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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2500464

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2500464

jeudi 18 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2500464
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre JU
Avocat requérantCABINET LEHOUX & CONDAMINE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen a examiné la requête de Mme D... contestant un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 9 165,40 euros pour la période d'avril 2022 à novembre 2023, indu fondé sur une reprise de vie commune avec son époux. La requérante soutenait ne pas avoir fraudé et que la reprise de vie commune datait de début 2024. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que l'administration avait légalement établi, sur la base d'un rapport d'enquête, l'existence d'une vie de couple stable et continue durant la période litigieuse, justifiant la récupération de l'indu. La décision s'appuie sur les articles L. 262-2, L. 262-3, L. 262-9 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 février 2025, Mme F... D..., représentée par Me Lehoux, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 23 avril 2024 par laquelle la caisse d’allocations familiales du Calvados lui a notifié un indu de revenu de solidarité active de 9 165,40 euros pour la période du 1er avril 2022 au 30 novembre 2023 ;

2°) d’annuler la décision du 16 décembre 2024 par laquelle le département du Calvados a rejeté son recours administratif ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d’allocations familiales du Calvados la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- elle n’a pas commis de fraude ;
- elle s’est séparée au début de l’année 2019 et la reprise de la vie commune date de début 2024.

Par un mémoire enregistré le 15 octobre 2025, le département du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que la décision attaquée est légalement fondée.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Macaud,
- et les observations de Mme G..., représentant le département du Calvados.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. Par courrier du 23 avril 2024, la caisse d’allocations familiales du Calvados a notifié à Mme F... D... un indu de revenu de solidarité active de 9 165,40 euros pour la période du 1er avril 2022 au 30 novembre 2023. Mme D... a exercé un recours administratif préalable le 15 octobre 2024. Par la décision attaquée du 16 décembre 2024, qui est venue se substituer à la précédente notification du 23 avril 2024 qui ne peut être contestée, le département du Calvados a rejeté son recours administratif.

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d’un indu d’allocation de revenu de solidarité active, il entre dans l’office du juge d’apprécier, au regard de l’argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d’ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d’indu. Il lui appartient, s’il y a lieu, d’annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l’exercice de son office, de régler le litige.

3. Aux termes de l’article L. 262-2 du code de l’action sociale et des familles : « Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active (…) ». Aux termes du deuxième alinéa de l’article L. 262-3 du même code : « L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active (…) ». Aux termes de l’article R. 262-37 de ce code : « Le bénéficiaire de l’allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l’organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l’un ou l’autre de ces éléments ». Aux termes de l’article L. 262-9 du même code : « / (…) Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. (…) ».

4. Il résulte des dispositions précitées que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s’entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l’article R. 262-3 du code de l’action sociale et des familles. Pour l’application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d’indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

5. L’indu de revenu de solidarité active portant sur la période du 1er avril 2022 au 30 novembre 2023 est consécutif à la rectification de la situation du foyer par la caisse d’allocations familiales du Calvados, qui a retenu l’existence d’une reprise de vie commune entre M. et Mme D... depuis le 5 septembre 2019, date contestée par Mme D... qui indique être séparée depuis le début de l’année 2019 et ne reconnait une reprise de la vie de couple avec M. B... D... qu’à compter du début de l’année 2024. Il résulte de l’instruction, et notamment du rapport d’enquête établi le 13 octobre 2023 par un agent assermenté, que M. D... a déclaré, à la caisse d’allocations familiales, être hébergé chez Mme C... de février 2019 à janvier 2023, auprès des services de l’administration fiscale de 2019 à 2022 et auprès de France Travail d’avril 2019 à juin 2021, l’intéressé ayant, par ailleurs, élu domicile auprès de l’association Revivre de juin 2021 à juin 2022. Toutefois, il est connu, sur la période en litige, à la même adresse que Mme F... D... auprès de sa banque, de son assureur automobile et de son employeur, les quittances de loyer et d’électricité du logement étant, par ailleurs, libellées aux deux noms. L’acte de naissance de son fils, A..., mentionne également qu’il réside à l’adresse de Madame D.... Dans son courrier de réclamation contre une notification d’indu daté du 26 décembre 2023, Mme D... a indiqué que M. D... résidait à son domicile depuis janvier 2023, la caisse d’allocations familiales indiquant que le dossier allocataire mentionne un départ de M. D... depuis le 7 juin 2021. De plus, le couple a deux enfants en commun dont l’un prénommé A... est né le 24 août 2022, avec une date présumée de début de grossesse au 8 décembre 2021, soit pendant la période alléguée de séparation du couple. M. D... a également rempli une attestation le 31 octobre 2023, lors de la visite du contrôleur, indiquant qu’il avait repris une vie commune dès le 5 septembre 2019 et le contrôleur a aussi constaté des virements réguliers entre les deux comptes bancaires. Si la requérante se prévaut d’une attestation d’hébergement de Mme C..., datée du 30 novembre 2024, celle-ci n’est pas probante au regard de son imprécision sur les dates d’hébergement. Au vu de l’ensemble de ces éléments, qui constituent un faisceau d’indices concordants, c’est à bon droit que la caisse d’allocations familiales du Calvados a retenu l’existence d’une vie maritale sur la période de constitution de l’indu de revenu de solidarité active en litige et a procédé à la régularisation des droits de revenu de solidarité active.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme D... n’est pas fondée à contester l’existence d’une vie maritale sur la période en litige et, par voie de conséquence, le bien-fondé de l’indu de revenu de solidarité active résultant de l’existence d’une vie maritale. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions relatives aux frais de l’instance.




D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme D... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F... D... et au département du Calvados.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2025.


La magistrate désignée,

SIGNÉ

A. MACAUD
La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET


La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme
La greffière,



E. Bloyet


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