jeudi 21 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2402057 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | BOILEAU ANNE-LAURE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er août 2024 et le 19 septembre 2024, la commune de Le Loreur, représentée par Me Marin, demande au tribunal d'ordonner une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de décrire les désordres constatés suite aux travaux de rénovation et d'extension de la mairie, et de rejeter les conclusions reconventionnelles de la société Ouest terrassement.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2024, la société Ouest terrassement, représentée par Me Boileau, conclut :
- à titre principal, au rejet de la requête et à ce que la commune soit condamnée à lui verser la somme de 12 535,89 euros à titre de provision, ainsi qu'à la somme de 2 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile, ainsi qu'aux entiers dépens ;
- à titre subsidiaire, à ce qu'il lui soit donné acte de ses plus expresses protestations et réserves de fait et de droit et à ce que les frais d'expert soient avancés par la requérante.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ". Aux termes de l'article R. 532-3 du même code : " Le juge des référés peut, à la demande de l'une des parties formée dans le délai de deux mois qui suit la première réunion d'expertise, ou à la demande de l'expert formée à tout moment, étendre l'expertise à des personnes autres que les parties initialement désignées par l'ordonnance, ou mettre hors de cause une ou plusieurs des parties ainsi désignées. / Il peut, dans les mêmes conditions, étendre la mission de l'expertise à l'examen de questions techniques qui se révélerait indispensable à la bonne exécution de cette mission, ou, à l'inverse, réduire l'étendue de la mission si certaines des recherches envisagées apparaissent inutile. Aux termes de l'article R. 621-7-1 de ce code : " Les parties doivent remettre sans délai à l'expert tous documents que celui-ci estime nécessaires à l'accomplissement de sa mission ". Enfin, aux termes de l'article R. 621-9 du même code : " Le rapport est déposé au greffe en deux exemplaires, des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification peut s'opérer sous forme électronique () ".
2. La commune de Le Loreur expose qu'il a été constaté des désordres suite aux travaux réalisés dans le cadre du lot n° 11, portant sur le terrassement, les VRD et les espaces verts du marché de rénovation et d'extension de la mairie, dont la réalisation a été confiée à la société Ouest terrassement. Il ressort de plusieurs courriers adressés par le maître d'œuvre à cette société que des anomalies affectant la réalisation de ce lot ont été constatées. Selon la commune de Le Loreur, ces anomalies portent sur le revêtement de certaines places de parking et l'allée qui longe l'est de la parcelle, la présence de gravats, de mauvaises herbes sur un espace devant être engazonné et de planches de délimitation des espaces cassées, le soulèvement d'une dalle à l'est de la salle de convivialité et la stagnation d'eau à différents endroits aux abords de la mairie. Ces faits, qui ne sont pas utilement contestés par la société Ouest terrassement sont de nature à justifier la mesure d'instruction demandée. En conséquence, il y a lieu d'ordonner une expertise contradictoire aux fins et conditions définies dans le dispositif de la présente ordonnance.
Sur les réserves exprimées :
4. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte des protestations ou des réserves, ni de conclusions à venir. Les conclusions en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions reconventionnelles de la société Ouest terrassement :
5. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Si de telles conclusions peuvent être présentées dans le cadre d'une instance introduite devant le juge des référés statuant sur une demande d'expertise dans le cadre des dispositions de l'article R. 532-1 du même code, c'est à la condition qu'elles présentent un lien suffisant avec la demande principale, compte tenu en particulier de l'office du juge des référés, et qu'elles ne revêtent pas le caractère d'une prétention nouvelle ou d'un litige distinct.
6. En l'espèce, alors que la demande principale de la commune de Le Loreur se limite à l'organisation d'une mesure d'expertise, en vue de mettre éventuellement en œuvre, au titre des malfaçons et désordres affectant l'ouvrage, la responsabilité contractuelle ou décennale de la société Ouest terrassement, la demande de cette société tendant à la condamnation de la commune à lui verser, à titre de provision, la somme de12 535,89 euros correspondant au montant des travaux non payés par la collectivité dans le cadre de ce lot, procède du seul règlement financier du marché qui l'unit à la commune. Elle ne peut être regardée, dans ces conditions, comme présentant un lien suffisant avec l'objet de la demande d'expertise. En tout état de cause, en l'état du dossier soumis au juge des référés et des moyens et arguments contradictoires avancés par chacune des parties, l'obligation dont se prévaut la société Ouest terrassement ne peut être regardée comme n'étant pas sérieusement contestable au sens des dispositions citées au point 5. Dès lors la demande de provision doit être rejetée.
Sur les dépens :
7. Aux termes des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".
8. Les dispositions précitées font obstacle à ce que le juge des référés ordonne la réserve des dépens ou désigne la partie qui en supportera la charge. Par suite, les demandes présentées en ce sens par la société Ouest terrassement doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
9. Il y a lieu de rejeter les conclusions formulées par la société Ouest terrassement sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A B, exerçant 16 route de Gouvix, Urville (14190), est désigné pour procéder, en présence des parties à l'instance à une expertise avec la mission suivante :
1°) se faire communiquer tous documents utiles à l'exercice de sa mission et d'entendre tout sachant ;
2°) décrire les travaux réalisés et les désordres constatés et en indiquer la nature et l'importance en précisant s'ils étaient apparents au moment de la date de réception, à défaut leur date probable d'apparition ;
3°) se prononcer sur les causes et les conséquences des désordres et donner son avis sur le point de savoir à qui, parmi les parties à l'instance, ils peuvent être imputés et dans quelle proportion, en justifiant ses propositions ;
4°) indiquer la nature et le coût des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant un usage propre à leur destination ;
5°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.
Article 2 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, s'entourer de tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.
Il pourra obtenir de toute partie et de tout tiers à l'instance, sans délai, la consultation ou la communication de tous documents qu'il estimera nécessaires à l'accomplissement de sa mission. En cas de carence des parties, il en informera le président du tribunal qui, après avoir provoqué les observations écrites de la partie récalcitrante, pourra ordonner la production des documents, s'il y a lieu sous astreinte, autoriser l'expert à passer outre ou l'autoriser à déposer son rapport en l'état, le tribunal tirant les conséquences du défaut de communication des documents à l'expert.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 5 : L'expert avertira les parties des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 6 : L'expert peut prendre l'initiative de procéder, avec l'accord des parties, à une médiation conformément aux dispositions de l'article R. 621-1 du code de justice administrative. Il devra, dans cette hypothèse, en informer le juge des référés et préserver dans son rapport d'expertise la confidentialité de la médiation menée.
Article 7 : L'expert adressera aux parties un pré-rapport permettant la production de tout dire avant de déposer son rapport définitif au greffe du tribunal.
Il déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Le Loreur, à la société Ouest terrassement et à l'expert.
Fait à Caen, le 21 novembre 2024.
La juge des référés,
signé
H. ROULAND-BOYER
La République mande et ordonne au préfet de la Manche, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Tabourel
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026