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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302819

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302819

jeudi 2 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302819
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantAIT-TALEB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Aït Taleb, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre la décision du préfet de l'Orne en date du 6 octobre 2023 ;

3°) d'ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde des libertés fondamentales du requérant ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer un passeport dans les plus brefs délais à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de condamner l'État à verser à Me Aït Taleb, la somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation de Me Aït Taleb au versement de l'aide juridictionnelle ;

6°) de condamner l'État, à verser à M. A B la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle le prive de la possibilité de voyager et qu'il a effectué une pré réservation afin de bloquer un tarif de voyage ;

- il existe une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir ;

- la décision est insuffisamment motivée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné le juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant français, a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire avec l'interdiction de quitter le territoire métropolitain. Par deux jugements correctionnels en dates des 10 juin 2022 et 16 mars 2023, il a obtenu des mainlevées temporaires de son interdiction de quitter le territoire français afin de pouvoir voyager à l'étranger. Le 4 septembre 2023, M. B a effectué la demande de renouvellement de son passeport. Par décision du 6 octobre 2023, le préfet de l'Orne a rejeté cette demande. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un passeport.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Aux termes de l'article L. 521-2 du même code : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code, en son premier alinéa : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". Enfin, l'article L. 522-3 dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence () le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées des articles L. 511-1 et L. 521-2 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés lorsqu'il est saisi, comme en l'espèce, sur le fondement de l'article L. 521-2 et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, résultant de l'action ou de la carence de cette personne publique, de prescrire les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte, dès lors qu'existe une situation d'urgence caractérisée, de nature à justifier le prononcé de mesures de sauvegarde dans le très bref délai de quarante-huit heures, et qu'il est possible de prendre utilement de telles mesures.

6. Pour établir l'existence d'une situation d'urgence particulière à enjoindre à l'administration de lui délivrer un passeport, M. B fait valoir que la mesure contestée a pour effet de le priver de voyager avec sa famille, qu'en l'espèce, il envisage de se rendre au Maroc pour un motif familial impérieux et qu'il a effectué une pré réservation de billets. Il n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir l'urgence de son projet de déplacement hors du territoire français. Ainsi, le requérant ne justifie pas des circonstances particulières caractérisant la nécessité de bénéficier à bref délai d'une mesure de nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Par suite, la condition d'urgence caractérisée n'est pas remplie en l'espèce.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner si une atteinte grave et manifeste est portée à une liberté fondamentale, qu'à l'évidence les conclusions présentées par M. B sur le fondement de la procédure prévue à l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne sont pas justifiées par l'urgence exigée par les dispositions de cet article. Dès lors, il y a lieu de rejeter la requête en toutes ses conclusions, sans instruction ni audience, par application de la procédure de l'article L. 522-3 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, Me Aït Taleb et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet de l'Orne et au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Caen, le 2 novembre 2023.

Le juge des référés,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

D. Dubost

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