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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100008

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100008

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100008
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCHASSANY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 4 janvier 2021, le 9 mars 2022 et le 25 mai 2022, la société Compagnie des eaux et ozone (CEO), représentée par Me Laridan, demande au tribunal :

1°) d'annuler les factures n°s F021263281 et F021263282 émises le 5 octobre 2020 par l'office d'équipement hydraulique de Corse (OEHC) pour des montants de, respectivement, 50 155,60 euros et 38 609,12 euros ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer ces sommes ;

3°) de mettre à la charge de l'OEHC une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- la juridiction administrative n'est pas incompétente dès lors que le SIVOM de la rive sud du golfe d'Ajaccio impose un tarif et que les besoins répondent à des besoins non de la commune de Bastellicaccia mais de ses usagers, faisant ainsi participer le SIVOM à l'organisation du service public de la commune ;

- elle a intérêt à agir dès lors que le contrat de délégation de service public qui l'unit à la commune de Bastelicaccia lui donne mandat pour payer les factures de vente d'eau au nom et pour le compte de cette commune ;

- les titres exécutoires sont insuffisamment motivés ;

- ils se fondent sur une délibération illégale car, d'abord, l'application d'une surtaxe complémentaire de 0,143 euros par mètre cube n'est pas justifiée et, ensuite, en tant qu'elle est rétroactive ;

- à titre subsidiaire, la facture n° F021263281 est illégale en tant qu'elle porte sur la période du 1er janvier au 1er avril 2018.

Par un mémoire, enregistré le 25 février 2022, l'OEHC, représenté par Me Genuini, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la société CEO à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. L'OEHC soutient :

- à titre principal, que la juridiction administrative est incompétente dès lors qu'un contrat qui ne concerne que la fourniture d'eau entre un syndicat de communes et une commune non membre de ce syndicat relève du droit privé ;

- à titre subsidiaire, que les moyens de la requête ne sont pas fondés, voire tardifs s'agissant de l'exception d'illégalité de la délibération du 9 mars 2018.

Par un mémoire en observation, enregistré le 11 avril 2022, le syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM) de la rive sud du golfe d'Ajaccio, représenté par Me Chassany, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société CEO sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Le SIVOM fait valoir :

- à titre principal, que la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir et que la juridiction administrative est incompétente dès lors qu'un contrat ne contenant aucune clause exorbitante de droit commun et ne concernant que la fourniture d'eau sans aucune participation au service public relève du droit privé ;

- à titre subsidiaire, que les moyens de la requête ne sont pas fondés, voire tardifs s'agissant de l'exception d'illégalité de la délibération du 9 mars 2018.

Un mémoire du SIVOM de la rive sud du golfe d'Ajaccio a été enregistré le 23 janvier 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, fixée au 20 juin 2022 par ordonnance en date du 3 juin 2022.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Genuini, avocat de l'OEHC, ainsi que celles de Me Antoniotti, substituant Me Chassany, avocat du SIVOM de la rive sud du golfe d'Ajaccio.

Considérant ce qui suit :

1. La société Compagnie des eaux et ozone (CEO) est depuis le 1er janvier 2015 délégataire du service public de distribution d'eau potable de la commune de Bastelicaccia. L'article 20.2 du contrat de délégation précise que la société CEO applique les stipulations des conventions d'achat d'eau en vigueur et assume la charge financière des contrats souscrits en amont du service délégué, notamment celle découlant du contrat d'abonnement conclu à compter du 1er janvier 1997 entre la commune de Bastelicaccia et l'office d'équipement hydraulique de Corse (OEHC). Cet office agit en tant que délégataire du syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM) de la rive sud du golfe d'Ajaccio pour le service de production et de livraison de l'eau en gros aux communes membres du syndicat, soit les communes d'Albitreccia, de Coti-Chiavari, de Grosseto-Prugna et de Pietrosella. Par une délibération du 9 mars 2018, ce SIVOM a décidé d'appliquer à la commune de Bastelicaccia, à compter du 1er janvier 2018, une surtaxe supplémentaire d'un euro par mètre cube pour les volumes d'eau annuels dépassant 200 000 mètres cubes. L'OEHC délégataire a tiré les conséquences de cette délibération en émettant le 5 octobre 2020 à l'encontre de la société CEO deux factures d'un montant total de 88 764,72 euros. La société CEO demande l'annulation de ces deux factures valant titre exécutoire.

Sur l'exception d'incompétence :

2. Aux termes de l'article L. 2224-11 du code général des collectivités territoriales : " Les services publics d'eau et d'assainissement sont financièrement gérés comme des services à caractère industriel et commercial ". Si un contrat conclu entre deux personnes publiques revêt, en principe, un caractère administratif, il en va autrement si le contrat, eu égard à son objet et en l'absence de toute clause exorbitante de droit commun, fait naître entre les parties des rapports de droit privé.

3. Le contrat par lequel l'OEHC en tant que délégataire d'un SIVOM chargé de la gestion d'un service de distribution d'eau qui, eu égard à ses conditions de fonctionnement, présente le caractère d'un service public industriel et commercial, s'engage à fournir de l'eau à une commune non adhérente moyennant une rémunération fixée sur la base d'un tarif au mètre cube est, par son objet, un contrat de droit privé. Le contrat d'abonnement à l'eau potable conclut en dernier lieu entre l'OEHC et la société CEO à compter du 1er janvier 2015 pour une période de cinq ans dans le cadre du transfert d'abonnement du contrat conclu initialement à compter du 1er janvier 1997 par la commune de Bastelicaccia, n'a pas pour objet l'organisation du service public de la distribution de l'eau potable sur le territoire de la commune de Bastelicaccia. Il n'a pas été passé selon les règles prévues par le code des marchés publics alors applicable. Il ne comporte aucune clause exorbitante du droit commun dès lors, notamment, que, contrairement à ce que soutient la société CEO, le SIVOM n'est pas libre de fixer un tarif mais que celui-ci est calculé en fonction d'une formule de révision applicable depuis l'année 2005. Ce contrat n'a donc fait naître entre le délégataire de la commune et son fournisseur que des rapports de droit privé. Par suite, la requête de la société CEO tendant à l'annulation de factures émises dans le cadre de ce contrat ne ressortit pas à la compétence de la juridiction administrative.

Sur les frais liés au litige :

4. D'abord, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'OEHC, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais non compris dans les dépens. Ensuite, les conclusions du SIVOM de la rive sud du golfe d'Ajaccio au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées dès lors que ce syndicat, qui a été appelé pour faire part de ses observations, n'est pas partie au litige. Enfin, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner la société CEO au versement d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'OEHC et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société CEO est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : La société CEO versera à l'OEHC une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Compagnie des eaux et ozone, à l'office d'équipement hydraulique de Corse et au syndicat intercommunal à vocation multiple de la rive du sud du golfe d'Ajaccio.

Copie en sera transmise à la commune de Bastelicaccia.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Pauline Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 23 février 2023.

Le président,

Signé

P. MONNIER

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

J. MARTINLa greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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