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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302453

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302453

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302453
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre JU
Avocat requérantTAFOREL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen a rejeté la requête de Mme B C, qui contestait le refus de la caisse d'allocations familiales du Calvados de lui accorder une remise de dette pour des indus de revenu de solidarité active, prime d'activité, allocation de logement familiale et prime de fin d'année, pour un total de plus de 10 000 euros. Le tribunal a jugé que le litige ne portait plus que sur les indus d'allocation de logement familiale et de revenu de solidarité active, les autres dettes ayant été soldées. Il a estimé que Mme C, qui invoquait son état de santé et sa précarité financière, n'établissait pas que sa bonne foi ou sa situation de précarité justifiaient une remise totale de sa dette, et a donc rejeté l'ensemble de ses demandes, y compris celle relative aux frais de justice. La décision s'appuie notamment sur les articles L. 262-1 et suivants du code de l'action sociale et des familles et L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 septembre 2023 et le 23 septembre 2024, Mme B C, représentée par Me Taforel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 juillet 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Calvados a refusé de lui accorder une remise de dette correspondant à un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 4 760,65 euros, un indu de prime d'activité d'un montant de 742,33 euros et un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 4 017 euros, pour la période du 1er avril 2021 au 31 mars 2023, et un indu de prime de fin d'année d'un montant de 548,82 euros au titre des années 2021 et 2022 ;

2°) de lui accorder une remise totale de sa dette ;

3°) de prononcer la restitution des sommes retenues par la caisse d'allocations familiales pour la récupération des indus ;

4°) de mettre à la charge du département du Calvados la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle n'a pas fraudé et ne savait pas que les indemnités journalières devaient être déclarées ; son état de santé l'a conduit à omettre involontairement une partie de ses revenus et elle s'est retrouvée dans l'incapacité de gérer ses affaires ;

- la commission de recours amiable n'a pas été saisie de la demande de remise de dette en méconnaissance de l'article R. 825-3 du code de la construction et de l'habitation ;

- elle n'est pas en capacité de procéder au remboursement de la dette compte tenu de la précarité de sa situation financière : elle a été licenciée pour inaptitude, ses ressources s'élèvent à un montant de 1 571,71 euros et ses charges sont de 1 284 euros.

Par un mémoire enregistré le 11 avril 2024, le département du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 3 mai 2024, la caisse d'allocations familiales du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 ;

- le décret n° 2022-1568 du 14 décembre 2022 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Macaud,

- et les observations de M. A, représentant le département du Calvados.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une transmission des services de l'administration fiscale, la caisse d'allocations familiales du Calvados a constaté une divergence entre les ressources déclarées par Mme B C auprès des services fiscaux et celles qu'elle a déclarées auprès de la caisse d'allocations familiales qui permettent le calcul de ses droits au revenu de solidarité active. Par décision du 18 avril 2023, la caisse d'allocations familiales du Calvados lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 4 760,65 euros, pour la période du 1er avril 2021 au 31 mars 2023, un indu de prime d'activité d'un montant de 742,33 euros et un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 4 017 euros. Par courrier du 20 avril 2023, la caisse d'allocations familiales lui a également notifié un indu de prime de fin d'année d'un montant de 548,82 euros au titre des années 2021 et 2022. Mme C a sollicité, le 30 mai 2023, une remise gracieuse de sa dette. Par la décision attaquée du 17 juillet 2023, la caisse d'allocations familiales du Calvados a rejeté sa demande.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. A la date du présent jugement, Mme C n'a pas déposé de demande au titre de l'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a pas lieu d'admettre, à titre provisoire, la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

3. Il résulte de l'instruction que les indus de prime d'activité et de prime exceptionnelle de fin d'année ont été soldés par retenues sur prestations. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle des dettes correspondant à ces indus serait justifiée. Le présent litige porte, dès lors, sur la demande de remise de dette correspondant à l'indu d'allocation de logement familiale, dont le montant s'élève, à ce jour, à la somme de 2 066,14 euros du fait de retenues sur prestations familiales, et à l'indu de revenu de solidarité active.

Sur la demande de remise de dette correspondant aux indus de revenu de solidarité active et d'allocation de logement familiale :

4. Aux termes de l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le revenu de solidarité active a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, d'inciter à l'exercice d'une activité professionnelle et de lutter contre la pauvreté de certains travailleurs, qu'ils soient salariés ou non-salariés ". Aux termes de l'article L. 262-2 du même code : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article L. 262-46 du même code : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".

5. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement () sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. () ". L'article L. 825-3 de ce code dispose : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : () 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement ". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " () Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. () ".

6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active et d'aide personnelle au logement, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

7. En premier lieu, le moyen tiré de l'absence de consultation de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 825-2 du code de la construction et de l'habitation ne peut être utilement invoqué par Mme C pour contester la décision de refus de remise de dette du 17 juillet 2023 relative au trop perçu d'aide personnelle au logement.

8. En second lieu, il résulte de l'instruction que les indus de revenu de solidarité active, d'un montant de 4 760,65 euros, et d'allocation de logement sociale, d'un montant restant dû de 2 066,14 euros, sont imputables à Mme C qui a omis de déclarer des indemnités journalières versées par la caisse primaire d'assurance maladie sur une longue période, de décembre 2020 à mars 2023. Elle justifie cette absence de déclaration par son état de santé qui s'est dégradé à la suite d'une contamination à un covid de longue durée qui a débuté en mars 2020. Il résulte de l'instruction que Mme C perçoit des ressources mensuelles de 1 543 euros provenant d'une rente d'invalidité, des indemnités de pôle emploi et d'une pension alimentaire. Elle justifie par ailleurs devoir honorer un loyer de 677 euros et diverses charges usuelles, notamment en eau, électricité, assurances ainsi que du remboursement d'un crédit automobile. Au regard de l'ensemble de cette situation financière, Mme C n'établit pas que le remboursement de sa dette serait susceptible de compromettre durablement l'équilibre de son budget et de menacer la satisfaction des besoins élémentaires de son foyer, la requérante pouvant par ailleurs, si elle s'y croit fondée, demander à la caisse d'allocations familiales et au département du Calvados un échéancier pour un remboursement échelonné adapté à sa situation financière.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la bonne foi de Mme C, que celle-ci n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 17 juillet 2023 rejetant sa demande de remise de dettes. Il y a lieu, par voie de conséquence, et en tout état de cause, de rejeter ses conclusions à fin de restitution des sommes déjà prélevées ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la caisse d'allocations familiales du Calvados, au département du Calvados, à Me Taforel et à la ministre du travail et de l'emploi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La magistrate désignée,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados, au ministre du logement et de la rénovation urbaine et à la ministre du travail et de l'emploi, chacun en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

C. Benis

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