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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2000938

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2000938

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2000938
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP MORELLI-MAUREL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 septembre 2020 et 14 avril 2022, Mme A B épouse C, représentée par Me Santelli Pinna, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier d'Ajaccio à lui verser la somme de 8 580,58 euros au titre des 413 heures figurant sur son compteur d'heures rattaché à son dossier administratif, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) de condamner le centre hospitalier d'Ajaccio à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Ajaccio la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la mention sur son compteur d'heures dit " e-planning " d'un cumul de 759 heures au titre des congés payés et de jours de réduction du temps de travail (RTT) doit être regardée comme un accord du centre hospitalier de procéder au report sur l'année suivante des congés annuels non pris au cours de l'année précédente, au sens et pour l'application de l'article 4 du décret n° 2002-8 du 4 janvier 2002 ;

- elle n'a pas été mise à même par le centre hospitalier d'Ajaccio d'exercer son droit à bénéficier de congés annuels et de jours de RTT ;

- les articles 10 et 11 du décret n° 2002-9 du 4 janvier 2002 ne s'opposent pas au report d'une année sur l'autre des jours de réduction du temps de travail ;

- ces différentes fautes sont de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier d'Ajaccio ;

- son préjudice financier est évalué à la somme de 8 580,58 euros correspondant à la différence entre les 759 heures qui lui sont dues et les 346 heures qui lui ont été payées, soit 413 heures ;

- la responsabilité du centre hospitalier est aussi engagée en ce qu'il ne lui a pas permis de prendre ses congés annuels ;

- sa demande de dommages et intérêts est recevable ;

- son préjudice à ce titre est évalué à la somme de 5 000 euros.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 10 novembre 2021 et 29 avril 2022, le centre hospitalier d'Ajaccio, représenté par la SCP Lyon-Caen et Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la demande de dommages et intérêts est irrecevable en l'absence de demande préalablement adressée à l'administration ; en tout état de cause, la requérante n'indique ni la nature du préjudice qu'elle estime avoir subi, ni n'établit un quelconque lien de causalité avec une faute commise par le centre hospitalier ;

- la requérante a été mise par le centre hospitalier à même d'exercer ses droits à congés annuels et à récupération de jours de RTT ;

- elle ne démontre pas que l'établissement se serait opposé à une demande de congés ou de RTT ni qu'une demande de report aurait été rejetée ;

- elle a bénéficié de l'intégralité de ses congés annuels au cours de la période 2015-2020 et a obtenu, en 2019, d'une part, un abondement de cinq jours de son compte-épargne temps et, d'autre part, un report exceptionnel de congés annuels du fait de son congé de maternité ;

- la demande de l'intéressée du 11 janvier 2020 ne pouvait couvrir des demandes de report ou d'indemnisation de congés au titre des années 2011 à 2017, une telle demande ayant été présentée après l'expiration du délai de quinze mois retenu par la jurisprudence ;

- en 2019 la requérante avait soldé ses congés acquis au titre de la période de juin à décembre 2018 pendant laquelle elle bénéficiait d'un congé de maternité ;

- la requérante ne justifie d'aucun droit à indemnisation de jours de congés annuels à la date de son départ ;

- aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe général du droit ne reconnait aux agents publics un droit au report des jours de RTT et pas davantage au versement d'une indemnité compensatrice en cas de jours de RTT non pris ;

- les dix jours de RTT épargnés par la requérante lui ont été indemnisés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 ;

- l'arrêt n° C-619/16 du 6 novembre 2018 de la Cour de justice de l'Union européenne ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le décret n°2002-8 du 4 janvier 2002 ;

- le décret n°2002-9 du 4 janvier 2002 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hanafi Halil, conseiller ;

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse C, qui exerçait en qualité d'attachée d'administration hospitalière contractuelle au sein du centre hospitalier d'Ajaccio depuis le 2 janvier 2011, a informé son administration de son intention de démissionner de ses fonctions à compter du 11 avril 2020. Son contrat d'engagement a finalement pris fin à compter du 11 mars 2020 et la requérante a sollicité, par courrier du 11 mai 2020, l'indemnisation de 413 heures qui correspondraient à des reports de jours de congés annuels et de réduction de temps de travail qu'elle affirme n'avoir pas pu prendre avant sa démission. De plus, l'intéressée a, par un courrier du 11 avril 2022, demandé le paiement de dommages et intérêts. Du silence gardé sur ces demandes sont nées deux décisions implicites de rejet.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 7, intitulé " congé annuel ", de la directive du 4 novembre 2003 concernant certains aspects de l'aménagement du temps de travail : " 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires pour que tout travailleur bénéficie d'un congé annuel payé d'au moins quatre semaines, conformément aux conditions d'obtention et d'octroi prévues par les législations et/ou pratiques nationales. / 2. La période minimale de congé annuel payé ne peut être remplacée par une indemnité financière, sauf en cas de fin de relation de travail. " Dans son arrêt rendu le 6 novembre 2018 " Kreuziger "

(C-619/16), la Cour de justice de l'Union européenne a interprété ces dispositions comme imposant à l'employeur " de veiller concrètement et en toute transparence à ce que le travailleur soit effectivement en mesure de prendre ses congés annuels payés, en l'incitant, au besoin formellement, à le faire, tout en l'informant, de manière précise et en temps utile pour garantir que lesdits congés soient encore propres à garantir à l'intéressé le repos et la détente auxquels ils sont censés contribuer, de ce que, s'il ne prend pas ceux-ci, ils seront perdus à la fin de la période de référence ou d'une période de report autorisée, ou, encore, à la fin de la relation de travail lorsque cette dernière intervient au cours d'une telle période ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 8 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - L'agent contractuel en activité a droit, compte tenu de la durée de service effectuée, à un congé annuel rémunéré, déterminé dans les mêmes conditions que celui accordé aux fonctionnaires titulaires des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée () ". Aux termes de l'article 1 du décret du 4 janvier 2002 relatif aux congés annuels des agents des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Tout fonctionnaire d'un des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée en activité a droit, dans les conditions et sous les réserves précisées aux articles ci-après, pour une année de service accompli du 1er janvier au 31 décembre, à un congé annuel d'une durée égale à cinq fois ses obligations hebdomadaires de service. / Cette durée est appréciée en nombre de jours ouvrés, sur la base de 25 jours ouvrés pour l'exercice de fonctions à temps plein () ".

4. Il résulte de l'instruction, notamment du tableau recensant les jours de congés - toute nature confondue - pris par l'intéressée, qu'au cours de la période 2015-2019 Mme B épouse C a bénéficié, comme le fait d'ailleurs valoir le centre hospitalier sans être sérieusement contesté, de l'ensemble des jours de congés annuels prévus par les dispositions de l'article 1 du décret du 4 janvier 2002 citées au point précédent y compris ceux qu'elle n'avait pu prendre au cours de l'année 2018 lorsqu'elle était en congé de maternité. Par conséquent, les 413 heures en litige n'ont pas trait à des jours de congés annuels non pris. Dès lors, la requérante ne peut utilement se prévaloir de l'interprétation que la Cour de justice de l'Union européenne fait des dispositions de l'article 7 de la directive du 4 novembre 2003, lesquelles ne sont applicables qu'aux congés annuels, pour soutenir que le centre hospitalier aurait commis une faute en méconnaissant son devoir d'information.

5. En second lieu, aux termes de l'article 10 du décret du 4 janvier 2002 relatif au temps de travail et à l'organisation du travail dans les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Les agents bénéficient d'heures ou de jours supplémentaires de repos au titre de la réduction du temps de travail qui doivent ramener leur durée de travail moyenne à 35 heures hebdomadaires. Ces jours et ces heures peuvent être pris, le cas échéant, en dehors du cycle de travail, dans la limite de 20 jours ouvrés par an. "

6. D'une part, Mme B épouse C ne peut davantage utilement se prévaloir des dispositions de l'article 7 de la directive du 4 novembre 2003, et de leur interprétation résultant de l'arrêt n° C-619/16 du 6 novembre 2018, pour soutenir qu'elle n'aurait pas été informée des conséquences qu'emporteraient pour elle le fait de ne pas prendre les jours supplémentaires de repos dont elle bénéficiait au titre de la réduction du temps de travail, auxquels ces dispositions ne s'appliquent pas.

7. D'autre part, les dispositions citées au point 5 ne prévoient pas un droit au report automatique des heures ou jours supplémentaires de repos au titre de la réduction du temps de travail. A cet égard, la seule mention dans le système de compteur d'heures du centre hospitalier d'Ajaccio appelé " e-planning " d'un certain nombre d'heures ne saurait être regardée comme des décisions annuelles de la hiérarchie de l'intéressée lui accordant des reports de ces heures ou jours non pris. Il ne résulte d'ailleurs pas de l'instruction que, hormis à deux reprises à la fin des années 2017 et 2019, la requérante aurait demandé l'alimentation de son compte-épargne temps par le report de congés annuels, d'heures ou de jours de réduction du temps de travail ou d'heures supplémentaires et se serait vu opposer des refus de l'administration.

8. Enfin, ni les dispositions citées au point 5 ni aucune autre disposition ou principe, ne prévoient que les jours de repos au titre de la réduction du temps de travail qu'un agent n'a pu prendre avant sa démission fassent l'objet d'une compensation financière. Ainsi, en refusant d'indemniser les 413 heures en litige, le centre hospitalier n'a pas commis de faute.

9. Il résulte ainsi de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme B épouse C n'est pas fondée à demander la condamnation du centre hospitalier d'Ajaccio à lui verser une quelconque indemnité sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier d'Ajaccio, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B épouse C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B épouse C une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le centre hospitalier d'Ajaccio et non compris dans les dépens

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse C est rejetée.

Article 2 : Mme B épouse C versera au centre hospitalier d'Ajaccio une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au centre hospitalier d'Ajaccio.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Vanhullebus, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

M. Hanafi Halil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

H. HALIL

Le président,

signé

T. VANHULLEBUS

La greffière,

signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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