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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302573

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302573

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302573
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen a rejeté la requête de M. A contestant le montant de son allocation de revenu de solidarité active (RSA). Le requérant contestait l'application du forfait logement et la prise en compte d'une pension alimentaire. Le tribunal a jugé que l'avantage en nature lié à un logement gratuit doit être évalué forfaitairement et que la pension alimentaire, fixée par décision de justice, devait être intégrée aux ressources. La décision s'appuie sur les articles L. 262-3, R. 262-6, R. 262-9 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 octobre 2023 et 21 décembre 2023, M. D A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite du 16 août 2023 par laquelle le département de l'Orne a rejeté son recours administratif, réceptionné le 15 juin 2023, contestant le montant d'allocation de revenu de solidarité active qui lui a été alloué par la caisse d'allocations familiales de l'Orne.

Il soutient que :

- il ne comprend pas les raisons de la baisse de son allocation ;

- le calcul de l'allocation est erroné : la part logement ne doit pas rentrer en compte dans le calcul de ses droits puisqu'il verse des frais de participation aux charges du logement ; le montant de la pension alimentaire doit être lissé sur l'année.

Par un mémoire enregistré le 2 novembre 2023, le département de l'Orne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne comporte aucun moyen ;

- la décision attaquée est légalement fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Macaud a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A perçoit le revenu de solidarité active depuis 2017. La caisse d'allocations familiales de l'Orne a procédé au calcul de ses droits à cette allocation en retenant des ressources provenant d'une pension alimentaire et d'un hébergement à titre gratuit. Par courrier du 12 juin 2023, réceptionné le 15 juin 2023, M. A a contesté le montant du revenu de solidarité active qui lui a été alloué. Le département de l'Orne a rejeté implicitement son recours administratif. M. A conteste l'application du forfait logement pour le calcul du montant du revenu de solidarité qu'il perçoit.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la caisse d'allocations familiales de l'Orne :

2. M. A conteste le montant du revenu de solidarité active qui lui a été alloué par le département de l'Orne en remettant en cause l'application du forfait logement et la prise en compte des pensions alimentaires. Dès lors, le département de l'Orne n'est pas fondé à soutenir que la requête de M. A serait dépourvue de moyens.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article L. 132-1 du même code : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire. () " . Aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, (), l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / ()". Aux termes de l'article R. 262-7 du même code : " I- Le montant dû au foyer bénéficiaire du revenu de solidarité active est égal à la moyenne des montants intermédiaires calculés pour chacun des trois mois précédant l'examen ou le réexamen périodique du droit. () ". L'article R. 262-9 du même code précise : " Les avantages en nature procurés par le logement occupé soit par son propriétaire ne bénéficiant pas d'aide personnelle au logement, soit, à titre gratuit, par les membres du foyer, sont évalués mensuellement et de manière forfaitaire () ". Enfin, l'article R. 262-37 de ce code prévoit que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

4. Il résulte de ces dispositions que les avantages en nature que reçoivent les bénéficiaires du revenu de solidarité active doivent être intégrés dans les ressources prises en compte pour la détermination du montant de l'allocation à laquelle ils peuvent prétendre, à l'exclusion de l'usage privatif d'un jardin. Si la fourniture d'un logement à titre gratuit doit être évaluée sur la base forfaitaire prévue par l'article R. 262-9 du code de l'action sociale et des familles, les autres avantages en nature, telle une pension alimentaire en nature, doivent, en l'absence de dispositions réglementaires prévoyant un mode d'évaluation forfaitaire, être, en principe, évalués sur la base de leur valeur réelle.

5. En premier lieu, M. A a déclaré percevoir une pension alimentaire pour son fils, dont le montant, à la charge de la mère de l'enfant, a été fixé par décision de justice. Il ne résulte pas de l'instruction que la caisse d'allocations familiales de l'Orne aurait commis une erreur sur le montant des sommes correspondant à cette pension alimentaire qui doit être intégrée aux ressources de M. A pour procéder au calcul de ses droits au revenu de solidarité active. La circonstance que le requérant n'aurait pas personnellement disposé des sommes correspondant à ces pensions alimentaires est sans incidence sur le montant de ses droits à allocation.

6. En second lieu, M. A perçoit le revenu de solidarité active depuis juin 2017. Il expose, qu'à la date du dépôt de la demande du 22 mai 2017 sollicitant l'ouverture des droits à l'allocation, il était en situation de parent isolé, sans revenu, logé à titre gratuit avec frais " conditionné au revenu de solidarité active ". La caisse d'allocations familiales de l'Orne, dans un courrier du 30 mai 2022, a indiqué à M. A que pour procéder au calcul de ses droits, elle appliquait à l'intéressé le forfait logement dès lors qu'il était hébergé à titre gratuit par Mme B, ainsi que mentionné dans la déclaration du 22 mai 2017. Toutefois, il résulte de l'instruction, en particulier des relevés bancaires produits, que M. A a versé sur la période d'octobre 2022 à mai 2023 à Mme C B, propriétaire de son logement, la somme de 450 euros mensuel, les relevés bancaires mentionnant " frais participation logement ". Ainsi, M. A doit être regardé comme justifiant sur cette période de sa participation aux frais d'hébergement. Dans ces conditions, il est fondé à remettre en cause le montant de l'allocation qui lui a été alloué par le département de l'Orne, résultant de l'application du forfait logement prévu par l'article R. 262-9 du code de l'action sociale et des familles.

7. Dans la mesure où les pièces du dossier ne permettent pas au tribunal de déterminer les droits à allocation du requérant sur la période d'octobre 2022 à mai 2023, il y a lieu de renvoyer M. A devant le président du conseil départemental de l'Orne pour la détermination de ses droits au revenu de solidarité active à compter d'octobre 2022, selon les principes énoncés ci-dessus.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le département de l'Orne a rejeté le recours administratif de M. A, réceptionné le 15 juin 2023, contestant le montant du revenu de solidarité active qui lui a été alloué par la caisse d'allocations familiales de l'Orne, est annulée.

Article 2 : M. A est renvoyé devant le département de l'Orne en vue de la fixation, compte tenu des motifs du présent jugement, du montant du revenu de solidarité active auquel il avait droit.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au département de l'Orne.

Copie en sera adressée pour information à la caisse d'allocations familiales de l'Orne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La magistrate désignée,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

E. Bloyet

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