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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2503266

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2503266

vendredi 31 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2503266
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantWAHAB

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé, a suspendu l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Calvados a refusé de renouveler le titre de séjour « vie privée et familiale » de M. C..., ressortissant ivoirien et parent d'un enfant français. Le juge a retenu que la condition d'urgence était présumée en raison du refus de renouvellement et que les moyens soulevés, tirés notamment de la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, étaient de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. Il a enjoint au préfet de délivrer sans délai une attestation de prolongation d'instruction autorisant M. C... à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé un délai de huit jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2025, M. A... C..., représenté par Me Wahab, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Calvados a refusé de renouveler son titre de séjour « vie privée et familiale » en qualité de parent d’enfant français ;

3°) d’enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer sans délai une attestation de prolongation d’instruction l’autorisant à travailler jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête au fond, et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification de l’ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l’urgence :
- l’urgence est présumée en cas de refus de renouvellement de titre de séjour ;
- il travaillait à temps plein depuis le mois de juin 2024 auprès de la même entreprise, par l’intermédiaire d’une agence d’intérim ;
- en l’absence de titre de séjour ou d’attestation de prolongation d’instruction, il ne peut pas poursuivre son activité professionnelle, ce qui le prive de ressources financières.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- sa demande de communication des motifs du refus implicite est restée sans réponse ;
- il remplit les conditions pour la délivrance d’un titre de séjour en tant que parent d’enfant français ; dès lors, le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour ;
- la décision attaquée méconnaît l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant.


Le préfet du Calvados, à qui la requête a été communiquée le 16 octobre 2025, n’a pas présenté d’observations en défense.


Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 9 octobre 2025 sous le n° 2503182 par laquelle M. C... demande l’annulation de la décision implicite du préfet du Calvados refusant de renouveler son titre de séjour vie privée et familiale.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B... pour statuer sur les demandes de référé.

Au cours de l’audience publique tenue en présence de Mme Legrand, greffière d’audience, M. B... a lu son rapport et entendu les observations :
- de Me Wahab, représentant M. C..., qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Le préfet du Calvados n’était ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction est intervenue à l’issue de l’audience en application du premier alinéa de l’article R. 522-8 du code de justice administrative.

M. C... a présenté une note en délibéré, enregistrée le 30 octobre 2025.


Considérant ce qui suit :

1. M. A... C..., ressortissant ivoirien, était titulaire d’une carte de séjour portant la mention « vie privée et familiale » valable jusqu’au 26 septembre 2023. Il a sollicité en ligne le 4 août 2023, via la plateforme de l’Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), le renouvellement de son titre de séjour. Il a obtenu une attestation de prolongation d’instruction valable jusqu’au 27 décembre 2023. Il a déposé, en raison de la clôture de son dossier, une nouvelle demande en ligne le 20 décembre 2023. Plusieurs attestations de prolongation d’instruction lui ont été délivrées, la dernière en date expirant le 14 octobre 2025. Par la présente requête, M. C... demande la suspension de l’exécution de la décision implicite de refus née du silence gardé par l’autorité préfectorale sur sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur l’aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. (…) ». Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’accorder à M. C... le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

En ce qui concerne la condition d’urgence :

3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci.

4. Par la décision attaquée, le préfet du Calvados a refusé de renouveler le titre de séjour vie privée et familiale de M. C.... En l’espèce, aucune circonstance particulière de nature à faire échec à la présomption d’urgence ne résulte de l’instruction. Le requérant, qui justifie travailler en intérim depuis juin 2024 en tant que manutentionnaire, produit une attestation de l’agence d’intérim indiquant qu’il ne pourra plus exercer de missions d’intérim dans l’entreprise qui l’emploie habituellement, en l’absence de titre de séjour. Par suite, la condition d’urgence doit être regardée comme remplie au sens et pour l’application des dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l’existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision refusant l’admission au séjour :

5. En vertu de l’article R.* 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le silence gardé par l’autorité préfectorale sur les demandes de titre de séjour vaut décision implicite de rejet. Selon le premier alinéa de l’article R. 432-2 de ce code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ». Par ailleurs, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; (…) ». L’article L. 232-4 du même code dispose : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ».

6. Il résulte de l’instruction que M. C... a sollicité, par une lettre du 22 avril 2025 que les services de la préfecture ont reçue le 24 avril 2025, la communication des motifs de la décision implicite de refus née du silence gardé par l’autorité préfectorale sur sa demande de titre de séjour. M. C... fait valoir, sans être contredit par le préfet qui n’a pas présenté de mémoire en défense, que cette demande de communication de motifs est restée sans réponse. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation est de nature à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de suspendre l’exécution de la décision implicite du préfet du Calvados refusant de renouveler le titre de séjour de M. C....

Sur les conclusions aux fins d’injonction :

8. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu d’enjoindre au préfet du Calvados, d’une part, de délivrer à M. C... un récépissé de demande de titre de séjour l’autorisant à travailler ou une attestation de prolongation d’instruction l’autorisant à travailler, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige et ce, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance et, d’autre part, de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n’y pas lieu d’assortir ces injonctions d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. M. C... est admis, à titre provisoire, à l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce et sous réserve que Me Wahab renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Wahab de la somme de 600 euros. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à M. C....



O R D O N N E :

Article 1er : M. C... est admis, à titre provisoire, à l’aide juridictionnelle.

Article 2 : L’exécution de la décision implicite du préfet du Calvados refusant de renouveler le titre de séjour de M. C... est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Calvados d’une part, de délivrer à M. C... un récépissé de demande de titre de séjour l’autorisant à travailler ou une attestation de prolongation d’instruction l’autorisant à travailler, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige et ce, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance et, d’autre part, de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Sous réserve que Me Wahab renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, l’Etat versera à Me Wahab une somme de 600 euros sur le fondement de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à M. C....

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... C..., à Me Wahab et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Calvados et au bureau d’aide juridictionnelle.


Fait à Caen, le 31 octobre 2025.

Le juge des référés,


Signé

F. B...


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,
La greffière,


E. Legrand


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