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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2401860

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2401860

jeudi 8 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2401860
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen a été saisi par la maire de Rocheville pour déclarer démissionnaire d'office un conseiller municipal, M. A, en application de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales, pour avoir refusé d'assurer la fonction d'assesseur d'un bureau de vote lors des élections législatives des 30 juin et 7 juillet 2024. Le tribunal a jugé que cette fonction, prévue à l'article R. 44 du code électoral, est une obligation légale pour un conseiller municipal. M. A n'ayant pas justifié d'une excuse valable, notamment en ne produisant aucun document médical malgré ses allégations, le tribunal a prononcé sa démission d'office.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2024, la maire de Rocheville demande au tribunal de déclarer M. C A démissionnaire d'office de ses fonctions de membre du conseil municipal de cette commune.

Il soutient que M. C A a refusé, sans excuse valable, d'assurer la tenue d'un bureau de vote lors des deux tours des élections législatives des 30 juin et 7 juillet 2024, alors que ces fonctions sont au nombre de celles dévolues par la loi à un conseiller municipal, au sens de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2024, M. C A conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il justifie d'excuses valables pour ne pas avoir assuré la tenue du bureau de vote lors des deux tours des élections législatives.

La maire de Rocheville a produit un mémoire enregistré le 5 août 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction intervenue trois jours francs avant l'audience.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code électoral ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Macaud, présidente-rapporteure ;

- les conclusions de Mme Absolon, rapporteure publique ;

- les observations de Mme D, maire de la commune de Rocheville ;

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre d'un conseil municipal qui, sans excuse valable, a refusé de remplir une des fonctions qui lui sont dévolues par les lois, est déclaré démissionnaire par le tribunal administratif. / Le refus résulte soit d'une déclaration expresse adressée à qui de droit ou rendue publique par son auteur, soit de l'abstention persistante après avertissement de l'autorité chargée de la convocation. / Le membre ainsi démissionnaire ne peut être réélu avant le délai d'un an. ". Aux termes de l'article R. 2121-5 du même code : " Dans les cas prévus à l'article L. 2121-5, la démission d'office des membres des conseils municipaux est prononcée par le tribunal administratif. / Le maire, après refus constaté dans les conditions prévues par l'article L. 2121-5 saisit dans le délai d'un mois, à peine de déchéance, le tribunal administratif. / Faute d'avoir statué dans le délai fixé à l'alinéa précédent, le tribunal administratif est dessaisi () / Lorsque le tribunal administratif prononce la démission d'un conseiller municipal, le greffier en chef en informe l'intéressé en lui faisant connaître qu'il a un délai d'un mois pour se pourvoir devant la cour administrative d'appel () ".

2. Aux termes de l'article R. 44 du code électoral : " Les assesseurs de chaque bureau sont désignés conformément aux dispositions ci-après : / - Chaque candidat ou chaque liste en présence a le droit de désigner un assesseur et un seul pris parmi les électeurs du département ; / - Des assesseurs supplémentaires peuvent être désignés par le maire parmi les conseillers municipaux dans l'ordre du tableau puis, le cas échéant, parmi les électeurs de la commune. / Le jour du scrutin, si, pour une cause quelconque, le nombre des assesseurs se trouve être inférieur à deux, les assesseurs manquants sont pris parmi les électeurs présents sachant lire et écrire le français, selon l'ordre de priorité suivant : l'électeur le plus âgé, puis l'électeur le plus jeune ". Il résulte de ces dispositions que la fonction d'assesseur de bureau de vote qui peut être confiée par le maire à des membres du conseil municipal compte parmi les fonctions qui leur sont dévolues par les lois au sens de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales. Ainsi, un membre du conseil municipal ne peut se soustraire à cette obligation que s'il est en mesure, sous le contrôle du juge administratif, de présenter une excuse valable. Peut être, le cas échéant, regardé comme excipant d'une telle excuse pour l'application des dispositions susrappelées un conseiller municipal qui établit l'existence de manœuvres consistant en des décisions ou comportements d'un maire destinés à provoquer un refus de l'intéressé d'exercer ses fonctions susceptible de le faire regarder comme s'étant de lui-même placé dans la situation où il peut être déclaré démissionnaire d'office.

3. Il résulte de l'instruction que la maire de Rocheville a, par courriel du 10 juin 2024, demandé à tous les conseillers municipaux de faire connaître leurs disponibilités et choix de créneaux horaires pour la tenue du bureau de vote pour les deux tours des élections législatives des 30 juin et 7 juillet 2024. M. A a répondu, par un courriel du 12 juin 2024, qu'il donnerait ses disponibilités lors de la prochaine réunion du conseil municipal. Par courriel du 13 juin, la maire de Rocheville lui a fait part du créneau restant disponible tant pour le 30 juin que pour le 7 juillet, M. A étant le dernier à répondre. L'intéressé ne s'étant toujours pas manifesté, la maire lui a adressé, le 25 juin 2024, un courrier rappelant à son destinataire les obligations auxquelles il était tenu en tant que membre du conseil municipal et les conséquences qu'il pourrait être tiré de son refus de les remplir, en application des dispositions de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales. M. A n'ayant apporté aucune réponse aux sollicitations de la maire de Rocheville, cette dernière a considéré qu'il avait refusé de remplir les fonctions d'assesseur d'un bureau de vote pour les deux tours des élections législatives des 30 juin et 7 juillet 2024.

4. Si M. A fait valoir qu'il était en arrêt maladie, il ne produit aucun document pour le justifier. En outre, la circonstance, à la supposer réelle, qu'en raison d'un rendez-vous chez le médecin du travail, il était indisponible pour répondre au courriel du 24 juin 2024 transmettant la composition du bureau ne faisait pas obstacle à ce qu'il réponde à ce courriel après ce rendez-vous médical. De plus, les erreurs alléguées que commettrait la maire, notamment dans des dates, de même que les " délits et méfaits " qui seraient commis par certaines personnes, faits au demeurant non établis, ne sauraient dispenser M. A de son devoir de respecter les obligations auxquelles il est tenu en qualité de conseiller municipal.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la maire de Rocheville est fondée à soutenir que l'abstention persistante de M. A révèle un refus de remplir les missions dévolues aux conseillers municipaux et à solliciter du tribunal, pour ce motif, qu'il déclare l'intéressé démissionnaire d'office de ses fonctions de membre du conseil municipal, faute pour lui d'avoir justifié d'une excuse valable.

D E C I D E :

Article 1er : M. C A est déclaré démissionnaire d'office de son mandat de conseiller municipal de la commune de Rocheville.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la maire de Rocheville, à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise au préfet de la Manche.

Délibéré après l'audience du 7 août 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- M. Martinez, premier conseiller,

- M. Rivière, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

A. MACAUD

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. MARTINEZ

Le président-rapporteur,

A. MARCHAND

L'assesseure la plus ancienne,

M. B

Le président-rapporteur,

A. MARCHAND

L'assesseure la plus ancienne,

M. B La greffière,

Signé

C. BENIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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