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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2402672

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2402672

vendredi 12 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2402672
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen, statuant en plein contentieux, a rejeté la requête de Mme A B. Celle-ci contestait le refus du département de l'Orne de lui délivrer la carte mobilité inclusion mention "stationnement pour personnes handicapées". Le tribunal a jugé que les éléments fournis par Mme B, notamment une opération de la hanche et une diminution de sa mobilité, ne suffisaient pas à démontrer qu'elle remplissait les conditions fixées par l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles et l'arrêté du 3 janvier 2017. En particulier, il n'était pas établi que son handicap réduisait de manière importante et durable sa capacité de déplacement à pied, avec un périmètre de marche inférieur à 200 mètres, ou qu'elle nécessitait systématiquement une aide humaine ou technique pour tous ses déplacements extérieurs.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 et 16 octobre 2024, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision du 11 septembre 2024 par laquelle le président du conseil départemental de l'Orne a rejeté son recours administratif préalable dirigé contre la décision du 27 mars 2024 refusant de lui délivrer la carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées ".

Elle soutient qu'elle remplit les conditions pour obtenir la carte sollicitée.

Par un mémoire enregistré le 6 novembre 2024, le département de l'Orne conclut au rejet de la requête au motif que sa décision est fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Macaud ;

- et les observations de Mme B, qui indique avoir été opérée d'une hanche, l'opération de la seconde devant intervenir à la fin de l'année. Elle précise également que sa mobilité a encore diminué depuis l'opération.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a demandé, le 6 décembre 2023, auprès de la maison départementale des personnes handicapées de l'Orne, l'attribution de la carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées ", demande qui a été rejetée par une décision du 27 mars 2024 au motif que son handicap n'entraîne pas systématiquement une réduction importante et durable de sa capacité et de son autonomie de déplacement à pied et ne lui impose pas d'être accompagnée par une tierce personne ou de recourir à certaines aides techniques lors de tous ses déplacements à l'extérieur. Mme B a formé le recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article R. 241-17-1 du code de l'action sociale et des familles, réceptionné le 29 avril 2024, et, par la décision attaquée du 11 septembre 2024, le président du conseil départemental de l'Orne a rejeté ce recours.

2. D'une part, aux termes du I de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements ". Aux termes du IV de l'article R. 241-12-1 du même code : " Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur. ".

3. D'autre part, l'annexe à l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles prévoit que : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; - ou la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; - ou la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie () ".

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autres parties à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

5. Il résulte des dispositions précitées que l'obtention de la carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " est subordonnée à la démonstration d'une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspondant à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et pouvant se retrouver chez des personnes présentant, notamment, un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales. Tel est le cas lorsque la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ou a systématiquement recours à une des aides mentionnées pour ses déplacements extérieurs. Il appartient à la personne qui présente devant le juge administratif des conclusions à fin d'annulation d'une décision lui refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " d'établir, par tous moyens et notamment par la production au tribunal de justificatifs médicaux, même s'ils avaient déjà été produits au cours de l'instruction de la demande par l'administration, qu'elle est atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied.

6. En l'espèce, Mme B présente une coxarthrose droite évoluée et une déficience de la fonction cardiovasculaire. Elle indique marcher avec l'aide de deux béquilles, utiliser une ceinture lombaire et ne plus pouvoir monter les marches. Il résulte de l'instruction, en particulier du compte rendu médical effectué par un médecin hospitalier d'Argentan du 1er octobre 2024, que la marche s'effectue avec boiterie et des douleurs retentissent d'une façon considérable sur l'activité et l'autonomie. Mme B a, en outre, détaillé à l'audience ses difficultés pour se déplacer, précisant qu'elle avait été opérée d'une hanche et qu'une seconde intervention était programmée pour la fin de l'année 2025. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, Mme B établit, à la date du présent jugement, souffrir d'une déficience physique ayant pour effet de réduire de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied sur une distance inférieure à 200 mètres. Par suite, il y a lieu de reconnaître à Mme B le droit à la carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées ".

7. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 11 septembre 2024 refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ".

8. Le présent jugement implique nécessairement la délivrance à Mme B de la carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées ", pour une durée qui doit être fixée, dans les circonstances de l'espèce, à deux ans à compter de la décision à intervenir du président du conseil départemental de l'Orne. Un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement est imparti au président du conseil départemental de l'Orne pour y procéder.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 11 septembre 2024 du président du conseil départemental de l'Orne refusant la délivrance à Mme B d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " est annulée.

Article 2 : La carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à Mme B pour une durée de deux ans. Cette carte devra lui être délivrée par le président du conseil départemental de l'Orne dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département de l'Orne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2025.

La magistrate désignée,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

E. Bloyet

No 240267

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