Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juin 2026, le préfet de l’Orne demande au juge des référés :
1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, l’expulsion, sans délai, de Mme E... D... et MM C... A... et B... D... du centre d’accueil pour demandeurs d’asile d’Althéa situé 3/5 avenue John Fitzgerald Kennedy à Alençon ;
2°) d’autoriser le recours à la force publique pour procéder à l’évacuation forcée des lieux ;
3°) de l’autoriser à donner toute instruction utile au gestionnaire du centre d’accueil pour demandeurs d’asile d’Althéa pour l’enlèvement de biens meubles se trouvant dans les lieux, aux frais et risques de Mme D... et MM C... A... et B... D..., à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- le bon fonctionnement des organismes gérant les lieux d’hébergement pour demandeurs d’asile implique que les personnes hébergées soient accueillies pendant une période limitée à l’instruction de leur demande d’asile ; les personnes qui se maintiennent dans les lieux alors qu’elles n’y ont plus droit compromettent le fonctionnement normal de l’organisme chargé de l’hébergement des demandeurs d’asile ;
- dans le département de l’Orne, le taux d’occupation du dispositif est de 98,83% et seules trois places sont libres ; le taux d’occupation pour les départements de la Manche et du Calvados est respectivement de 98,86% et de 99,59%, au 28 mai 2026, 24 demandeurs d’asile restant en attente d’hébergement ;
- le fait de se maintenir dans un lieu d’accueil pour demandeur d’asile sans en remplir les conditions constitue un manquement grave au règlement du lieu d’hébergement ;
- Mme D... et MM D... se sont vus reconnaître la qualité de réfugié par une décision rendue par l’office français de protection des réfugiés et apatrides le 16 septembre 2025 ; dans ces conditions, la mesure d’expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique tenue en présence de Mme Collet, greffière d’audience, Mme F... a lu son rapport et entendu les observations de M. C... A... D....
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article L. 552-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen. ». Aux termes de l’article R. 552-13 du même code : « La personne hébergée peut solliciter son maintien dans le lieu d'hébergement au-delà de la date de décision de sortie du lieu d'hébergement prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application des articles L. 551-11 ou L. 551-13, dans les conditions suivantes : / 1° Lorsqu'elle s'est vue reconnaitre la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire, elle peut demander à être maintenue dans le lieu d'hébergement jusqu'à ce qu'une solution d'hébergement ou de logement soit trouvée, dans la limite d'une durée de trois mois à compter de la date de la fin de prise en charge ; durant cette période, elle prépare les modalités de sa sortie avec le gestionnaire du lieu qui prend toutes mesures utiles pour lui faciliter l'accès à ses droits, au service intégré d'accueil et d'orientation, ainsi qu'à une offre d'hébergement ou de logement adaptée ; cette période peut être prolongée pour une durée maximale de trois mois supplémentaires avec l'accord de l'office. / (…) ». Aux termes de l’article L. 552-15 de ce code : « Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / (…) La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ».
2. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ».
3. Il résulte de ces dispositions combinées que le préfet ou le gestionnaire du lieu d’hébergement peut saisir le juge des référés du tribunal administratif d’une demande tendant à ce que soit ordonnée l’expulsion d’un lieu d’hébergement pour demandeurs d’asile de toute personne commettant des manquements graves au règlement du lieu d’hébergement, y compris les personnes s’étant vu reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire. Il résulte également de l’économie générale et des termes des dispositions précitées que le fait pour une personne s’étant vu reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire de se maintenir dans le lieu d’hébergement après la date de fin de prise en charge ou, le cas échéant, après l’expiration du délai prévu au 1° de l’article R. 552-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile est susceptible d’être regardé comme caractérisant un tel manquement grave au règlement du lieu d’hébergement, notamment en cas de maintien prolongé dans les lieux sans motif légitime ou de refus non justifié d’une offre d’hébergement ou de logement.
4. En premier lieu, il résulte de l’instruction que, par une décision du 16 septembre 2025, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a accordé le statut de réfugié à Mme E... D..., à M. C... A... D... et à M. B... D.... Par un courrier du 16 octobre 2025, remis en main propre le 24 octobre 2025, l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) les a informés qu’ils devaient libérer le logement occupé au sein du dispositif d’hébergement pour demandeurs d’asile avant le 31 décembre 2025. Ils ont demandé une prolongation de trois mois de ce délai, qui a été refusée le 22 décembre 2025, et se sont maintenus dans les lieux. Par courriers du 4 mars 2026, notifiés le 10 mars 2026, le préfet de l’Orne a mis en demeure Mme et MM D... de quitter les lieux dans un délai de quinze jours. Cette mise en demeure est restée infructueuse à ce jour. Alors qu’en outre la durée maximale de la période au cours de laquelle l’hébergement peut être prolongée en application des dispositions précitées de l’article R. 552-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile est dépassée, Mme et MM D... se maintiennent ainsi sans droit ni titre dans un lieu d’hébergement dédié aux demandeurs d’asile. Par suite, la mesure ne heurte à aucune contestation sérieuse.
5. En deuxième lieu, le préfet de l’Orne fait état de la situation de tension du dispositif d’hébergement des demandeurs d’asile dans le département, qui compte 278 places en centre d’accueil pour demandeurs d’asile, et dont le taux d’occupation est de 98,83%. Le taux de présence indue des bénéficiaires de la protection internationale est de 4,53%. Dans ces conditions, la libération des lieux par Mme et MM D... présente un caractère d’utilité pour assurer le bon fonctionnement du service public de l’accueil des demandeurs d’asile et garantir le respect de l’objectif d’accès égal et régulier des usagers à ce service public.
6. En troisième lieu, si M. C... A... D... a indiqué lors de l’audience que le centre d’accueil de demandeurs d’asile leur a proposé plusieurs solutions de relogement qu’ils ont toutes acceptées mais que ces propositions n’ont pas abouti, d’autres familles étant prioritaires, ces circonstances ne sont pas de nature à regarder en l’espèce la condition d’urgence comme non satisfaite et faisant ainsi obstacle à la fin de leur hébergement. Néanmoins, alors que M. D... précise être en mesure de quitter le centre d’hébergement et de financer sans délai la location d’un logement social pour son épouse et son fils majeur, la présente décision ne fait pas obstacle à ce que les services chargés de l’accompagnement des personnes bénéficiant du statut de réfugiés leur permettent, dans les délais les plus brefs, l’accès à un logement adapté à leurs besoins.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre à Mme et MM D... de quitter dans un délai d’un mois à compter de la notification de cette ordonnance, le lieu d’hébergement qu’ils occupent et, en l’absence de départ volontaire des intéressés, d’autoriser le préfet de l’Orne à procéder à l’évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever les biens meubles qui s’y trouveraient.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme D... et MM C... A... et B... D..., ainsi qu’à tous occupants de leur chef, de libérer, dans un délai d’un mois à compter de la présente décision, les lieux qu’ils occupent dans le centre d’accueil pour demandeurs d’asile Althéa, situé 3/5 avenue John Fitzgerald Kennedy à Alençon.
Article 2 : Le préfet de l’Orne est autorisé à procéder, passé un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, avec le concours de la force publique si nécessaire, à l’expulsion de Mme et MM D....
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l’intérieur et à Mme E... D..., M. C... A... D... et à M. B... D....
Copie en sera transmise au préfet de l’Orne, à l’Office français de l’immigration et de l’intégration et au directeur du centre d’accueil de demandeurs d’asile Althéa d’Alençon.
Fait à Caen, le 1er juillet 2026.
La présidente, juge des référés,
Signé
H. F...
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière
Mélanie. Collet