mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2001156 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | PALOUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 octobre 2020, 17 juin et 4 août 2021, 17 et 18 mars 2022, M. A B, représenté par Me Paloux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le président du conseil exécutif de Corse sur sa demande en date du 23 juin 2020 tendant à ce qu'il soit mis fin au harcèlement moral dont il estime être victime, à ce qu'il soit placé dans une position statutaire régulière, à sa réintégration effective, au rétablissement de l'intégralité de son traitement et de l'ensemble de ses droits statutaires et sociaux ainsi qu'à la prise en charge de l'ensemble des frais médicaux qu'il a exposés ;
2°) d'enjoindre au président du conseil exécutif de Corse de faire cesser la situation de harcèlement moral, de le placer dans une position statutaire régulière, de rétablir l'intégralité de son traitement, de procéder à la reconstitution de ses droits statutaires et sociaux et de prendre en charge de ses frais médicaux ;
3°) d'enjoindre au président du conseil exécutif de Corse de reconnaître l'imputabilité au service de l'infirmité psychique dont il est atteint ;
4°) de condamner la collectivité de Corse à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, avec intérêt au taux légal et capitalisation de ces intérêts ;
5°) de mettre à la charge de la collectivité de Corse la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est illégale dès lors qu'il est victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral se traduisant par une mise à l'écart avec le versement d'un demi traitement ;
- elle est illégale dès lors qu'elle refuse de le placer dans une position statutaire régulière alors que la maladie dont il est atteint a été reconnue imputable au service ;
- la situation dans laquelle la collectivité de Corse le place est à l'origine de préjudices matériel et moral évalués à la somme de 50 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 août 2021, 17 et 24 mars 2022 et 13 avril 2022, la collectivité de Corse, représentée par Me Muscatelli, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- elle a saisi la commission de réforme afin qu'elle émette un avis préalable à la reprise de l'agent ;
- aucun fait constitutif de harcèlement moral n'est établi ;
- l'agent a été placé dans un position régulière en exécution du jugement du 12 octobre 2021 du tribunal.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle le président du conseil exécutif de Corse a implicitement rejeté la demande de M. B tendant à ce à ce qu'il soit placé dans une position statutaire régulière, à sa réintégration effective, au rétablissement de l'intégralité de son traitement et de l'ensemble de ses droits statutaires et sociaux ainsi qu'à la prise en charge de l'ensemble des frais médicaux qu'il a exposés, eu égard à l'octroi d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service par un arrêté du 5 avril 2022.
Par un mémoire, enregistré le 23 juin 2022, M. B a présenté des observations en réponse à cette mesure d'information.
Par un mémoire, enregistré le 24 juin 2022, la collectivité de Corse a présenté des observations en réponse à cette mesure d'information.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hanafi Halil, conseiller ;
- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Giansily, substituant Me Muscatelli, avocat de la collectivité de Corse.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, adjoint technique du département de la Corse-du-Sud a été titularisé en cette qualité à compter du 1er février 2009. Du 21 janvier 2010 au 20 janvier 2012, il a été placé en congé de maladie ordinaire puis en congé de longue maladie et, à l'issue de cette période, l'intéressé a été placé en position d'activité sans pour autant être affecté à un poste. M. B a par la suite été placé en congé de longue durée pour la période du 30 janvier 2014 au 29 janvier 2017 par un arrêté du 15 juin 2017 pris après avis du comité médical départemental rendu le 11 mai 2017. Ce congé a été prolongé en dernier lieu jusqu'au 28 janvier 2019 par un arrêté du 11 février 2019 du président du conseil exécutif de la collectivité de Corse, venant aux droits du département de la Corse-du-Sud. Par un arrêté du même jour, la même autorité a maintenu M. B à demi traitement et l'a placé en position de disponibilité d'office pour raison de santé pour la période du 29 janvier au 31 mars 2019 inclus et, par un arrêté du 10 octobre 2019 le requérant a été maintenu à demi traitement et placé en position de disponibilité d'office pour la période du 1er au 18 octobre 2019. Estimant que ces deux derniers arrêtés participaient de la situation de harcèlement moral dont il est victime, M. B a demandé au président du conseil exécutif de Corse, par un courrier du 23 juin 2020, d'une part, de mettre fin à cette situation en tirant toutes les conséquences légales de l'arrêté du 15 novembre 2018 lui octroyant le bénéfice de la protection fonctionnelle et, d'autre part, de le placer dans une position statutaire régulière avec toutes les conséquences de droit. Du silence gardé sur cette demande est née une décision implicite de rejet dont l'annulation est demandée par le requérant.
Sur le non-lieu à statuer :
2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive () à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. () / IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. () Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. "
3. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 5 avril 2022, non contesté par le requérant, le président du conseil exécutif de Corse a, postérieurement à l'introduction de l'instance et en raison de l'annulation des arrêtés des 11 février et 10 octobre 2019 mentionnés au point 1 par le jugement du tribunal nos 1900437, 1901650 du 12 octobre 2021, octroyé à l'intéressé un congé pour invalidité temporaire imputable au service couvrant une période du 1er novembre 2015 au 17 mai 2022. M. B a ainsi été placé dans une position statutaire régulière. Il bénéficie également de l'intégralité de son traitement et de l'ensemble de ses droits statutaires et sociaux dès lors que la durée du congé est assimilée à une période de service effectif. Enfin, en application des dispositions citées au point précédent, le requérant a également droit au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à ce que la décision attaquée soit annulée en tant qu'elle rejette sa demande tendant à ce qu'il soit placé dans une position statutaire régulière, à sa réintégration effective, au rétablissement de l'intégralité de son traitement et de l'ensemble de ses droits statutaires et sociaux ainsi qu'à la prise en charge de l'ensemble des frais médicaux qu'il a exposés, sont devenues sans objet. Il en va de même, par voie de conséquence, s'agissant des conclusions aux fins d'injonction présentées à ce titre. Il n'y a ainsi pas lieu d'y statuer.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
4. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Aux termes de l'article 11 de la même loi : " I.- A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté () ". Ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
5. D'autre part, il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Enfin, pour être qualifiés de harcèlement moral, de tels faits répétés doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
6. Pour faire présumer l'existence d'un harcèlement moral exercé à son encontre, M. B se borne à faire état de ce que la collectivité de Corse se serait abstenu de préciser la position statuaire dans laquelle il devait être placé en exécution d'un jugement du tribunal du 3 octobre 2019 et de l'édiction des deux arrêtés des 11 février et 10 octobre 2019 mentionnés au point 1 le maintenant à demi traitement et le plaçant en disponibilité d'office pour raisons de santé. Ces faits ne sont cependant pas, à eux seuls, de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral.
7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il attaque en tant qu'elle rejette sa demande tendant à ce qu'il soit mis fin au harcèlement moral dont il estime être victime. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à obtenir la condamnation de la collectivité de Corse à lui verser une somme en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait d'un harcèlement moral doivent être rejetées. Il en va de même de ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au président du conseil exécutif de Corse de faire cesser la situation de harcèlement moral dont il s'estime victime.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la collectivité de Corse une somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction relatives à la position statuaire de M. B, au rétablissement de l'intégralité de son traitement et de l'ensemble de ses droits statutaires et sociaux ainsi qu'à la prise en charge des frais médicaux qu'il a exposés.
Article 2 : La collectivité de Corse versera une somme de 1 500 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la collectivité de Corse.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Thierry Vanhullebus, président ;
M. Jan Martin, premier conseiller ;
M. Hanafi Halil, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
Le rapporteur,
signé
H. HALIL
Le président,
signé
T. VANHULLEBUS
La greffière,
signé
H. MANNONI
La République mande et ordonne au préfet de Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. MANNONI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026