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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2401572

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2401572

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2401572
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantJULIA-JEGU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 19 et 20 juin 2024, M. A E et Mme C D, épouse E, agissant en qualité de représentants légaux de leur fille mineure, B E, représentés par la Selarl Jegu Leroux, demandent au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à l'agence régionale de santé (ARS) de Normandie, au ministre de la santé et de la prévention et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de prendre toute disposition pour l'admission immédiate B E au sein d'une structure déterminée par décision de la maison départementale de l'autonomie du Loiret, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'agence régionale de santé de Normandie et de l'Etat (ministre de la santé et de la prévention et ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse) la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens de l'instance.

M. et Mme E soutiennent que :

- l'attribution d'une place au sein d'un institut médico-éducatif (IME) est indispensable eu égard au dommage imminent causé par la situation actuelle et afin de préserver le bon développement de l'enfant ; B n'a jamais bénéficié d'une place en IME, contrairement à ce que prescrit la maison départementale de l'autonomie du Loiret, dont la dernière décision est en date du 26 mars 2024 ;

- une atteinte est portée aux droits fondamentaux à l'éducation, à la santé et au respect de la vie de l'enfant, le défaut de prise en charge adaptée entraînant de graves difficultés pour le développement B.

Par un mémoire enregistré le 21 juin 2024, l'agence régionale de santé de Normandie, représentée par la Selarl Ekis Avocats, agissant par Me Tugaut, demande au juge des référés de rejeter la requête de M. et Mme E.

L'agence régionale de santé soutient que :

- la requête ne relève pas de la compétence territoriale du tribunal administratif de Caen ;

- la requête est également irrecevable en tant qu'elle vise des mesures qui excèdent l'office du juge des référés ; l'orientation vers un IME par le juge des référés implique nécessairement la création d'une place dans une telle structure ;

- la requête est enfin irrecevable en tant qu'elle est dirigée contre l'ARS dès lors qu'il ne lui appartient pas de désigner un établissement pour la prise en charge des enfants atteints d'autisme ; la commission départementale de l'autonomie et des personnes handicapées n'a jamais désigné d'établissement devant accueillir B ;

- les requérants ne justifient pas de l'urgence de la situation de leur enfant ; la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) n'a pas été sollicitée pour qu'un plan d'accompagnement soit engagé ;

- aucune atteinte grave et manifestement illégale n'est portée à une liberté fondamentale ; aucune carence de l'ARS n'est caractérisée en l'espèce, compte-tenu des moyens et pouvoirs dont elle dispose ; l'ARS n'a au demeurant jamais été interpellée par la situation de la famille.

Par un mémoire complémentaire enregistré le 24 juin 2024, M. et Mme E dirigent leurs conclusions contre l'agence régionale de santé du Centre Val de Loire, en lieu et place de l'agence régionale de santé de Normandie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 juin 2024, tenue à 14h00 en présence de M. Dubost, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Rouland-Boyer, juge des référés,

- et les observations de la Selarl Jegu Leroux, avocat de M. E et Mme D, et les observations de la Selarl Ekis avocats, représentant l'agence régionale de santé de Normandie, maintenant les conclusions et moyens présentés dans leurs écritures.

La juge des référés, à l'issue de l'audience, a prononcé la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2. Le juge des référés d'une juridiction ne peut être régulièrement saisi d'une requête tendant à la mise en œuvre de l'une des procédures régies par le livre V du code de justice administrative en matière de référés que pour autant que le litige principal auquel se rattache ou est susceptible de se rattacher la mesure d'urgence qu'il lui est demandé de prendre, ressortit lui-même à la compétence de ladite juridiction. L'article R. 522-8-1 du même code prévoit que, par dérogation aux dispositions du titre V du livre III relatif au règlement des questions de compétence au sein de la juridiction administrative, le juge des référés qui entend décliner la compétence de la juridiction rejette les conclusions dont il est saisi par voie d'ordonnance.

3. Aux termes de l'article R. 312-1 du code de justice administrative : " Lorsqu'il n'en est pas disposé autrement par les dispositions de la section 2 du présent chapitre ou par un texte spécial, le tribunal administratif territorialement compétent est celui dans le ressort duquel a légalement son siège l'autorité qui, soit en vertu de son pouvoir propre, soit par délégation, a pris la décision attaquée () ".

4. La requête de M. et Mme E tend, dans le dernier état de leurs écritures, à ce qu'il soit enjoint à l'agence régionale de santé de Centre Val de Loire de prendre toute disposition pour l'admission immédiate B E au sein d'une structure déterminée par la décision de la maison départementale de l'autonomie du Loiret. Dès lors, en application des dispositions précitées de l'article R. 312-1 du code de justice administrative, ce litige relève de la compétence territoriale du tribunal administratif dans le ressort duquel a son siège l'autorité susceptible de prendre cette décision et non de la compétence du tribunal administratif de Caen. Par suite, il y a lieu de rejeter la requête comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

O R D O N N E:

Article 1er :: La requête de M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A E et Mme C D, épouse E, à l'agence régionale de santé de Normandie, au ministre de la santé et de la prévention, à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et à la maison départementale de l'autonomie du Loiret.

Copie de la présente ordonnance sera adressée à la rectrice de l'académie de Normandie.

Fait à Caen, le 24 juin 2024.

La présidente, juge des référés,

Signé

H. Rouland-Boyer

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef

D. Dubost

N°2401572

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