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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2303049

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2303049

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2303049
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre JU
Avocat requérantTAFOREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 novembre 2023 et le 4 juillet 2024, M. C B, représenté par Me Taforel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 septembre 2023 par laquelle le département du Calvados ne lui a accordé qu'une remise partielle de 996,01 euros sur un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 4 980,04 euros, pour la période du 1er mars 2022 au 31 décembre 22, et sollicite la remise totale de sa dette ;

2°) de mettre à la charge du département du Calvados la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est de bonne foi ;

- il remplissait les conditions d'octroi du revenu de solidarité active ; l'OFPRA, qui aurait dû retenir la date du 10 mars 1997, a commis une erreur dans l'établissement de son certificat de naissance ;

- sa situation personnelle et professionnelle ne lui permet pas de rembourser sa dette.

Par un mémoire enregistré le 14 mai 2024, le département du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que la décision attaquée est légalement fondée.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Macaud,

- et les observations de Mme A, représentant le département du Calvados.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le revenu de solidarité active a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, d'inciter à l'exercice d'une activité professionnelle et de lutter contre la pauvreté de certains travailleurs, qu'ils soient salariés ou non-salariés ". Aux termes de l'article L. 262-2 du même code : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article L. 262-4 du même code : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : 1° Être âgé de plus de vingt-cinq ans ou assumer la charge d'un ou plusieurs enfants nés ou à naître ; () ". Aux termes de l'article L. 262-46 du même code : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

3. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active a pour origine un changement de situation administrative de M. C B, sa date de naissance retenue par l'OFPRA dans son certificat de naissance étant le 4 mars 1998 et non le 10 mars 1997 comme initialement mentionné et pris en compte par le département du Calvados pour déterminer les droits de M. B au revenu de solidarité active. Or, le requérant étant né le 4 mars 1998, il ne remplissait pas la condition d'âge prévue par les dispositions de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles pour pouvoir prétendre au revenu de solidarité active. La caisse d'allocations familiales du Calvados a, pour le compte du département, réétudié les droits de M. B et lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 4 980,04 euros. M. B, qui n'a pas contesté le bien-fondé de l'indu préalablement à la saisine du tribunal, a demandé, le 24 avril 2023, une remise gracieuse de sa dette. Par décision du 27 septembre 2023, le président du conseil départemental du Calvados lui a accordé une remise partielle de 996,01 euros. M. B, qui demande au tribunal la remise totale de sa dette, fait valoir que cette dette le fragilise, qu'il réside actuellement chez un ami en contrepartie du paiement d'une somme de 250 euros pour le logement, qu'il a trouvé un travail à la suite de sa formation professionnelle rémunérée pour un salaire mensuel de 1 222 euros, le département du Calvados indiquant en outre qu'il perçoit le revenu de solidarité active et la prime d'activité. De plus, M. B verse à sa famille restée en Afghanistan une somme comprise entre 500 et 700 euros par mois et doit honorer diverses charges usuelles. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le requérant, qui a déjà obtenu une remise partielle de 20 %, ne peut être regardé, à la date du présent jugement, comme étant dans une situation de précarité telle qu'il ne puisse faire face au remboursement de l'indu restant à sa charge, M. B pouvant par ailleurs, s'il s'y croit fondé, demander un échelonnement de sa dette.

4. Si M. B, qui fait valoir qu'il remplissait les conditions pour l'obtention du revenu de solidarité active, a entendu contester le bien-fondé de l'indu, il ne résulte pas de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas allégué, qu'il aurait entrepris des démarches pour contester le certificat de naissance établi par l'OFPRA. Dans ces conditions, et en tout état de cause, ce moyen ne peut qu'être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander une remise supplémentaire de sa dette correspondant à l'indu de revenu de solidarité active.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au département du Calvados.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

La magistrate désignée,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

E. Bloyet

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