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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100037

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100037

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100037
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP RIBAUT-PASQUALINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 janvier et 5 novembre 2021, M. B A, représenté par la SCP Ribaut-Pasqualini, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité d'un montant de 10 996,46 euros au titre d'arriérés de rémunération pour le travail effectué au centre de détention de Casabianda entre les mois de janvier 2016 à juillet 2019, ainsi qu'une indemnité d'un montant de 2 500 euros en réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de procéder à la rectification de ses bulletins de salaire au titre de la période courant du mois de janvier 2016 au mois de juillet 2019, et de les lui communiquer, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Le requérant soutient que :

- il n'a pas été rémunéré conformément aux articles 717-3 et D. 432-1 du code de procédure pénale ;

- les erreurs commises par l'administration lui ont causé un préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut à ce qu'il soit fait droit à la demande présentée par M. A à hauteur de 7 215,30 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête. Il reconnaît une erreur dans le calcul de la rémunération du requérant et fait valoir que le salaire des détenus est toutefois assujetti à la contribution sociale généralisée (CSG), ainsi qu'à la contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) et que le préjudice moral n'est pas établi.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 novembre 2021.

Vu :

- l'ordonnance n° 2100036 du 22 mars 2021 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Bastia a condamné l'Etat à verser à M. A une provision d'un montant de 6 500 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- les conclusions de M. Hanafi Halil, rapporteur public ;

- et les observations de Me Vega, substituant Me Ribaut-Pasqualini, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a exercé, à compter du mois de janvier 2016, une activité professionnelle au sein de la régie industrielle des établissements pénitentiaires (RIEP) du centre de détention de Casabianda où il était incarcéré. Estimant qu'il avait perçu, au titre de la période allant du mois de janvier 2016 au mois de juillet 2019, une rémunération inférieure à celle qu'il aurait dû percevoir, il a adressé à la direction interrégionale des services pénitentiaires de Marseille, par courrier du 2 novembre 2020 reçu le 3 novembre 2020, une demande de versement d'une somme de 10 996,46 euros au titre du reliquat de salaire, ainsi qu'une somme de 2 500 euros au titre de son préjudice moral. En réponse, le 8 janvier 2021, une proposition de versement d'une somme de 7 215,30 euros au titre du reliquat de salaire lui a été adressée. M. A a également saisi le juge des référés du tribunal administratif de Bastia afin d'obtenir le versement d'une provision d'un montant de 6 500 euros. Par une ordonnance n° 2100036 du 22 mars 2021, le juge des référés du tribunal administratif a condamné l'Etat à lui verser une provision pour le montant sollicité. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme d'un montant de 10 996,46 euros au titre d'arriérés de rémunération pour le travail effectué au centre de détention de Casabianda entre les mois de janvier 2016 à août 2019, ainsi qu'une somme de 2 500 euros en réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi en raison des erreurs commises dans le calcul de son salaire.

Sur les conclusions en indemnisation :

En ce qui concerne les arriérés de rémunération :

2. D'une part, aux termes de l'article 717-3 du code de procédure pénale : " Les relations de travail des personnes incarcérées ne font pas l'objet d'un contrat de travail () / () / La rémunération du travail des personnes détenues ne peut être inférieure à un taux horaire fixé par décret et indexé sur le salaire minimum de croissance défini à l'article L. 3231-2 du code du travail. Ce taux peut varier en fonction du régime sous lequel les personnes détenues sont employées ". Aux termes de l'article D. 432-1 du même code : " Hors les cas visés à la seconde phrase du troisième alinéa de l'article 717-3, la rémunération du travail effectué au sein des établissements pénitentiaires par les personnes détenues ne peut être inférieure au taux horaire suivant : 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour les activités de production () / Un arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, détermine la répartition des emplois entre les différentes classes en fonction du niveau de qualification qu'exige leur exécution. / () ". En application de ces dispositions, la rémunération du travail effectué au sein des établissements pénitentiaires ne peut être inférieure, pour les activités de production, à un taux horaire égal à 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC). L'appréciation du respect de ce minimum s'effectue au regard de la rémunération globale versée au détenu sur la période considérée.

3. D'autre part, en vertu de l'article L. 136-1 du code de la sécurité sociale, il est institué une contribution sociale sur les revenus d'activité et sur les revenus de remplacement, dite contribution sociale généralisée, à laquelle sont notamment assujetties " 1° Les personnes physiques qui sont à la fois considérées comme domiciliées en France pour l'établissement de l'impôt sur le revenu et à la charge, à quelque titre que ce soit, d'un régime obligatoire français d'assurance maladie () ". Le I de l'article L. 136-2 du même code dispose que " Pour le calcul de l'assiette de la contribution prévue à l'article L. 136-1 du présent code, les revenus bruts suivants bénéficient d'une réduction représentative de frais professionnels fixée à 1,75 % pour leur montant inférieur à quatre fois la valeur du plafond mentionné à l'article L. 241-3 : 1° Les revenus d'activité, à l'exception de ceux mentionnés au II de l'article L. 242-1, de ceux perçus par les travailleurs indépendants assujettis dans les conditions prévues aux articles L. 136-3 et L. 136-4, et des indemnités perçues à l'occasion d'un mandat ou d'une fonction élective () ". Le I de l'article L. 242-1 du même code prévoit que " Les cotisations de sécurité sociale dues au titre de l'affiliation au régime général des personnes mentionnées aux articles L. 311-2 et L. 311-3 sont assises sur les revenus d'activité tels qu'ils sont pris en compte pour la détermination de l'assiette définie à l'article L. 136-1-1. Elles sont dues pour les périodes au titre desquelles ces revenus sont attribués ". Aux termes du I de l'article L. 136-1-1 : " La contribution prévue à l'article L. 136-1 est due sur toutes les sommes, ainsi que les avantages et accessoires en nature ou en argent qui y sont associés, dus en contrepartie ou à l'occasion d'un travail, d'une activité ou de l'exercice d'un mandat ou d'une fonction élective, quelles qu'en soient la dénomination ainsi que la qualité de celui qui les attribue, que cette attribution soit directe ou indirecte. " Le I de l'article 14 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale institue " une contribution assise sur les revenus d'activité et de remplacement mentionnés à la section 1 du chapitre 4 du titre 3 du livre 1 du code de la sécurité sociale perçus par les personnes physiques désignées à ce même article. Cette contribution est soumise aux conditions prévues aux articles L. 136-1-1 à L. 136-4 du même code ".

4. M. A a exercé, au titre de l'emploi qu'il a occupé du mois de janvier 2016 au mois de juillet 2019 au centre de détention de Casabianda, une activité de production. Ainsi, il pouvait prétendre à une rémunération égale à 45 % du SMIC applicable au cours de la période considérée. S'il soutient que le montant des arriérés de rémunération dus par l'Etat s'élève à 10 996,46 euros, le requérant n'a toutefois pas déduit le montant des cotisations salariales des revenus bruts calculés. Il résulte de l'instruction que, compte tenu du nombre d'heures travaillées au cours de la période et des primes d'un montant total de 325 euros versées au titre des mois de décembre 2016, 2017 et 2018, M. A aurait pu prétendre à un salaire brut de 30 998 euros. Après déduction de la part salariale de l'assurance vieillesse, assise sur la totalité du montant brut, de la contribution sociale généralisée, et de la contribution au remboursement de la dette sociale, toutes deux assises sur 98,25 % de la rémunération brute, le salaire net auquel M. A avait droit s'élève à la somme de 26 055,02 euros. Ayant perçu sur la période considérée une somme totale de 19 361,57 euros, l'intéressé est seulement fondé à soutenir que les arriérés de rémunérations pour les activités qu'il a exercées au sein du centre pénitentiaire de Casabianda du mois de janvier 2016 au mois de juillet 2019 s'élèvent à une somme de 6 693,45 euros.

En ce qui concerne le préjudice moral :

5. M. A soutient que les erreurs commises par l'administration lui ont causé un préjudice moral. Toutefois, au soutien de son argumentation, le requérant ne fait état d'aucun élément précis et n'établit pas les conséquences concrètes des erreurs commises par l'administration sur sa situation personnelle. Dans ces conditions, il ne démontre pas qu'il aurait subi un préjudice distinct du préjudice financier dû aux erreurs de calcul commises par l'administration dans la détermination du montant de sa rémunération. Par suite, ce chef de préjudice doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A justifie avoir subi un préjudice d'un montant de 6 993,45 euros. Toutefois, le garde des sceaux, ministre de la justice, concluant à ce qu'il soit fait droit à la demande présentée par M. A à hauteur de 7 215,30 euros, il y a lieu de condamner l'Etat à verser ce montant à M. A.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'indemnisation prononcée au point 4 du présent jugement implique nécessairement que le ministre de la justice délivre à M. A les bulletins de paie corrigés, correspondant au travail effectué au centre pénitentiaire de Casabianda de janvier 2016 à juillet 2019, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ribaut-Pasqualini, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ribaut-Pasqualini d'une somme de 1 000 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 7 215,30 euros, sous déduction de la somme de 6 500 euros versée à titre provisionnel par l'ordonnance du 22 mars 2021.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de la justice de délivrer à M. A les bulletins de paie corrigés, correspondant au travail effectué par l'intéressé au centre de détention de Casabianda entre les mois de janvier 2016 à juillet 2019 inclus, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Ribaut-Pasqualini la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Ribaut-Pasqualini renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, où siégeaient :

- M. Pierre Monnier, président ;

- Mme Christine Castany, première conseillère ;

- Mme Pauline Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIERL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

C. CASTANY

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au ministre de la justice, garde des sceaux, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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