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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2400515

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2400515

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2400515
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantORN'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 février 2024, 17 avril 2024 et 21 mai 2024, Mme C A, représentée par Me Guyomard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser une provision totale de 3 411 487,33 euros en réparation des préjudices qui restent indemnisables au titre de la solidarité nationale ;

2°) d'assortir cette provision des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de la présente requête, avec capitalisation de ces intérêts à compter du 11 mai 2023 ;

3°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle entend contester une offre transactionnelle faite par l'ONIAM qui ne comporte pas les mentions des voies et délais de recours ;

- elle est fondée à saisir le juge des référés d'une demande de provision dès lors que son droit à indemnisation est établi par la décision de la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) du 10 mai 2023 ;

- l'ONIAM, qui ne peut opposer son propre référentiel pour limiter son offre d'indemnisation, est tenu de réparer intégralement les dommages dont elle souffre ;

- elle est fondée à demander la somme de 11 061,14 euros au titre des dépenses de santé actuelle, qui correspond à l'offre de l'ONIAM ;

- elle est fondée à demander le versement d'une provision de 169 439,16 euros au titre des frais divers dès lors que l'ONIAM s'est fondé à tort sur son propre référentiel pour calculer les frais d'assistance par tierce personne entre le 1er décembre 2021 et le 30 juillet 2022 et n'a pas pris en compte les autres dépenses liées à ce poste de préjudice ;

- conformément au récapitulatif des sommes répertoriées par l'ONIAM, elle est fondée à demander une provision de 70 962,51 euros au titre des dépenses de santé futures ;

- elle est fondée à demander le versement d'une provision de 75 842,27 euros au titre des frais de logement adapté dès lors que chacun des aménagements réalisés est en lien direct avec son handicap et ne constitue pas une plus-value immobilière sans cause, que l'indemnisation proposée par l'ONIAM ne respecte pas le principe de la réparation intégrale et que ces aménagements ont été validés par une ergothérapeute dont le rapport est repris en annexe de l'expertise amiable du 17 janvier 2023 ;

- elle est fondée à demande le versement d'une provision de 852 467,07 euros au titre des frais de véhicule adapté dès lors que, contrairement à ce que propose l'ONIAM, l'indemnité de ce préjudice sous forme d'un capital révisable tous les sept ans méconnaît le principe de réparation intégrale du préjudice ; elle a été contrainte de faire l'acquisition de plusieurs véhicules successifs afin de palier à son état de santé ; seule l'acquisition d'un véhicule modèle Renault Captur permet un aménagement conforme aux normes européennes et l'ensemble de ces dépenses est en lien direct avec son état de santé ;

- elle est fondée à demander le versement d'une provision d'un montant de 1 121 153,67 euros au titre de l'assistance par tierce personne dès lors que cette indemnisation doit être versée sous forme de capital et ne saurait être limitée aux seuls tarifs horaires de 13 et 18 euros prévus par le référentiel ONIAM ; le versement de cette indemnisation sous forme de rente est contraire au principe de réparation intégrale du préjudice et n'est justifié par aucun élément, la requérante étant libre d'utiliser cette indemnité comme bon lui semble ; l'offre de l'ONIAM ne prend pas en compte l'intervention, pendant au moins trois heures au cours des 14 heures d'assistance quotidienne, d'une aide spécialisée afin d'assurer les soins physiques de la requérante ; le tarif horaire retenu par l'ONIAM au titre de l'assistance par tierce personne est erroné dès lors qu'une aide non spécialisée est rémunérée 23 euros par heure et une aide spécialisée à hauteur de 30 euros par heure ;

- elle est fondée à demander le versement d'une provision de 831 788 euros au titre des pertes de gains professionnels futurs dès lors qu'elle avait des chances raisonnables d'obtenir un avancement hiérarchique au cours de l'année 2025 et qu'ainsi elle subit une perte de chance d'obtenir une rémunération plus importante ; elle a été privée de son emploi en raison de son état de santé ; ses frais de mutuelle, en partie pris en charge par son ancien employeur, sont plus élevés de 297,80 euros par mois ;

- elle est fondée à demander le versement d'une provision de 264 248,71 euros au titre de l'incidence professionnelle future dès lors que la perte de gains professionnels qu'elle subit en raison de son état de santé lui fait également perdre une somme 14 222,66 euros à valoir sur sa pension de retraite annuelle ;

- elle est fondée à demander le versement d'une provision de 14 524,80 euros au titre des frais de procédure dès lors qu'elle a supporté la charge des frais d'assistance et de représentation de son avocat devant la CCI et l'ONIAM et compte tenu de la consignation lors de l'expertise amiable ordonnée par la CCI.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 mars 2024 et 2 mai 2024, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par la SELARL Birot-Ravaut et associés, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que la provision allouée n'excède pas 692 089,88 euros, et à ce qu'une somme de 700 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des frais de l'instance.

Il soutient que :

- il n'appartient pas au juge des référés de se prononcer sur la liquidation des préjudices ;

- l'offre transactionnelle présentée par l'office le 27 novembre 2023 et acceptée par la requérante suffit à faire face aux dépenses urgentes qu'elle supporte ;

- si la requérante peut demander le versement d'une provision sous la forme d'un capital, celui-ci ne saurait être calculé sur une autre base que le référentiel établi par l'ONIAM, lequel s'applique de façon uniforme à toute victime bénéficiant de la solidarité nationale ;

- le taux d'intérêt employé par l'ONIAM pour le calcul d'une rente en capital est fixé par les dispositions applicables du code de la sécurité sociale et tient compte des taux réactualisés employés par les organismes de sécurité sociale ;

- la provision sollicitée par la requérante ne saurait être calculée sans prendre en compte l'ensemble des prestations versées par les tiers payeurs afin de réparer les préjudices dont elle est victime ; il y a notamment lieu, à ce titre, de prendre en compte le versement d'une prestation versée au titre de l'assistance par tierce personne ainsi que du versement de la prestation de compensation du handicap (PCH) ;

- l'offre présentée par l'ONIAM au titre des dépenses de santé actuelles n'est pas contestée ;

- la requérante n'est pas fondée à contester le taux horaire appliqué au titre de l'assistance par tierce personne avant consolidation dès lors que le taux retenu par l'ONIAM est un référentiel permettant de traiter de manière équitable chaque situation ;

- au titre des frais divers, la requérante n'établit que les dépenses imposées par son état de santé ne seraient pas couvertes par la PCH ;

- la requérante ne peut prétendre à l'allocation d'une provision au titre des frais divers dès lors qu'elle aurait nécessairement acheté des pantalons, même en l'absence d'aléa médical ;

- la requérante n'établit pas la nécessité de recourir à un robot de tonte ;

- la requérante n'établit pas la nécessité de recourir à un kit repas et à un rebord d'assiette au titre des frais divers ;

- la requérante ne justifie pas de la nécessité de procéder aux travaux réalisés sur son logement ; certains travaux correspondent à une plus-value immobilière et à des dépenses de confort sans lien avec son état de santé ;

- la requérante ne peut prétendre qu'à l'indemnisation des surcoûts liés à l'aménagement de son véhicule et ne saurait ainsi demander l'allocation d'une provision couvrant l'achat d'un véhicule ;

- le principe d'un capital révisable à son 47ème anniversaire permet la réparation intégrale du préjudice ;

- la requérante ne peut prétendre à une indemnisation supérieure à 327 395,38 euros jusqu'à son 47ème anniversaire au titre de l'assistance par tierce personne post-consolidation ;

- la requérante n'établit pas les revenus qu'elle allègue percevoir au titre de la perte de gains professionnels futurs ;

- la requérante se fonde sur des prévisions erronées quant à la pension de retraite qui lui aurait été allouée en l'absence d'aléa médical ;

- la requérante n'est pas fondée à demander le remboursement des frais d'avocats exposés devant la CCI et l'ONIAM dès lors que cette procédure est gratuite ;

- elle n'est pas fondée à demander l'indemnisation de la consignation dès lors que l'expertise judiciaire a été réalisée en l'absence de l'ONIAM.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de la Sarthe et à la caisse primaire d'assurance maladie des Pyrénées-Atlantiques, qui n'ont pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A a été victime le 3 avril 2019 d'un accident vasculaire cérébelleux non séquellaire. Un bilan étiologique a révélé une malformation artério-veineuse cervicale para-vertébrale créant un shunt artériovéneux. Il a été proposé à Mme A une embolisation sélective par coïls et colle Glubran, via l'artère cervicale ascendante droite. L'opération chirurgicale a été réalisée au centre hospitalier universitaire (CHU) de Caen le 5 juin 2019. Une complication est apparue au cours de l'intervention lors de l'injection finale de colle dans l'artère cervicale ascendante, qui a entraîné la migration d'un morceau de colle vers une artère radiculo-médullaire au niveau de C5-C7, obstruant l'axe spinal antérieur. A son réveil, Mme A présentait une paralysie flasque des membres inférieurs, une perte de mobilité des membres supérieurs et une absence de préhension fine des mains. Mme A a saisi la Commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de Normandie (CCI) le 28 juillet 2021 d'une demande tendant à l'indemnisation de ses préjudices. A la demande de la CCI de Normandie, un rapport d'expertise a été déposé le 21 février 2022. S'estimant insuffisamment informée, la CCI de Normandie a ordonné un complément d'expertise. Un rapport d'expertise complémentaire a été remis le 17 janvier 2023. Par une décision du 10 mai 2023, la CCI de Normandie a considéré que la réparation des préjudices de Mme A relevait de la solidarité nationale. L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) a présenté le 27 novembre 2023 une offre transactionnelle partielle à hauteur de 494 862,40 euros dans l'attente de pièces complémentaires. Mme A a accepté cette transaction partielle. L'ONIAM a présenté le 28 décembre 2023 une offre complémentaire pour un montant de 692 089,88 euros. Mme A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code d justice administrative, de condamner l'ONIAM à lui verser une provision d'un montant de 3 411 487,33 euros.

Sur les conclusions aux fins de provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable () ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

En ce qui concerne le principe de la responsabilité :

3. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". Aux termes de l'article L. 1142-8 du même code : " Lorsque les dommages subis présentent le caractère de gravité prévu au II de l'article L. 1142-1, la commission émet un avis sur les circonstances, les causes, la nature et l'étendue des dommages, ainsi que sur le régime d'indemnisation applicable. () / La commission saisit l'autorité compétente si elle constate des manquements susceptibles de donner lieu à des poursuites disciplinaires () ". L'article L. 1142-17 de ce code dispose : " Lorsque la commission régionale estime que le dommage est indemnisable au titre du II de l'article L. 1142-1, ou au titre de l'article L. 1142-1-1 l'office adresse à la victime ou à ses ayants droit, dans un délai de quatre mois suivant la réception de l'avis, une offre d'indemnisation visant à la réparation intégrale des préjudices subis () ".

4. Il ressort de l'avis de la CCI rendu le 10 mai 2023 que la réparation des préjudices subis par Mme C A en raison de l'intervention chirurgicale subie le 5 juin 2019 incombe à l'ONIAM, qui a présenté une première offre d'indemnisation partielle le 27 novembre 2023. Une seconde offre, couvrant l'ensemble des postes de préjudice n'ayant pas fait l'objet d'une indemnisation, a été présentée le 28 décembre 2023. Par suite, et en l'absence de toute contestation quant à l'engagement de la solidarité nationale, Mme A est fondée à se prévaloir d'une obligation non sérieusement contestable à l'égard de l'ONIAM.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant des dépenses de santé actuelles :

5. Mme A déclare se satisfaire de l'offre faite par l'ONIAM au titre des dépenses de santé actuelles. Par suite, et en l'absence de contestation, il y a lieu d'allouer à la requérante une provision de 11 061,14 euros.

S'agissant des frais d'assistance par tierce personne :

6. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

7. Mme A demande à ce que l'ONIAM soit condamnée à lui verser une provision de 135 321,50 euros correspondant aux frais d'assistance par une tierce personne exposés entre le 1er décembre 2021 et le 30 juillet 2022. Elle soutient que, contrairement à ce qu'a retenu l'ONIAM dans son offre d'indemnisation du 28 décembre 2023, le tarif horaire d'une aide non spécialisée s'élève à 23 euros par heure et 30 euros pour une aide spécialisée. Or, Mme A ne produit, au soutien de sa demande, qu'une facture établie par la société Vitalliance pour le mois de janvier 2023 qui fait état d'un tarif horaire de 23 euros pour une aide non spécialisée ainsi que d'un reste à charge de 375,39 euros. Elle fournit en outre un relevé de sa caisse primaire d'assurance maladie faisant état du versement d'une majoration de sa pension d'invalidité dite " tierce personne " pour un montant de 1 192,56 euros au titre du même mois. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander un complément d'indemnisation pour le mois de janvier 2023. En revanche, il ressort du tableau indicatif de l'INSEE que le taux du SMIC brut horaire s'élevait, en prenant en compte les charges patronales, à 14,67 euros en 2021 pour une aide non spécialisée. Il ressort de l'offre de l'ONIAM que le besoin en aide humaine non spécialisée était de 20,5 heures par jour pendant une période de huit mois, soit un montant de 72 176 euros. Dans ces conditions, et compte tenu des besoins en aide spécialisée à raison de 3 heures par jour pendant la même période à taux de 18 euros, il y a lieu de condamner l'ONIAM à verser à la requérante une provision de 85 136 euros.

S'agissant des frais divers :

8. Mme A demande le versement d'une provision correspondant à l'achat d'un robot tondeuse. Toutefois, si la requérante soutient que le robot de tonte est rendu nécessaire en raison de son handicap qui empêche son mari de laisser ses enfants sans surveillance le temps de l'entretien de leur propriété, cette allégation n'est assortie d'aucune précision permettant d'établir le caractère nécessaire de cette dépense et, ainsi, le caractère non sérieusement contestable de la créance.

9. Par ailleurs, si la requérante demande l'allocation d'une indemnité au titre des primes d'assurance de son fauteuil roulant, l'ONIAM fait valoir que ces primes sont déjà prises en compte selon son barème au titre des dépenses de santé futures pour un montant de 84 euros par an soit, après application d'un euro de rente, une indemnité de 3 424,34 euros. La requérante ne justifie pas de l'écart entre cette offre et l'indemnité qu'elle sollicite. Par suite, aucune provision ne peut être accordée à ce titre.

10. Enfin, si la requérante soutient que son état de santé rend nécessaire l'achat de kit repas comprenant des couverts adaptés et des rebords d'assiette ainsi que l'achat de pantalons spéciaux et d'équipements informatiques adaptés à son handicap, elle n'établit pas de façon suffisamment certaine le prix de ces équipements, leur besoin de renouvellement et ne précise pas la portion de cette indemnité restant à sa charge après déduction des aides auxquelles elle a droit. Par suite, Mme A n'est pas fondée à se prévaloir d'une obligation non sérieusement contestable pour ce poste de préjudice.

S'agissant des dépenses de santé futures :

11. Il résulte de l'instruction que, comme le soutient la requérante, les tables de calcul produites par l'ONIAM en défense font apparaître que Mme A peut bénéficier d'une indemnité à hauteur de 70 962,51 euros pour les dépenses de santé future. Par suite, alors que l'ONIAM n'impute pas la différence de chiffrage à l'octroi d'une aide destinée à couvrir ce poste de préjudice, il y a lieu de condamner l'ONIAM à verser à Mme A une provision d'un montant de 70 962,51 euros.

S'agissant des frais de logement adapté :

12. Il résulte de l'instruction que les travaux réalisés sur le domicile de la requérante consistent dans la création d'une extension avec sas d'entrée donnant sur l'extérieur. Cette extension accueille une chambre de plain-pied équipée d'une salle de douche. Une autre partie des frais correspond à l'aménagement de la cuisine afin de permettre à la requérante de s'y déplacer en fauteuil roulant et d'y vivre avec la plus grande autonomie possible. Enfin, ces frais correspondent à l'automatisation des portes et à la création d'une rampe d'accès adaptée à son fauteuil roulant. Toutefois, si ces aménagements ont été reconnus comme utiles par l'ergothérapeute dans son rapport du 22 décembre 2022, l'ensemble des devis et factures produits par la requérante ne permet pas de déterminer les aménagements rendus directement nécessaires par son état de santé. En outre, comme le fait valoir l'ONIAM en défense, Mme A bénéfice d'une assistance par tierce personne quotidienne afin de pallier aux difficultés qu'elle peut éprouver. Enfin, il résulte de l'instruction que l'offre d'indemnisation présentée par l'ONIAM s'élève à 2 157,12 euros après abattement des différentes aides que Mme A aurait perçues au titre des frais d'aménagement, notamment pour la réalisation d'une chambre équipée d'une salle de bain. Par suite, il y a lieu d'allouer à Mme A une provision d'un montant de 2 157,12 euros correspondant à l'offre de l'ONIAM.

S'agissant des frais de véhicule adapté :

13. Il résulte de l'instruction, et notamment du devis établi le 20 décembre 2022 par la société Lenoir Handi concept, que les frais liés à l'aménagement du véhicule Renault Capture afin de permettre à Mme A de retrouver la capacité de conduire s'élèvent à la somme de 54 490,75 euros TTC. L'ONIAM a présenté son offre d'indemnisation relative à ce poste de préjudice sur la base de ce montant, après déduction des aides perçues par la requérante au titre de l'aménagement du véhicule. Ainsi, alors que Mme A ne justifie pas le montant du seul surcoût lié à l'acquisition de ce nouveau véhicule, la part non sérieusement contestable de la créance dont elle se prévaut s'élève à la somme retenue par l'ONIAM dans son offre d'indemnisation, soit une provision de 50 260,75 euros.

S'agissant des frais ultérieurs d'assistance par tierce personne :

14. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'ergothérapeute du 22 décembre 2022, que Mme A est dépendante au quotidien de l'assistance d'une tierce personne à raison de 14 heures par jour à compter du 31 juillet 2022. Si Mme A soutient que, sur ces 14 heures d'assistance, 3 heures doivent être assurées par une aide spécialisée, elle ne le justifie pas. Il ressort du tableau indicatif de l'INSEE que le taux du SMIC brut horaire s'élevait, en prenant en compte les charges patronales, à 14,79 en 2022 pour une aide non spécialisée. Ainsi, en prenant en compte les autres paramètres de calcul utilisés par l'ONIAM, qui ne sont pas sérieusement contestés, la provision doit être évaluée à 38 615 euros pour la période du 31 juillet 2022 au 24 juin 2023 et à 360 013 euros pour la période du 25 juin 2023 au 25 juin 2030, soit une provision de 398 628 euros.

S'agissant de la perte de gains professionnels futurs :

15. Mme A soutient qu'elle subit une perte de revenus mensuels de 2 197 euros ainsi qu'un manque à gagner de 249,75 euros, qu'elle n'a pas pu bénéficier des primes d'intéressement et de participation au titre des années 2021 à 2023 et qu'elle supporte des frais de mutuelle supérieurs de 297,80 euros par mois en raison de son état de santé. Toutefois, il n'est pas établi qu'elle aurait effectivement perçu une rémunération nette mensuelle de 3 200 euros et qu'elle était sur le point d'obtenir une augmentation de salaire. La seule attestation signée par son employeur en date du 15 février 2023 ne permet pas de justifier de la perte de chance alléguée. En outre, et ainsi que le relève l'ONIAM, la requérante n'établit pas que ce calcul prendrait en compte la rente allouée par sa prévoyance. Par suite, la seule part de la créance non sérieusement contestable dont peut se prévaloir Mme A correspond au montant de l'indemnisation retenu par l'ONIAM, à savoir une provision de 48 085,67 euros.

S'agissant de l'incidence professionnelle :

16. Il résulte de ce qui a été exposé au point précédent que Mme A n'établit pas avoir perçu un revenu net mensuel équivalent à 3 200 euros, ni subir une perte de chance de gagner un salaire plus élevé. Dès lors, elle n'est pas fondée à se prévaloir d'une créance non sérieusement contestable supérieure au montant de 107 069,45 euros proposé par l'ONIAM. Par suite, une provision sera accordée à concurrence de 107 069,45 euros.

S'agissant des frais de procédure :

17. La requérante fait état des frais d'avocat dans le cadre d'une procédure de référé expertise et des procédures menées devant la CCI et l'ONIAM. Toutefois, elle n'établit pas que les factures d'honoraires produites, dépourvues d'information précise quant à leur objet, portent sur ces procédures. Il ne résulte pas de l'instruction que la consignation relative à l'expertise concerne la même procédure que celle diligentée devant l'ONIAM. Par suite, la requérante ne peut se prévaloir à ce titre d'aucune obligation non sérieusement contestable.

18. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'ONIAM à verser à Mme C A une provision d'un montant total de 773 360,64 euros.

En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation :

19. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

20. La provision allouée à Mme A sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 mai 2023, date de réception par l'ONIAM de la demande indemnitaire préalable. En vertu des dispositions citées au point précédent, il y a lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts à compter du 11 mai 2024, date à laquelle était due, pour la première fois, une année entière d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais de l'instance :

21. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ONIAM la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu non plus de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par l'ONIAM au titre des frais de même nature.

O R D O N N E :

Article 1er : L'ONIAM est condamné à verser à Mme A une provision de 773 360,64 euros avec intérêts au taux légal à compter du 11 mai 2023. Les intérêts échus à la date du 11 mai 2024 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes des intérêts.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par l'ONIAM sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, et aux caisses primaires d'assurance maladie de la Sarthe et des Pyrénées-Atlantiques.

Fait à Caen, le 20 septembre 2024.

Le juge des référés,

Signé

F. B

La République mande et ordonne au ministre de la santé, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

D. Dubost

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