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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2602037

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2602037

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2602037
TypeDécision

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juin 2026, le préfet de l’Orne demande au juge des référés :

1°) d’ordonner, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, l’expulsion sans délai de Mme A... C... B... du logement qu’elle occupe au centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) situé 3/5 avenue John Fitzgerald Kennedy à Alençon ;

2°) d’autoriser le recours à la force publique pour procéder à l’évacuation forcée des lieux ;

3°) de l’autoriser à donner toute instruction utile au gestionnaire du CADA Althéa afin de procéder à l’enlèvement des biens meubles se trouvant dans les lieux, aux frais et risques de Mme B..., à défaut pour celle-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :
- le bon fonctionnement des organismes gérant les lieux d’hébergement pour demandeurs d’asile implique que les personnes hébergées soient accueillies pendant une période limitée à l’instruction de leur demande d’asile ;
- le contrat de séjour limite la durée de l’hébergement à celle de l’instruction du recours déposé devant la Cour nationale du droit d’asile ;
- le taux d’occupation du dispositif était de 98,83 % au 28 mai 2026 dans le département de l’Orne, avec 24 demandeurs d’asile en attente d’hébergement dans les départements de la Manche et du Calvados susceptibles d’être envoyés vers des structures d’hébergement dans l’Orne ;
- Mme B... a été définitivement déboutée de sa demande d’asile par une décision de la Cour nationale du droit d’asile du 4 février 2026.


Mme B..., à qui la requête a été communiquée le 18 juin 2026, n’a pas présenté d’observations en défense.


La présidente du tribunal a désigné M. Cheylan, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à une audience publique.

Au cours de l’audience publique tenue en présence de Mme Legrand, greffière d’audience, M. Cheylan a lu son rapport et entendu les observations :
- de Mme B..., qui précise qu’elle occupe le logement avec ses quatre enfants âgés de 16 ans, 14 ans, 9 ans et 8 mois, qu’elle est titulaire d’une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d’enfant malade, que son fils aîné présente une anémie chronique et que la proposition de logement qu’elle a reçue en mars 2026 est subordonnée à la production d’un avis d’imposition qu’elle ne parvient pas à obtenir.

Le préfet de l’Orne n’était ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction est intervenue à l’issue de l’audience en application du premier alinéa de l’article R. 522-8 du code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article L. 542-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. ». Aux termes de l’article L. 551-11 du même code : « L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ». Aux termes de l’article L. 552-15 de ce code : « Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / (…) La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ».

2. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ».

3. Il résulte de ces dispositions combinées que, saisi par le préfet d’une demande tendant à ce que soit ordonnée l’expulsion d’un lieu d’hébergement pour demandeurs d’asile d’un demandeur d’asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d’expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d’urgence et d’utilité.

4. Il résulte de l’instruction que, par une décision du 4 février 2026, la Cour nationale du droit de l’asile a rejeté la demande d’asile de Mme A... C... B.... L’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), par un courrier du 12 février 2026 remis en mains propres, l’a informée qu’elle devait libérer le logement occupé au sein du dispositif d’hébergement pour demandeurs d’asile avant le 31 mars 2026. Par un courrier en recommandé du 17 avril 2026 reçu le 24 avril 2026, le préfet de l’Orne l’a mise en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours.

5. Mme B... ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile citées au point 1 de la présente ordonnance. Il ressort d’un courriel de la direction territoriale de Caen de l’OFII, versé au dossier, que le dispositif d’accueil pour demandeurs d’asile est en tension, avec un taux d’occupation du dispositif de 98,83 % au 28 mai 2026 dans le département de l’Orne et 24 demandeurs d’asile en attente d’hébergement dans les départements de la Manche et du Calvados susceptibles d’être envoyés vers des structures d’hébergement dans l’Orne. Mme B..., qui se maintient dans un logement destiné aux demandeurs d’asile et non pas dans un logement occupé au titre de l’hébergement d’urgence, ne saurait utilement se prévaloir de ce que la proposition de logement qu’elle a reçue en mars 2026 n’a pas pu se concrétiser faute d’être en mesure de produire un avis d’imposition, pour contester la mesure sollicitée par le préfet.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la demande du préfet de l’Orne ne se heurte pas à une contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d’utilité et d’urgence. Par suite, il y a lieu d’enjoindre à Mme B... d’évacuer le logement qu’elle occupe. Toutefois, Mme B..., qui est titulaire d’une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d’enfant malade valable jusqu’au 18 août 2026, fait valoir qu’elle vit seule avec ses quatre enfants mineurs, dont un enfant de huit mois, et que son fils aîné présente une anémie chronique. Il convient, dans les circonstances particulières de l’espèce, de fixer à deux mois le délai à compter duquel Mme B... et ses enfants devront libérer le logement en cause et, en l’absence de départ volontaire des intéressés à l’issue de ce délai, d’autoriser le préfet de l’Orne à procéder à l’évacuation forcée des lieux au besoin avec le concours de la force publique.



O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme B... et à ses enfants de libérer, dans un délai de deux mois, le logement qu’ils occupent au centre d’accueil pour demandeurs d’asile situé 3/5 avenue John Fitzgerald Kennedy à Alençon, et d’évacuer les lieux.

Article 2 : En l’absence de départ volontaire de Mme B... et de ses enfants dans le délai imparti, le préfet de l’Orne, à l’issue du délai fixé à l’article 1er, pourra faire procéder à leur expulsion et à l’évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Le préfet de l’Orne est autorisé à donner toutes instructions utiles au gestionnaire Althéa afin de débarrasser les lieux des biens meubles s’y trouvant, aux frais et risques de Mme B... et de ses enfants, à défaut pour eux d’avoir emporté leurs effets personnels.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l’intérieur et à Mme A... C... B....

Copie de la présente ordonnance sera transmise au préfet de l’Orne et à l’Office français de l’immigration et de l’intégration.

Fait à Caen, le 1er juillet 2026.

Le juge des référés,

Signé


F. CHEYLAN

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,
La greffière


E. Legrand

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