jeudi 22 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2001239 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GIANSILY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 1801040 le 9 octobre 2018, le 4 mars 2019, le 16 mai 2019, le 7 juin 2019, le 31 octobre 2019, un mémoire récapitulatif enregistré le 21 décembre 2019 et un mémoire enregistré le 18 février 2020, la SAS Eugenia Gestion, alors représentée par Me Roussel, liquidateur, la SARL Pearl Capital Management et M. A B, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 août 2018 par laquelle le président du conseil exécutif de Corse a rejeté leur réclamation indemnitaire ;
2°) de condamner la collectivité de Corse, venant aux droits du département de la Haute-Corse, à verser à Me Roussel, en sa qualité de liquidateur de la SAS Eugenia Gestion, à la SARL Pearl Capital Management et à M. A B, respectivement, les sommes de 5 157 040,70 euros, de 1 500 000 euros et de 44 250 euros, à titre d'indemnités en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis en raison de l'illégalité de la décision du 3 mai 2016 du président du conseil départemental refusant d'habiliter la SAS Eugenia Gestion à l'aide sociale ;
3°) de mettre à la charge de la collectivité de Corse la somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 février 2019, le 1er mars 2019, le 12 avril 2019, le 17 mai 2019, le 11 juin 2019, le 12 juillet 2019, le 25 novembre 2019, un mémoire récapitulatif enregistré le 25 novembre 2019 et un mémoire enregistré le 13 février 2020, la collectivité de Corse conclut :
1°) à titre principal :
- à ce que le tribunal enjoigne avant dire droit à Me Roussel de produire le rapport qu'il a remis en qualité de mandataire judiciaire à l'audience du 28 mars 2017 du tribunal de commerce de Bastia ;
- au rejet de la requête et à ce que le versement de la somme de 3 000 euros soit mis à la charge de la SAS Eugenia Gestion et autres au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que le tribunal prescrive avant dire droit une expertise aux fins d'établir et d'évaluer le montant des préjudices.
Par une ordonnance du 28 février 2020, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Bastia a donné acte du désistement des requérants.
Par un arrêt n° 20MA01730 du 12 novembre 2020, la cour administrative d'appel de Marseille, saisie d'un appel présenté par la SAS Eugenia Gestion, la SARL Pearl Capital Management et M. B, a annulé l'ordonnance du 28 février 2020 du président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Bastia et a renvoyé l'affaire devant le même tribunal.
Par un mémoire récapitulatif et un mémoire en réplique, enregistrés sous le n° 2001239 le 18 janvier 2021 et le 10 mars 2021, la SAS Eugenia Gestion et la SARL Pearl Capital Management, alors représentées par Me Roussel, liquidateur, et M. B concluent, dans le dernier état de leurs écritures, aux mêmes fins que la requête n° 1801040 et, en outre :
1°) à ce que le tribunal donne acte du désistement d'office des conclusions incidentes présentées par la collectivité de Corse ;
2°) et à ce qu'une somme de 10 000 euros soit mise à la charge de la collectivité de Corse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la collectivité de Corse doit être réputée s'être désistée des conclusions et moyens nouveaux présentés postérieurement au 21 janvier 2021 ;
- Me Roussel justifie de sa qualité pour agir au nom de la SARL Pearl Capital Management dont il est le liquidateur ;
- l'illégalité du refus d'habilitation à l'aide sociale, qui a été annulé par un jugement n° 1600811 du 21 décembre 2017 devenu définitif, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la collectivité de Corse ;
- la créance relative à l'année 2013 n'est pas prescrite ;
- le moyen de défense tiré de ce que l'habilitation à l'aide sociale était susceptible d'être légalement refusée pour d'autres motifs est inopérant ;
- le motif tiré de l'irrecevabilité de la demande d'habilitation n'est pas fondé, aucune pièce manquante n'ayant d'ailleurs été réclamée ;
- le motif tiré de l'impossibilité de revoir toutes les autorisations en cours n'est pas fondé ;
- le motif tiré de l'absence de garanties morales, techniques et financières du gestionnaire de l'établissement n'est pas fondé ;
- la collectivité de Corse ne justifie pas de l'impossibilité pour le département de la Haute-Corse de supporter le coût de l'habilitation à l'aide sociale ;
- le motif tiré de l'existence de graves manquements et conflits avec le personnel, les bailleurs et l'agence régionale de santé n'est pas fondé ;
- la faute commise par la collectivité de Corse a privé la SAS Eugenia Gestion de la possibilité de percevoir les recettes d'exploitation de 22 des 85 lits dont elle disposait, de majorer le taux d'occupation et d'atteindre l'équilibre financier ;
- l'illégalité fautive du refus d'habilitation à l'aide sociale lui a en tout état de cause fait perdre une chance d'obtenir du tribunal de commerce la validation de son plan de continuation ;
- le préjudice subi par la SAS Eugenia Gestion comprend le prix de journée par lit, la dotation soin par lit et la perte d'allocation personnalisée d'autonomie en raison d'un moindre taux d'occupation, pour un montant total de 3 524 676,70 euros pour les années 2013 à 2017 ;
- la SAS Eugenia Gestion a perdu son fonds de commerce dont la valeur s'élève à 80 % du chiffre d'affaires de l'exercice 2016, soit 2 446 361,60 euros ;
- le préjudice subi par la SAS Eugenia Gestion comprend le coût des travaux de réhabilitation qu'elle a réalisés pour un montant de 1 632 364 euros ;
- la SARL Pearl Capital Management a subi un préjudice résultant de la perte de chance de revendre sa participation au capital de la SAS Eugenia Gestion ainsi que le fonds de commerce ;
- M. B a été privé de la rémunération qu'il aurait dû percevoir à compter du mois de juillet 2017 en qualité de président de la SAS Eugenia Gestion, à hauteur de la somme de 30 000 euros ;
- il a subi un préjudice en raison de la perte de valeur des parts sociales qu'il détenait dans le capital de la SARL Pearl Capital Management à hauteur de 14 250 euros ;
- la collectivité de Corse ne justifie pas de l'utilité de la mesure d'expertise qu'elle demande au tribunal de prescrire.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 et 21 décembre 2020, le 8 janvier 2021, le 16 février 2021, les 9 et 11 mars 2021 et un mémoire récapitulatif enregistré le 8 janvier 2021, la collectivité de Corse conclut :
1°) à titre principal :
- à ce que le tribunal enjoigne avant dire droit à Me Roussel de produire le rapport qu'il a remis en qualité de mandataire judiciaire à l'audience du 28 mars 2017 du tribunal de commerce de Bastia ;
- au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que le tribunal prescrive avant dire droit une expertise aux fins d'établir et d'évaluer le montant des préjudices ;
3°) à ce que le versement de la somme de 3 000 euros soit mis à la charge de la SAS Eugenia Gestion et autres au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il y a lieu pour le tribunal de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du Conseil d'Etat qu'elle a saisi d'un pourvoi contre l'arrêt n° 20MA01730 du 12 novembre 2020 de la cour administrative d'appel de Marseille ;
- elle a produit son mémoire récapitulatif dans le délai imparti par le tribunal ;
- la SARL Pearl Capital Management, en liquidation judiciaire, ne justifie pas de sa capacité à agir ;
- Me Roussel n'a pas qualité pour agir au nom de la SARL Pearl Capital Management ;
- elle peut utilement se prévaloir de nouveaux motifs de nature à justifier légalement un refus d'habilitation à l'aide sociale ;
- le département n'aurait pu faire droit à la demande d'habilitation dès lors qu'aucun des établissements déjà habilités ne connaissait d'importantes vacances ;
- la SAS Eugenia Gestion n'a, par un simple courrier du 10 décembre 2015, déposé aucun dossier de demande d'habilitation comprenant notamment un budget prévisionnel ;
- la cession de l'établissement en 2013 s'est faite en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-1 du code de l'action sociale et des familles ;
- aucune autorisation n'aurait pu lui être accordée en l'absence de garanties morales et financières, eu égard notamment à son placement en redressement judiciaire, en application des dispositions des articles L. 313-4, L. 313-8 et L. 313-8-1 du code de l'action sociale et des familles ;
- le budget du département ne lui permettait pas de prendre en charge le coût de l'habilitation à l'aide sociale demandée par la SAS Eugenia Gestion ;
- il n'existe ainsi aucun lien de causalité direct et certain entre l'illégalité fautive de la décision du 3 mai 2016 et les préjudices invoqués ;
- l'illégalité de la décision du 3 mai 2016 ne peut ouvrir droit à une indemnisation au titre des années 2013 à 2015 ;
- les requérants ne justifient pas que la SAS Eugenia Gestion a été privée d'une chance sérieuse d'obtenir une habilitation à l'aide sociale ;
- les créances réclamées au titre d'arriérés d'aide sociale pour l'année 2013 et de travaux de réhabilitation sont prescrites ;
- le coût des travaux n'est pas justifié ;
- ces travaux sont étrangers à l'habilitation à l'aide sociale ;
- aucun élément n'est produit pour établir la perte alléguée de marge nette ;
- une expertise sera utile pour établir et évaluer les préjudices ;
- la SARL Pearl Capital Management n'a subi aucun préjudice dès lors que les actions de la SAS Eugenia Gestion étaient dépourvues de valeur indépendamment de la perte de valeur du fonds de commerce ;
- la perte de rémunération de M. B résulte du plan de cession totale arrêté par le tribunal de commerce.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions de la collectivité de Corse tendant à ce que le tribunal sursoie à statuer jusqu'à l'issue du pourvoi en cassation formé contre l'arrêt n° 20MA01730 du 12 novembre 2020 de la cour administrative d'appel de Marseille sont devenues sans objet dès lors que le pourvoi n'a pas été admis par une décision n° 448023 du 28 mai 2021 du Conseil d'Etat.
Par ordonnance du 16 février 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 11 mars 2021.
Un mémoire présenté par la collectivité de Corse a été enregistré le 24 août 2022.
Un mémoire présenté par la SAS Eugenia Gestion, la SARL Pearl Capital Management et M. B a été enregistré le 31 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Halil, rapporteur public,
- les observations de Me Grech, représentant la SAS Eugenia Gestion et autres, et de Me Giansily, représentant la collectivité de Corse.
Considérant ce qui suit :
1. Le président du conseil général du département de la Haute-Corse a autorisé la création d'une maison de retraite de 15 lits, sur le territoire de la commune de San Nicolao, par un arrêté du 30 novembre 1990. L'extension et la transformation de la résidence Eugenia en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), d'une capacité de 90 lits, a été autorisée par un arrêté du 24 septembre 2004. Par un courrier du 10 décembre 2015, le président de la SAS Eugenia Gestion, devenue gestionnaire de l'EHPAD, prenant acte de ce qu'elle n'était pas habilitée à l'aide sociale et de l'impossibilité de créer de nouveaux lits au titre de l'aide sociale, a sollicité une redistribution des lits habilités à l'aide sociale entre les établissements du département de la Haute-Corse et l'affectation de 20 lits à la résidence Eugenia. Cette demande, qui a été réitérée le 6 avril 2016, a été rejetée par une décision du 3 mai 2016 du président du conseil départemental, au motif que le conseil général avait décidé par délibération du 10 décembre 2009 de ne plus accorder d'habilitation à l'aide sociale aux établissements existants gérés par des structures à but lucratif. Cette décision du 3 mai 2016 a été annulée par un jugement n° 1600811 du 21 décembre 2017 du tribunal administratif, devenu définitif. La SAS Eugenia Gestion, la SARL Pearl Capital Management, qui détient 99 % du capital de la SAS Eugenia Gestion, et M. Grégory Bertoncini, président de la SAS Eugenia Gestion, ont présenté, le 22 juin 2018, une réclamation tendant à l'indemnisation des préjudices qu'ils estiment avoir subis en raison de l'illégalité de la décision du 3 mai 2016. Le président du conseil exécutif de la collectivité de Corse, substituée au département de la Haute-Corse à compter du 1er janvier 2018 en vertu des dispositions de l'article L. 4421-1 du code général des collectivités territoriales, a rejeté cette demande préalable par une décision du 14 août 2018. Par une requête enregistrée sous le n° 1801040, la SAS Eugenia Gestion, représentée par son liquidateur, la SARL Pearl Capital Management et M. B, ont demandé au tribunal d'annuler la décision du 14 août 2018 du président du conseil exécutif de Corse et de condamner la collectivité de Corse à les indemniser, en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis en raison de l'illégalité de la décision du 3 mai 2016. Par une ordonnance du 28 février 2020, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Bastia a donné acte du désistement d'office des requérants. Par un arrêt n° 20MA01730 du 12 novembre 2020, la cour administrative d'appel de Marseille, saisie d'un appel présenté par la SAS Eugenia Gestion et autres, a annulé l'ordonnance du 28 février 2020 et renvoyé l'affaire devant le tribunal administratif de Bastia.
Sur les conclusions de la SAS Eugenia Gestion et autres à fin de désistement d'office :
2. Aux termes de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative : " Le président de la formation de jugement () peut demander à l'une des parties de reprendre, dans un mémoire récapitulatif, les conclusions et moyens précédemment présentés dans le cadre de l'instance en cours, en l'informant que, si elle donne suite à cette invitation, les conclusions et moyens non repris seront réputés abandonnés. () / Le président de la formation de jugement () peut en outre fixer un délai, qui ne peut être inférieur à un mois, à l'issue duquel, à défaut d'avoir produit le mémoire récapitulatif mentionné à l'alinéa précédent, la partie est réputée s'être désistée de sa requête ou de ses conclusions incidentes. () "
3. La collectivité de Corse a déposé un mémoire récapitulatif, le 8 janvier 2021, dans le délai de deux mois qui lui avait été imparti par courrier du 20 novembre 2020. Si la collectivité de Corse a produit, le 16 février 2021 et les 9 et 11 mars 2021, trois mémoires en défense, elle n'a toutefois présenté aucune nouvelle conclusion ni soulevé aucun moyen nouveau et s'est bornée, dans le mémoire enregistré le 11 mars 2021, à répondre aux conclusions des requérants tendant à ce qu'il soit donné acte du désistement d'office de ses conclusions incidentes et à ce que les moyens non repris dans le mémoire récapitulatif du 8 janvier 2021 soient réputés abandonnés. Il suit de là que les conclusions présentées par la SAS Eugenia Gestion et autres sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les conclusions de la collectivité de Corse à fin de sursis à statuer :
4. Le Conseil d'Etat, statuant au contentieux par une décision n° 448023 du 28 mai 2021, n'a pas admis le pourvoi en cassation formé par la collectivité de Corse le 21 décembre 2020 à l'encontre de l'arrêt n° 20MA01730 du 12 novembre 2020 de la cour administrative d'appel de Marseille ayant annulé l'ordonnance du 28 février 2020 du président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Bastia. Il n'y a dès lors pas lieu pour le tribunal de surseoir à statuer sur les conclusions de la requête. Les conclusions présentées à cette fin par la collectivité de Corse sont ainsi devenues sans objet en cours d'instance.
Sur la responsabilité :
5. Le tribunal a annulé la décision du 3 mai 2016 du président du conseil départemental de la Haute-Corse pour avoir été prise sur le fondement d'une délibération du 10 décembre 2009 du conseil général qui, en refusant l'habilitation à l'aide sociale aux établissements existants gérés par des structures à but lucratif, opérait une distinction entre les établissements sociaux et médicaux-sociaux du département en méconnaissance des dispositions de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles. Cette illégalité constitue une faute susceptible d'engager la responsabilité de la collectivité de Corse, substituée au département de la Haute-Corse.
Sur la demande de la SAS Eugenia Gestion :
6. Aux termes du I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles dans sa rédaction applicable au litige : " Sont des établissements et services sociaux et médico-sociaux, au sens du présent code, les établissements et les services, dotés ou non d'une personnalité morale propre, énumérés ci-après : () 6° Les établissements et les services qui accueillent des personnes âgées () ". Il résulte du troisième alinéa de l'article L. 313-6 du même code que l'autorisation, prévue à l'article L. 313-1 du même code, de création, de transformation et d'extension d'établissements ou de services sociaux et médico-sociaux relevant de l'article L. 312-1, ou son renouvellement vaut, sauf mention contraire, habilitation à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale. Aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 313-8 : " L'habilitation et l'autorisation mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 313-6 peuvent être refusées pour tout ou partie de la capacité prévue, lorsque les coûts de fonctionnement sont manifestement hors de proportion avec le service rendu ou avec ceux des établissements fournissant des services analogues. / Il en est de même lorsqu'ils sont susceptibles d'entraîner, pour les budgets des collectivités territoriales, des charges injustifiées ou excessives, compte tenu d'un objectif annuel ou pluriannuel d'évolution des dépenses délibéré par la collectivité concernée en fonction de ses obligations légales, de ses priorités en matière d'action sociale et des orientations des schémas départementaux mentionnés à l'article L. 312-5. " Aux termes de l'article L. 313-8-1 : " L'habilitation à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale peut être assortie d'une convention. / L'habilitation précise obligatoirement : 1° Les catégories de bénéficiaires et la capacité d'accueil de l'établissement ou du service ; 2° Les objectifs poursuivis et les moyens mis en œuvre ; 3° La nature et la forme des documents administratifs, financiers et comptables, ainsi que les renseignements statistiques qui doivent être communiqués à la collectivité publique. / Lorsqu'elles ne figurent pas dans l'habilitation, doivent figurer obligatoirement dans la convention les dispositions suivantes : 1° Les critères d'évaluation des actions conduites ; 2° La nature des liens de la coordination avec les autres organismes à caractère social, médico-social et sanitaire ; 3° Les conditions dans lesquelles des avances sont accordées par la collectivité publique à l'établissement ou au service ; / () / L'établissement ou le service habilité est tenu, dans la limite de sa spécialité et de sa capacité autorisée, d'accueillir toute personne qui s'adresse à lui. " Enfin, l'article L. 313-9 prévoit que " L'habilitation à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale peut être retirée pour des motifs fondés sur : 1° L'évolution des objectifs et des besoins sociaux et médico-sociaux fixés par le schéma régional de santé ou le schéma applicable en vertu de l'article L. 312-4 ; 2° La méconnaissance d'une disposition substantielle de l'habilitation ou de la convention ; 3° La disproportion entre le coût de fonctionnement et les services rendus ; 4° La charge excessive, au sens des dispositions de l'article L. 313-8, qu'elle représente pour la collectivité publique ou les organismes assurant le financement () ".
7. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 313-8-1 et L. 313-9 du code de l'action sociale et des familles que le président du conseil départemental, autorité alors compétente, apprécie s'il y a lieu d'accorder à un EHPAD l'habilitation à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale, en fonction notamment des objectifs et des besoins sociaux et médico-sociaux fixés par le schéma régional de santé ou par le schéma d'organisation sociale et médico-sociale, de la capacité d'accueil de l'établissement demandeur, de la nature des liens de coordination que cet établissement a pu nouer avec d'autres organismes à caractère social, médico-social et sanitaire en application des dispositions de l'article L. 312-7 du même code, ainsi que des moyens mis en œuvre.
8. Ainsi qu'il a été indiqué au point précédent, le président du conseil départemental saisi d'une demande d'habilitation à l'aide sociale dispose d'un pouvoir d'appréciation. Par ailleurs, si le tribunal administratif de Bastia a, par son jugement n° 1600811 du 21 décembre 2017, annulé la décision du 3 mai 2016 du président du conseil départemental portant refus d'habiliter 20 lits à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale au motif qu'elle avait été prise en application d'une délibération du 10 décembre 2009 du conseil général de la Haute-Corse entachée d'illégalité en ce qu'elle instituait entre les établissements sociaux et médico-sociaux du département une distinction contraire aux dispositions de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles, il n'en résulte pas que le président du conseil départemental était tenu de délivrer l'habilitation sollicitée. Il suit de là qu'eu égard aux éléments mentionnés au point précédent, en se bornant à se prévaloir de l'annulation prononcée par le tribunal, la SAS Eugenia Gestion ne justifie ni qu'elle avait une chance sérieuse de se voir accorder l'habilitation sollicitée, ni que l'illégalité fautive du refus d'habilitation à l'aide sociale lui a fait perdre une chance d'atteindre l'équilibre financier ou, à défaut, d'obtenir du tribunal de commerce de Bastia la validation de son plan de continuation.
9. Il résulte de ce qui précède que la demande présentée par la SAS Eugenia Gestion ne peut qu'être rejetée.
Sur la demande de la SARL Pearl Capital Management :
10. La SARL Pearl Capital Management demande la condamnation de la collectivité de Corse à lui verser la somme de 1 500 000 euros à titre d'indemnité en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait d'une perte de chance de revendre sa participation au capital de la SAS Eugenia Gestion, dont elle détenait 99 %, ainsi que le fonds de commerce constitué par l'EHPAD. Si le chiffre d'affaires de la SAS Eugenia Gestion a progressé au cours des années 2013 à 2016, il résulte toutefois de l'instruction que le résultat d'exploitation et les capitaux propres ont été négatifs au cours de chacune des années 2009 à 2016 et que les dettes de la société se sont fortement accrues de 2013 à 2016, s'élevant ainsi au double du chiffre d'affaires en 2015. Eu égard à l'importance et à la persistance de ces difficultés financières, la société requérante ne peut utilement se prévaloir du coût des travaux que la SAS Eugenia Gestion a fait réaliser dans l'établissement exploité. Il suit de là que l'ouverture de la procédure de redressement judiciaire puis de liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Bastia n'est pas imputable à l'illégalité de la décision du 3 mai 2016 du président du conseil départemental de la Haute-Corse refusant d'habiliter la SAS Eugenia Gestion à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale, mais résulte des difficultés économiques éprouvées par cette société depuis l'année 2013. La demande de la SARL Pearl Capital Management ne peut dès lors qu'être rejetée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées par la collectivité de Corse.
Sur la demande de M. B :
11. Il résulte de ce qui a été indiqué au point précédent qu'en l'absence de lien de causalité entre la liquidation judiciaire de la SAS Eugenia Gestion et la décision du 3 mai 2016 du président du conseil départemental de la Haute-Corse, la liquidation judiciaire de la SARL Pearl Capital Management, consécutive à celle de la SAS Eugenia Gestion, n'est pas imputable au département de la Haute-Corse. Par suite, la demande présentée par M. B tendant à être indemnisé de la perte de valeur des actions de la SARL Pearl Capital Management qu'il détenait à hauteur de 14 250 euros doit être rejetée.
12. Par un jugement du 9 mai 2017, le tribunal de commerce de Bastia a ordonné la cession totale de l'entreprise au profit de la SAS Clineo, a arrêté le plan de cession totale de la SAS Eugenia Gestion et a notamment prescrit que le cessionnaire assumera, à compter du jour du jugement, la charge des contrats de travail repris à l'exception de celui du poste de président directeur. Ainsi qu'il a été indiqué aux points précédents, la liquidation judiciaire de la SAS Eugenia Gestion n'est pas imputable au département de la Haute-Corse. La rupture du contrat de travail de M. B, qui occupait ce poste, n'est dès lors et en tout état de cause pas non plus imputable à la collectivité territoriale. M. B n'est, par suite, pas fondé à demander l'indemnisation de la rémunération qu'il aurait selon lui dû percevoir à compter du mois de juillet 2017 en qualité de président de la SAS Eugenia Gestion.
13. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il y ait lieu pour le tribunal de faire produire le rapport remis par le mandataire judiciaire de la SAS Eugenia Gestion à l'audience du 28 mars 2017 du tribunal de commerce de Bastia, ni d'ordonner une expertise avant dire droit, la requête de la SAS Eugenia Gestion et autres doit être rejetée, y compris les conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SAS Eugenia Gestion et autres une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la collectivité de Corse et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS Eugenia Gestion et autres est rejetée.
Article 2 : La SAS Eugenia Gestion et autres verseront à la collectivité de Corse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SELARL Etude Balincourt en qualité de liquidateur de la SAS Eugenia Gestion, à la SARL Pearl Capital Management, à M. A B et à la collectivité de Corse.
Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, où siégeaient :
- M. Vanhullebus, président,
- Mme Castany, première conseillère,
- Mme Muller, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
T. CL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Signé
C. CASTANY
La greffière,
Signé
H. NICAISE
La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
H. NICAISE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026