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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2001450

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2001450

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2001450
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFINALTERI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 décembre 2020 et le 27 août 2021, Mme A C, représentée par Me Finalteri, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Bastia et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) à lui verser la somme de 82 009,26 euros en réparation du préjudice que cet hôpital lui a causé lors des hospitalisations intervenues les 7 février, 19 avril 2012 et 15 juin 2012, avec intérêts au taux légal, avant déduction de la provision de 16 000 euros qui lui a été versée à la suite de l'ordonnance du tribunal du 26 juin 2014 ;

2°) de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier de Bastia et de la SHAM la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi qu'une somme au titre des dépens.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'hôpital est engagée à raison d'une faute de négligence résultant de l'oubli d'une compresse lors de l'intervention du 8 février 2012, d'une faute d'imprudence résultant de l'absence de prévention d'une thrombose veineuse profonde qui est responsable pour moitié de la survenue d'une embolie pulmonaire survenue le 15 juin 2012, d'un défaut de fonctionnement et d'organisation conduisant à un retard de diagnostic et de mise en route du traitement de cette embolie et d'un défaut de consentement éclairé lors des deux hospitalisations en chirurgie digestive des 7 février et 19 avril 2012 ;

- le préjudice qu'elle a subi à la suite de ces fautes s'élève à 82 009,26 euros, dont 359,26 euros au titre des dépenses de santé actuelles, 4 250 euros s'agissant du déficit fonctionnel temporaire, 17 000 euros en ce qui concerne les souffrances endurées, 16 400 euros s'agissant du déficit fonctionnel permanent, 4 000 euros au regard du préjudice esthétique permanent, 20 000 euros au titre du défaut de consentement éclairé et 20 000 euros s'agissant du préjudice d'impréparation.

Par un mémoire, enregistré le 8 mars 2021, la caisse primaire d'assurance-maladie (CPAM) de la Haute-Corse demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Bastia à lui verser la somme de 73 814,42 euros, avec intérêts de droit à compter du jugement, sous réserve d'autres paiements non encore connus ce jour, et de le condamner également à lui payer la somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Elle soutient qu'elle a versé, à hauteur des sommes demandées, des prestations à la suite des faits objet du litige.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 août 2021 et le 15 septembre 2021, le centre hospitalier de Bastia et la SHAM, représentés par Me Seatelli, concluent à ce que l'indemnisation de chaque chef de préjudice subi par la victime soit ramenée aux montants qu'ils proposent, au rejet du surplus des conclusions indemnitaires de Mme C, au rejet des conclusions indemnitaires de la CPAM de la Haute-Corse et à ce que la somme demandée par la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soit ramenée à 2 000 euros.

Ils soutiennent que :

- ils s'en remettent à la sagesse du tribunal pour apprécier la responsabilité du centre hospitalier, à l'exception de la faute résultant du défaut de consentement éclairé de la victime qu'ils contestent ;

- l'indemnisation des différents chefs de préjudice doit être réduite ;

- la CPAM de la Haute-Corse ne fournit aucun détail des frais médicaux et pharmaceutiques, alors que l'attestation d'imputabilité émane de son directeur et non d'un médecin, seul compétent pour l'établir.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 1400343 du 4 novembre 2014, par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur B.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Castany, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gasquet-Seatelli substituant Me Seatelli, représentant le centre hospitalier de Bastia et la SHAM.

Considérant ce qui suit :

1. Le 8 février 2012, Mme C a subi une intervention chirurgicale au centre hospitalier de Bastia pour une péritonite par perforation sigmoïdienne. Puis, le 20 avril 2012, elle a subi une deuxième intervention dans cet établissement, à la suite d'une occlusion du grêle durant laquelle une compresse, oubliée dans la cavité abdominale durant la première intervention, a été retirée. Enfin, le 18 juin 2012, une thrombose veineuse profonde responsable d'une embolie pulmonaire a été diagnostiquée au sein de cet établissement, nécessitant une troisième intervention. Par l'ordonnance n° 1400343 du 26 juin 2014, le président du tribunal a prescrit une expertise qui a été réalisée par le docteur B, chirurgien, qui a déposé au greffe un rapport d'expertise le 27 octobre 2014. Par la même ordonnance, le président du tribunal a condamné le centre hospitalier de Bastia à verser à Mme C une provision d'un montant de 16 000 euros. Enfin, par une lettre du 15 mai 2012, Mme C a formé une demande indemnitaire préalable au centre hospitalier de Bastia, à laquelle ce dernier a répondu le 22 mai 2012 qu'il en saisissait son assureur. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Bastia à réparer, à hauteur de 82 009,26 euros, les conséquences dommageables de sa prise en charge par cet hôpital, avant déduction de la provision qui lui a été versée. En outre, la CPAM de la Haute-Corse demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Bastia, d'une part, à lui verser la somme de 73 814,42 euros, correspondant aux prestations servies à la victime et, d'autre part, à lui payer la somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier de Bastia :

2. L'article L. 1142-1 du code de la santé publique dispose que : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire cité au point 1, qu'une compresse a été oubliée dans la cavité abdominale de Mme C lors de l'intervention chirurgicale réalisée au centre hospitalier de Bastia le 8 février 2012. Cette omission, dont ledit centre ne conteste au demeurant pas l'existence, est constitutive d'une faute médicale qui est de nature à engager sa responsabilité.

4. En deuxième lieu, il résulte également de l'instruction et n'est pas non plus contesté en défense qu'à la suite de la seconde intervention chirurgicale du 20 avril 2012, Mme C n'a bénéficié d'aucun traitement préventif, du type d'une prescription d'anticoagulants ou de bas de contention, de la thrombose veineuse profonde diagnostiquée le 18 juin 2012, alors qu'elle présentait plusieurs facteurs de risques, tels qu'un syndrome inflammatoire chronique dû à l'infection de la paroi abdominale, une obésité et à une activité physique limitée. D'autre part, il est également constant que ce diagnostic n'a été effectué que trois jours après l'admission, le 15 juin 2012, de la victime au service des urgences du centre hospitalier de Bastia. Dès lors, l'absence de choix thérapeutique adapté, d'une part, et le retard de diagnostic, d'autre part, sont également constitutifs de fautes de nature à engager la responsabilité de ce centre.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () ". L'article L. 1111-4 du même code : " () Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. En outre, hors les cas d'urgence ou d'impossibilité de consentir, la réalisation d'une intervention à laquelle le patient n'a pas consenti oblige l'établissement responsable à réparer tant le préjudice moral subi de ce fait par l'intéressé que, le cas échéant, toute autre conséquence dommageable de l'intervention.

7. Alors qu'il appartient au centre hospitalier de Bastia à l'hôpital d'établir que Mme C a été informée des risques de l'acte médical, celui-ci n'apporte aucun élément ni aucune précision permettant d'établir qu'il aurait accompli une telle formalité préalablement aux interventions chirurgicales réalisées les 8 février 2012 et 20 avril 2012 ni même recueilli le consentement éclairé de celle-ci. Néanmoins, il ne résulte pas de l'instruction et n'est d'ailleurs pas allégué par la victime que le risque, survenu lors de la première intervention chirurgicale, de subir une occlusion du grêle résultant de l'oubli d'une compresse ni que celui de subir une embolie pulmonaire à la suite de la seconde intervention présenteraient chacun un caractère fréquent ou grave. Dans ces conditions, la faute tirée du défaut d'information de Mme C doit être écartée. En revanche, il résulte de l'expertise judiciaire et n'est pas contesté en défense que si le pronostic vital de la victime était engagé lors de ces deux interventions, un délai supérieur à six heures a séparé l'admission au centre hospitalier de l'intéressée et la réalisation de l'acte chirurgical, de sorte que ledit centre n'était pas confronté à une situation d'urgence justifiant de ne pas solliciter le consentement éclairé de la patiente. Dès lors, en omettant de recueillir un tel consentement, le centre hospitalier de Bastia a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne le lien de causalité :

8. Il résulte de l'instruction, notamment de l'expertise judiciaire, que, d'abord, la faute médicale résultant de l'oubli d'une compresse dans la cavité abdominale de Mme C est la cause directe et certaine de l'occlusion opérée le 20 avril 2012. Ensuite, le défaut de prévention du risque de thrombose veineuse profonde postérieur à cette dernière intervention et le retard de diagnostic lors de l'admission de la victime au service des urgences dudit centre le 15 juin 2012, n'ont pas permis une prise en charge adéquate de l'embolie pulmonaire subie par celle-ci. Enfin, la réalisation d'une intervention à laquelle le patient n'a pas consenti oblige l'établissement responsable à réparer tant le préjudice moral subi de ce fait par l'intéressé que, le cas échéant, toute autre conséquence dommageable de l'intervention.

En ce qui concerne les préjudices de Mme C :

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

9. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire, que seules les dépenses de santé actuelles susceptibles d'avoir été exposées par la victime, du 19 avril 2012, date de la seconde intervention chirurgicale, au 14 juin 2012, date de la seconde hospitalisation, sont susceptibles de présenter un lien de causalité exclusif avec les fautes commises par le centre hospitalier de Bastia, tandis que, d'une part, durant la période du 15 juin 2012 au 4 septembre 2013, le préjudice indemnisable se limite à 50 % du montant de ces dépenses et, d'autre part, les frais exposés par la suite ne sont pas imputables à une faute de cet établissement. Si Mme C soutient qu'elle a exposé des frais pharmaceutiques qui seraient restés à sa charge, les factures qu'elle produit ne permettent ni d'établir la date de ces frais ni leur lien avec le dommage qu'elle a subi. S'agissant des frais de séjour en clinique, ainsi que des frais de matériel médical, ceux-ci sont intervenus postérieurement à la date de consolidation de l'état de santé de la victime et il ne résulte pas de l'instruction qu'ils présenteraient un lien de causalité avec les fautes commises par le centre hospitalier. Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à demander une indemnisation du préjudice subi au titre des dépenses de santé actuelles.

S'agissant des préjudices personnels temporaires :

10. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire, que Mme C a subi, en raison des fautes commises par le centre hospitalier de Bastia, un déficit fonctionnel temporaire de 100 % du 19 avril 2012 au 14 juin 2012, puis de 100 %, mais pour moitié imputable audit centre, du 15 juin 2012 au 6 août 2012, ensuite de 50 %, imputable pour moitié à ce centre, du 7 août 2012 au 21 février 2013, avant de subir de nouveau un déficit fonctionnel temporaire de 100 %, imputable pour moitié au centre, du 22 février 2013 au 16 avril 2013 et, enfin, un taux de déficit de 10 % pour la période s'achevant au 4 septembre 2013, date de consolidation. Il s'ensuit qu'eu égard au montant de 16 euros par jour de déficit fonctionnel temporaire à 100 %, la victime a droit à une indemnité de 2 800 euros.

11. En second lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire, que la victime a enduré des souffrances résultant des fautes commises par le centre hospitalier de Bastia dont l'intensité est évaluée à 4 sur une échelle de 7. Compte tenu du nombre et de la lourdeur des interventions chirurgicales, des soins longs prodigués à la victime pour la cicatrice subie à l'abdomen et du port d'une stomie pendant 15 mois, il sera fait une juste appréciation en évaluant l'indemnité à 14 000 euros.

S'agissant des préjudices personnels permanents :

12. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire, que Mme C subit, à la suite des fautes commises par le centre hospitalier de Bastia et postérieurement à la consolidation de son état de santé, un déficit fonctionnel permanent de 10 % résultant de l'éventration abdominale de 10 centimètres, d'un syndrome douloureux thoracique pariétal et d'un état anxieux. Compte tenu de l'âge de la victime à la date de cette consolidation, soit 47 ans, il sera fait une juste appréciation en évaluant ce chef de préjudice à 15 000 euros.

13. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire et de la photographie produite par la victime, que celle-ci conserve une longue cicatrice de sternotomie résultant pour moitié des fautes commises par le centre hospitalier de Bastia dont l'importance doit être évaluée à 1 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en fixant l'indemnité à 650 euros.

14. En troisième lieu, Mme C se prévaut d'un préjudice moral résultant du défaut de consentement éclairé préalable aux interventions chirurgicales des 8 février 2012 et 20 avril 2012. Ainsi, qu'il a été au point 7, il résulte de l'instruction que la victime n'a pas exprimé de consentement éclairé antérieurement à ces interventions. Dès lors, faute d'avoir pu se préparer moralement aux résultats de ces actes, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'impréparation subi par Mme C en condamnant le centre hospitalier de Bastia à lui verser une somme de 2 000 euros.

15. En quatrième lieu, si Mme C invoque un préjudice tiré du défaut de consentement éclairé, elle n'apporte aucune précision sur la nature de celui-ci autre que le préjudice moral d'impréparation cité au point précédent. Il suit de là que sa demande indemnitaire doit être écartée.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est fondée à demander la condamnation solidaire du centre hospitalier de Bastia et de la SHAM à lui verser une somme de 18 450 euros à titre d'indemnité en réparation des préjudices qu'elle a subis, après déduction de l'indemnité provisionnelle de 16 000 euros que ce centre lui a versée à la suite de l'ordonnance du tribunal du 26 juin 2014.

En ce qui concerne les débours de la CPAM de la Haute-Corse :

17. Il résulte de l'instruction que la CPAM a produit, à l'appui de sa demande indemnitaire, une attestation d'imputabilité du médecin conseil en date du 8 octobre 2021, ainsi qu'une attestation de sa directrice détaillant les dépenses de santé actuelles et les frais de transport qu'elle a exposés pour le compte de Mme C, à la suite des dommages que cette dernière a subis en raison des fautes commises par le centre hospitalier de Bastia. Compte tenu de la méthode de calcul desdites dépenses appliquée au point 9 et en l'absence de dépenses de santé exposées par la victime en raison des fautes commises par ce centre, il y a lieu de condamner ledit centre à verser à la CPAM de la Haute-Corse une somme de 73 814,42 euros.

Sur les intérêts :

18. Lorsqu'ils sont demandés, les intérêts au taux légal sur le montant de l'indemnité allouée sont dus, quelle que soit la date de la demande préalable, à compter du jour où cette demande est parvenue à l'autorité compétente ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.

19. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 1, Mme C a formé une demande indemnitaire préalable au centre hospitalier de Bastia par une lettre du 15 mai 2012, à laquelle ce dernier a répondu le 22 mai 2012. Dès lors, en l'absence de justificatif apportée par la requérante de la date de notification de sa réclamation, il y a lieu de faire droit à sa demande de versement des intérêts à compter de cette dernière date.

20. En second lieu, en vertu de l'article 1231-7 du code civil, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé. La demande de la CPAM de la Haute-Corse tendant à ce que lui soient alloués des intérêts au taux légal à compter de la date du présent jugement est donc dépourvue de tout objet et doit être rejetée.

Sur les frais liés à l'instance :

21. En premier lieu, il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget.

22. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 € et 1 162 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2022 ".

23. En application de ces dispositions et eu égard au montant de la somme allouée à la CPAM de la Haute-Corse au titre de ses débours, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Bastia le versement d'une somme de 1 162 euros à raison des frais engagés pour obtenir le remboursement des prestations servies à Mme C.

24. En deuxième lieu, il y a lieu de mettre les frais et honoraires de l'expertise confiée au docteur B, liquidés et taxés à la somme globale de 900 euros par l'ordonnance du juge des référés du tribunal du 4 novembre 2014, à la charge définitive et solidaire du centre hospitalier de Bastia et de la SHAM.

25. En troisième lieu, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier de Bastia et de la SHAM une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Bastia et la société hospitalière d'assurances mutuelles sont condamnés à verser solidairement à Mme C une somme de 18 450 euros avec intérêts au taux légal à compter du 22 mai 2012.

Article 2 : Le centre hospitalier de Bastia est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse une somme de 73 814,42 euros.

Article 3 : Le centre hospitalier de Bastia versera à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse une somme de 1 162 euros au titre du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 4 : Les frais et honoraires de l'expertise précitée, taxés à la somme de 900 euros, sont mis à la charge définitive et solidaire du centre hospitalier de Bastia et de la société hospitalière d'assurances mutuelles.

Article 5 : Le centre hospitalier de Bastia et la société hospitalière d'assurances mutuelles verseront solidairement à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la société hospitalière d'assurances mutuelles, au centre hospitalier de Bastia et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Vanhullebus, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Pauline Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

T. VANHULLEBUS

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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