mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2001431 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | TEISSONNIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2020, M. A B, représenté par Me Teissonnière, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 15 000 euros en réparation de son préjudice moral et une somme de 15 000 euros en réparation des troubles dans ses conditions d'existence, assorties des intérêts de retard à compter de la date de la première demande d'indemnisation et de leur capitalisation, résultant des carences fautives de l'Etat à l'avoir exposé pendant de nombreuses années à l'inhalation de poussières d'amiante sans aucun moyen de protection et sans information sur les risques encourus ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité dès lors qu'il a été exposé à l'inhalation de poussières d'amiante sans protection adaptée ni information des risques encourus ;
- le lien de causalité entre l'exposition à l'amiante et les préjudices subis est démontré ;
- il est fondé à solliciter une indemnité de 15 000 euros en réparation du préjudice moral et une indemnité de 15 000 euros en réparation des troubles dans ses conditions d'existence.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le décret n° 77-949 du 17 août 1977 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pauline Muller, conseillère ;
- et les conclusions de M. Hanafi Halil, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, auparavant premier maître dans la marine nationale, a sollicité le 10 septembre 2019 la réparation du préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence résultant de son exposition aux poussières d'amiante. L'intéressé a, par un courrier du 31 juillet 2020, contesté le rejet de sa demande devant la commission de recours des militaires. Son recours a été rejeté par une décision de la ministre des armées le 14 octobre 2020. M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 30 000 euros en réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'il estime avoir subis et résultant des risques liés à l'inhalation de la poussière d'amiante au cours de sa carrière.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. La responsabilité de l'administration, notamment en sa qualité d'employeur, peut être engagée à raison de la faute qu'elle a commise, pour autant qu'il en résulte un préjudice direct et certain. A le caractère d'une faute, le manquement à l'obligation de sécurité à laquelle l'employeur est tenu envers son agent, lorsqu'il a ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé ce dernier et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver. Le décret susvisé du 17 août 1977 relatif aux mesures d'hygiène particulières applicables dans les établissements où le personnel est exposé à l'action des poussières d'amiante, a imposé des mesures de protection de nature à réduire l'exposition des agents aux poussières d'amiante ainsi que des contrôles de la concentration en fibres d'amiante dans l'atmosphère des lieux de travail. Ce décret imposait également l'information des salariés sur les risques auxquels leur travail pouvait les exposer et sur les précautions à prendre pour éviter ces risques.
3. Il résulte de l'instruction que M. B a exercé des fonctions de mécanicien naval et d'électromécanicien de sécurité de 1978 à 1992 à bord de navires de la marine nationale au sein desquels l'amiante était utilisé de façon courante comme isolant pour calorifuger tant les tuyauteries que certaines parois et certains équipements de bord ou comme composant d'équipements. Il résulte par ailleurs de l'instruction, en particulier du questionnaire décrivant les travaux effectués par M. B au cours de ces différentes affectations entre 1978 et 1992, que l'intéressé a notamment effectué des tâches de réparations l'obligeant à manipuler des protections contenant de l'amiante, de fabrications manuelles de joints contenant de l'amiante, de changements de filtres de ventilation contenant des poussières d'amiante ou encore de démontages d'équipements recouverts d'amiante. Ce questionnaire fait également état de ce que M. B a, au sein des navires sur lesquels il a été affecté, dormi à proximité immédiate de tuyauteries protégées par des calorifugeages en amiante. En conséquence, au cours de ces affectations, l'intéressé a été exposé, de façon quasi permanente, aux risques présentés par le contact avec des matériaux renfermant de l'amiante et l'inhalation de poussières d'amiante. Enfin, M. B produit un certificat du directeur du personnel militaire de la marine en date du 21 février 2020 qui atteste de ce qu'il a réalisé des activités professionnelles ouvrant droit à un suivi médical post-professionnel au titre de l'amiante.
4. M. B soutient à l'appui de sa requête qu'il a été soumis, durant ces différentes affectations, à l'inhalation de poussières d'amiante et au contact de l'amiante sans bénéficier d'une protection adaptée et d'une information sur les risques encourus. Une copie de cette requête a été communiquée le 22 décembre 2020 au ministère des armées qui a été mis en demeure le 6 avril 2022 de produire un mémoire en défense. Cette mise en demeure est restée sans effet. L'inexactitude des faits allégués par M. B ne ressort d'aucune des pièces versées au dossier. Le ministre des armées doit donc être réputé avoir admis leur exactitude matérielle conformément aux dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative. Dans ces conditions, l'Etat employeur doit être regardé comme ayant fait preuve d'une carence fautive dans la mise en œuvre effective, de l'obligation qui lui incombait, de prendre des mesures de protection contre les poussières d'amiante auxquelles M. B a été exposé, et des mesures d'information. Cette carence est de nature à engager sa responsabilité.
Sur l'indemnisation des préjudices :
En ce qui concerne le préjudice moral :
5. La personne qui recherche la responsabilité d'une personne publique en sa qualité d'employeur et qui fait état d'éléments personnels et circonstanciés de nature à établir une exposition effective aux poussières d'amiante susceptible de l'exposer à un risque élevé de développer une pathologie grave et de voir, par là même, son espérance de vie diminuée, peut obtenir réparation du préjudice moral tenant à l'anxiété de voir ce risque se réaliser. Dès lors qu'elle établit que l'éventualité de la réalisation de ce risque est suffisamment élevée et que ses effets sont suffisamment graves, la personne a droit à l'indemnisation de ce préjudice, sans avoir à apporter la preuve de manifestations de troubles psychologiques engendrés par la conscience de ce risque élevé de développer une pathologie grave.
6. Doivent ainsi être regardées comme faisant état d'éléments personnels et circonstanciés de nature à établir qu'elles ont été exposées à un risque élevé de pathologie grave et de diminution de leur espérance de vie, dont la conscience suffit à justifier l'existence d'un préjudice d'anxiété indemnisable, les personnes qui justifient avoir été, dans l'exercice de leurs fonctions, conduites à intervenir sur des matériaux contenant de l'amiante et, par suite, directement exposées à respirer des quantités importantes de poussières issues de ces matériaux. Doivent également être regardés comme justifiant d'un préjudice d'anxiété indemnisable, eu égard à la spécificité de leur situation, les marins qui, sans intervenir directement sur des matériaux amiantés, établissent avoir, pendant une durée significativement longue, exercé leurs fonctions et vécu, de nuit comme de jour, dans un espace clos et confiné comportant des matériaux composés d'amiante, sans pouvoir, en raison de l'état de ces matériaux et des conditions de ventilation des locaux, échapper au risque de respirer une quantité importante de poussières d'amiante.
7. Le montant de l'indemnisation du préjudice d'anxiété prend notamment en compte, parmi les autres éléments y concourant, la nature des fonctions exercées par l'intéressé et la durée de son exposition aux poussières d'amiante.
8. Eu égard à ce qui a été indiqué aux points 3 et 4, M. B doit être regardé comme justifiant d'un préjudice d'anxiété indemnisable.
9. Au regard de son exposition quotidienne au risque d'inhalation de poussières d'amiante et de la durée de son affectation sur des bâtiments de la marine nationale pendant près de quinze ans, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. B en l'évaluant à 8 000 euros.
En ce qui concerne les troubles dans les conditions d'existence :
10. Par la production d'une attestation certifiant qu'il a réalisé des activités professionnelles dans la marine nationale ouvrant droit à un suivi médical post-professionnel au titre de l'amiante, une ordonnance médicale du 6 novembre 2018 prescrivant un scanner pulmonaire et un compte rendu de scanner thoracique en date du 14 mars 2019, M. B ne justifie pas qu'il serait soumis à un suivi médical post-professionnel, dont la fréquence éventuelle des contrôles serait telle qu'elle entraînerait pour lui un trouble dans ses conditions d'existence. Dans ces conditions, sa demande d'indemnisation au titre de ce préjudice doit être rejetée.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
11. Faute de justifier de la date à laquelle il a adressé sa réclamation préalable datée du 10 septembre 2019, M. B a droit aux intérêts de la somme de 8 000 euros à compter du 12 juin 2020, date de la décision rejetant cette réclamation. La capitalisation des intérêts a été demandée le 21 décembre 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 12 juin 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B la somme de 8 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 12 juin 2020. Les intérêts échus à la date du 12 juin 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pierre Monnier, président ;
M. Jan Martin, premier conseiller ;
Mme Pauline Muller, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.
La rapporteure,
Signé
P. MULLER
Le président,
Signé
P. MONNIER
La greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. ALFONSI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026