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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2001191

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2001191

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2001191
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBOUSCASSE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Sous le n° 2001191, par une requête et des mémoires, enregistrés le 4 novembre 2020, le 7 juillet 2021 et le 21 septembre 2021, M. B C, représenté par Me Bouscasse, demande au tribunal :

1°) de conclure au non-lieu à statuer à concurrence de la somme de 6 752 euros dégrevée en cours d'instance ;

2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales mises à sa charge au titre de l'année 2015 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- les rectifications sont fondées à tort sur les dispositions du 1° de l'article 109-I du code général des impôts ;

- la demande de substitution de base légale ne saurait être accueillie dès lors qu'elle méconnaît les droits de la défense et les garanties offertes par la procédure contradictoire de rectification ;

- les sommes en cause ne sauraient être considérées comme des revenus dès lors qu'elles correspondent au remboursement d'avances de trésorerie faites à la SCI JA Gestion nécessaires au désintéressement de la SA Ile-de-Beauté, ainsi du reste que l'a admis l'administration fiscale en prenant en compte la charge correspondante pour la détermination du résultat imposable de la SCI JA Gestion.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 mai, 18 août et 30 septembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse conclut au non-lieu à statuer à concurrence de la somme de 6 752 euros dégrevée en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête. Le directeur soutient que :

- il est en droit de demander la substitution de base légale pour l'imposition sur le fondement du 2° de l'article 109-I du code général des impôts et du c. de l'article 111 du même code, au lieu du 1° de l'article 109-1 de ce code ;

- les crédits bancaires ne sont pas justifiés.

II. Sous le n° 2001192, par une requête et des mémoires, enregistrés le 4 novembre 2020, le 7 juillet 2021 et le 21 septembre 2021, Mme A C, représentée par Me Bouscasse, demande au tribunal :

1°) de conclure au non-lieu à statuer à concurrence de la somme de 7 576 euros dégrevée en cours d'instance ;

2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales mises à sa charge au titre de l'années 2015 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C invoque les mêmes moyens que M. C dans la requête n° 2001191.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 mai, 18 août et 30 septembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse conclut au non-lieu à statuer à concurrence de la somme de 7 576 euros dégrevée en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête. Le directeur invoque les mêmes moyens que dans la requête n° 2001191.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de la vérification de comptabilité de la société civile immobilière (SCI) JA Gestion, M. B C et Mme A C, qui détiennent chacun la moitié des parts de cette société, ont vu mettre à leur charge, selon la procédure contradictoire, des suppléments d'impôt sur le revenu, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, correspondant à des revenus réputés distribués par la société et appréhendés par M. et Mme C au titre de l'années 2015. M. C et Mme C demandent au tribunal, chacun en ce qui les concerne, la décharge des impositions supplémentaires mises à leur charge. Les requêtes n° 2001191 et n° 2001192 présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue des litiges :

2. Par décisions du 25 mai 2021, postérieures à l'introduction des requêtes, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse a prononcé le dégrèvement, en droits, à concurrence des sommes de 6 752 euros de 7 576 euros relatives aux cotisations sociales supplémentaires auxquelles M. et Mme C ont été respectivement assujettis au titre de l'année 2015. Les conclusions des requêtes de M. et Mme C sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur le surplus des conclusions des requêtes :

3. A l'occasion du contrôle fiscal de la SCI JA Gestion, l'examen des relevés bancaires de la SCI a permis d'identifier certains virements au profit de M. C pour un montant de 65 800 euros et de Mme C pour une somme de 86 600 euros. Par ailleurs, d'autres sommes versées pour un montant total de 208 700 euros n'ont pu être affectées à un bénéficiaire en particulier. Après demande de l'administration, en application de l'article 117 du code général des impôts, la SCI JA Gestion a désigné ses deux associés comme les bénéficiaires à parts égales de ces versements. Les sommes globales de 170 150 euros et 190 950 euros ont été imposées à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux, en tant que revenus distribués, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, conformément aux dispositions du 1° de l'article 109-I du code général des impôts.

4. Si l'administration, jusqu'à ses premiers mémoires en défense, a continué de fonder ses rectifications au titre des revenus distribués sur le fondement des dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, elle a, dans ses mémoires enregistrés le 16 août 2021, invoqué les dispositions du 2° du 1 de l'article 109 et celles du c. de l'article 111 du même code. Une telle substitution de base légale est possible, l'administration étant en droit, à tout moment de la procédure contentieuse, de faire valoir, dans les limites des rectifications régulièrement notifiées, tout moyen nouveau de nature à démontrer le bien-fondé de l'imposition, à la condition qu'une telle substitution de base légale ne prive le contribuable d'aucune des garanties de procédure prévues par la loi.

5. Aux termes du 1 de l'article 109 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevés sur les bénéfices (). ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes () ".

6. L'administration fiscale soutient que les sommes globales de 170 150 euros et 190 050 euros qui ont été versées à M. et Mme C par la SCI JA Gestion constituent un revenu de capitaux mobiliers imposable entre les mains des intéressés au titre de l'année 2015 sur le fondement des dispositions du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts qu'elle a substitué au 1° du 1 de l'article 109 du même code, comme il a été dit au point 4, et des dispositions du c. de l'article 111 du même code. La mise à disposition de cette somme n'est pas contestée par M. et Mme C que la SCI JA Gestion a désignés comme bénéficiaires de ces versements.

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les sommes versées ne correspondent pas à des dépenses exposées par M. et Mme C dans le cadre d'une activité professionnelle au sein de cette société. De plus, il ne résulte pas de l'instruction que M. et Mme C auraient exercé au sein de la SCI JA Gestion une activité justifiant le versement des sommes de 170 150 euros et 190 050 euros. Il suit de là que, compte tenu des fonctions d'associés de M. et Mme C dans la SCI JA Gestion et en l'absence de contrepartie identifiée, l'intention libérale est établie et les sommes versées à M. et à Mme C doivent être regardées comme un revenu distribué en tant que rémunération occulte en application des dispositions du c. de l'article 111 du code général des impôts, ainsi que le soutient l'administration.

8. Pour remettre en cause cette intention libérale et la présomption de distribution des sommes versées par la SCI JA Gestion, M. et Mme C indiquent que les montants que leur a versés la SCI JA Gestion correspondent à des remboursements des avances qu'ils avaient consenties à la SCI JA Gestion afin d'éviter que cette dernière ne verse une indemnité d'éviction à la société anonyme (SA) Ile-de-Beauté automobiles dans le cadre de la vente des locaux que la SCI JA Gestion louait à cette SA. Les requérants précisent que la SCI JA Gestion ne disposant pas d'une trésorerie suffisante pour tenir son engagement de désintéresser les créanciers de la SA Ile-de-Beauté automobiles, ils se sont partiellement substitués à la SCI auprès des créanciers de la SA. Toutefois, ils se bornent à produire à l'appui de cette justification un tableau dénué de toute force probante. La circonstance que l'administration fiscale a accepté de retenir en charge l'indemnité d'éviction d'un montant de 700 000 euros au stade de la réclamation contentieuse présentée par la SCI JA Gestion n'est pas de nature à établir que les sommes versées constitueraient des remboursements d'avances, chose que l'administration n'a jamais reconnu. Par conséquent les requérants ne rapportent pas la preuve qui leur incombe, alors qu'ils ont des participations et exercent des fonctions dirigeantes tant dans la SCI que la SA, que les paiements énumérés dans leur tableau auraient été réalisés pour le compte de la SCI JA Gestion.

9. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 8 et 9 que l'administration apporte la preuve, qui lui incombe, que les sommes de 170 150 euros et 190 050 euros constituent des revenus distribués effectivement appréhendés par M. et Mme C en leur qualité d'associés, imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en application du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.

10. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration fiscale soutient que les revenus distribués sont imposables sur le fondement du 2° de l'article 109-I du code général des impôts et du c. de l'article 111 du même code. Enfin, la circonstance alléguée que les rectifications qui ont été proposées selon la procédure contradictoire fondent les redressements sur les dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts n'a pas privé les requérants d'une garantie dès lors qu'ils ont pu discuter contradictoirement du bien-fondé de la demande de substitution de base légale au cours de la présente procédure.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander la décharge des impositions supplémentaires restant en litige au titre de l'années 2015. Il s'ensuit que le surplus de leurs conclusions à fin de décharge doit être rejeté.

Sur les frais liés au litige :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accueillir les conclusions des requérants présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les requêtes n°s 2001191 et 2001192 à hauteur, respectivement, des dégrèvements de 6 752 et 7 576 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2001191 et n° 2001192 est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme A C et au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Pauline Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 16 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

J. MARTINLa greffière,

Signé

H. NICAISE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et économique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

H. NICAISE

Nos 2001191 et 200119

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