023 a été adressée par lettre recommandée avec accusé de réception le 26 avril 2023 à M. A, qui en a réceptionné ce courrier le 2 mai 2023. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la contrainte serait irrégulière faute d'avoir été précédée d'une notification régulière de la mise en demeure prévue à l'article R. 5426-20 du code du travail doit être écarté.

5. En second lieu, il résulte de l'instruction que Pôle Emploi a notifié le 14 janvier 2022 à M. A un trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique qui précise le montant total de l'indu, les sommes versées à tort sur la période concernée étant récapitulées dans un tableau, ainsi que le motif de l'indu. En outre, la contrainte signifiée par voie d'huissier le 27 juillet 2023 mentionne la mise en demeure adressée le 20 avril 2023, indique avoir pour objet le recouvrement de l'allocation de solidarité spécifique indument versée ainsi que le montant de l'indu notifié et la période concernée et précise le motif de l'indu à savoir " activité non salariée ". Cette contrainte comporte, ainsi, l'ensemble des mentions requises par l'article R. 5426-21 du code du travail. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la contrainte doit être écarté.

Sur le bien-fondé de la contrainte :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 5423-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation de solidarité spécifique les travailleurs privés d'emploi qui ont épuisé leurs droits à l'allocation d'assurance, qui ne satisfont pas aux conditions pour bénéficier de l'allocation des travailleurs indépendants prévue à l'article L. 5424-25 et qui satisfont à des conditions d'activité antérieure et de ressources ". Aux termes de l'article R. 5423-1 de ce même code : " Pour bénéficier de l'allocation de solidarité spécifique, les personnes mentionnées à l'article L. 5423-1 : () ; 2° Sont effectivement à la recherche d'un emploi au sens de l'article L. 5421-3, sous réserve des dispositions de l'article R. 5421-1 ; 3° Justifient, à la date de la demande, de ressources mensuelles inférieures à un plafond correspondant à 70 fois le montant journalier de l'allocation pour une personne seule et 110 fois le même montant pour un couple ".

7. D'autre part, aux termes de l'article R. 5425-2 du même code : " Lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique reprend une activité professionnelle salariée ou non salariée, la rémunération tirée de l'exercice de cette activité est intégralement cumulée avec le versement de l'allocation de solidarité spécifique pendant une période de trois mois, consécutifs ou non, dans la limite des droits aux allocations restants. Tout mois civil au cours duquel une activité même occasionnelle ou réduite a été exercée est pris en compte pour le calcul de cette période ". L'article R. 5425-6 du même code précise que : " Lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique interrompt son activité professionnelle pendant une durée minimale de trois mois, il peut bénéficier à nouveau et dans leur intégralité des dispositions de la présente sous-section ".

8. Il résulte de ces dispositions que celles-ci s'appliquent lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique reprend une activité professionnelle, quels que soient les revenus perçus de cette activité et alors même que l'intéressé n'en tirerait aucune rémunération. La gérance d'une société inscrite au registre du commerce et des sociétés suffit, en principe, à caractériser la reprise d'une activité professionnelle non salariée par le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique, sauf à ce qu'il établisse l'absence d'activité effective de la société commerciale inscrite.

9. Il résulte de l'instruction que M. B A a perçu l'allocation de solidarité spécifique à compter du 11 mai 2014. Lors d'un entretien avec un agent de Pôle emploi le 14 décembre 2021, il a déclaré avoir créé, le 16 avril 2018, une entreprise agricole d'électroculture " La ferme du hérisson " à Lapenty. En application des dispositions précitées au point 7 du présent jugement, M. A ne pouvait cumuler une activité professionnelle non salariée avec l'allocation de solidarité spécifique que pendant une période de trois mois, soit, en l'espèce, les mois d'avril, mai et juin 2018, et ne pouvait à nouveau cumuler une telle activité avec l'allocation de solidarité spécifique qu'après trois mois d'interruption de son activité professionnelle. Si M. A fait valoir qu'il n'a tiré aucun revenu de son activité professionnelle, il n'est pas établi, ni d'ailleurs allégué, que son entreprise n'aurait pas eu d'activité effective, le versement de l'allocation de solidarité spécifique impliquant, par ailleurs, que son bénéficiaire soit engagé dans une démarche de recherche d'emploi. Dans ces conditions, et alors même que son activité professionnelle était non rémunératrice, Pôle emploi était fondé à mettre à la charge de M. A l'indu d'allocation de solidarité spécifique, objet de la contrainte du 27 juillet 2023.

10. En dernier lieu, M. A ne peut se prévaloir, à l'appui de l'opposition à la contrainte, que de moyens susceptibles d'avoir une incidence sur le principe, sur la quotité et sur l'exigibilité de la créance. Par suite, la demande de remise totale de dette, qui a été rejetée par Pôle emploi le 31 mars 2023, ne saurait être utilement invoquée au soutien de l'opposition formée à la contrainte émise à son encontre. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. A n'est pas fondé à former opposition à la contrainte émise à son encontre par Pôle emploi le 27 juillet 2023 en vue du recouvrement du trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique d'un montant total de 19 599,90 euros et à demander la décharge du paiement de cette somme.

Sur la demande d'octroi de délais de paiement :

12. Il n'appartient pas au juge administratif d'octroyer des délais de paiement. Les conclusions subsidiaires présentées à cette fin par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de France Travail, qui n'est pas partie perdante, la somme que demande M. A au titre des frais de l'instance. En outre, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme à la charge de M. A au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de France Travail tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à France Travail Normandie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

La magistrate désignée,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

E. Bloyet

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