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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100048

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100048

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100048
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCOSTA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 janvier 2021 et le 24 avril 2023, la société anonyme d'économie mixte locale (SAEML) des chemins de fer de la Corse, représentée par Me Genuini, demande au tribunal :

1°) de condamner M. B A à lui payer la somme totale de 13 198,46 euros au titre de la redevance d'occupation du domaine public, majorée des intérêts de droit à compter de la date du jugement ;

2°) de mettre à la charge de M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le litige relève de la compétence du juge administratif ;

- M. A est redevable, en application des conventions d'occupation du domaine public, des redevances domaniales impayées depuis le mois de juillet 2014, soit la somme de 13 198,46 euros au 2 décembre 2020 ;

- sa créance n'est pas prescrite, dès lors que M. A a procédé à des règlements partiels ;

- les sommes réclamées sont certaines, liquides et exigibles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2023, M. B A, représenté par Me Costa-Giabiconi, conclut au rejet de la requête et à ce que la SAEML des chemins de fer de la Corse lui verse la somme 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les sommes dont le règlement est réclamé au titre des années 2014 et 2017 ne sont pas justifiées, dès lors que la convention d'occupation du domaine public a pris effet le 1er janvier 2018 ;

- les sommes réclamées au titre de la période antérieure à l'année 2017 sont prescrites en application de l'article L. 2321-4 du code général de la propriété des personnes publiques ;

- le calcul et le montant des augmentations annuelles sont incompréhensibles ;

- la majoration forfaitaire appliquée en cas de paiement mensuel est abusive et injustifiée dès lors que la SAEML réclame un paiement mensuel et non pas annuel de la redevance ;

- la créance n'est pas certaine, en l'absence de justification de son montant, en distinguant les indexations appliquées des majorations forfaitaires réclamées ;

- la convention d'occupation du domaine public ne précise pas le dernier indice publié au jour de sa prise d'effet, de sorte que l'indexation opérée depuis 2018 est irrégulière ;

- une exonération partielle de la redevance lui avait été accordée pour tenir compte des investissements qu'il a effectués dans le local occupé.

La requête a été communiquée à la collectivité de Corse, qui n'a pas présenté d'observations.

Vu :

- le code civil ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Vanhullebus,

- les conclusions de Mme Castany, rapporteure publique,

- et les observations de Mme Ion, auditrice de justice, en présence de son maître de stage, Me Ortal-Cipriani, substituant Me Genuini, représentant la SAEML des chemins de fer de la Corse.

Considérant ce qui suit :

1. La collectivité territoriale de Corse, à laquelle la collectivité de Corse s'est substituée à compter du 1er janvier 2018 en application des dispositions de l'article L. 4421-1 du code général des collectivités territoriales, a délégué la gestion du domaine public ferroviaire à la SAEML des chemins de fer de la Corse à compter du 1er janvier 2012. Cette société a mis à la disposition de M. A un emplacement d'une superficie de 30 m² dans un bâtiment à usage de buffet de la gare de Ponte-Leccia, pour y exploiter un magasin de souvenirs, par une convention d'occupation du domaine public ferroviaire conclue le 26 juin 2014 pour une durée de trente-six mois à compter du 1er juillet 2014, soit jusqu'au 30 juin 2017. Par une convention du 31 janvier 2018, la superficie de l'emplacement bâti mis à la disposition de M. A a été portée à 60 m², pour y exercer une activité de bar et restauration légère, pour une durée de trente-six mois à compter du 1er janvier 2018. L'occupant du domaine public n'ayant pas versé la totalité des redevances prévues, la SAEML des chemins de fer de la Corse demande au tribunal de condamner M. A à lui payer la somme de 13 198,46 euros à ce titre.

Sur le fondement de la créance :

2. La somme de 13 198,46 euros TTC correspond, ainsi qu'il résulte des mentions des factures produites et du relevé de compte versé au dossier, au solde des redevances d'occupation qu'elle estime lui être dû par M. A, au titre, d'une part, de la convention d'occupation, du 26 juin 2014, pour l'emplacement bâti de 30 m² pour les mois de juillet 2014 à juin 2017, et, d'autre part, de la convention d'occupation pour l'emplacement bâti de 60 m² pour les mois de janvier 2018 à octobre 2020. M. A ne peut dès lors pas sérieusement soutenir que la somme de 4 738,53 euros réclamée au titre de la période courant du 1er juillet 2014 au 30 juin 2017 serait dépourvue de fondement. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que M. A aurait occupé le domaine public ferroviaire du 1er juillet 2017 au 31 décembre 2017. La SAEML des chemins de fer de la Corse ne peut, par suite, réclamer aucune somme au titre de cette période.

Sur la prescription :

3. Aux termes de l'article L. 2321-4 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les produits et redevances du domaine ou privé d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 se prescrivent par cinq ans, quel que soit leur mode de fixation. Cette prescription commence à courir à compter de la date à laquelle les produits et redevances sont devenus exigibles. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 2125-4 du même code : " La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public par le bénéficiaire d'une autorisation est payable d'avance et annuellement. " En l'absence de toute autre disposition applicable, les causes d'interruption et de suspension de la prescription quinquennale instituée par les dispositions de l'article L. 2321-4 du code général de la propriété des personnes publiques sont régies par les principes dont s'inspirent les dispositions du titre XX du livre III du code civil. Aux termes de l'article 2240 du code civil : " La reconnaissance par le débiteur du droit de celui contre lequel il prescrivait interrompt le délai de prescription ".

4. La société requérante demande le paiement des sommes correspondant aux redevances impayées pour les mois de juillet 2014 à décembre 2014 et pour les mois de novembre et décembre 2016. L'article 6 de la convention d'occupation du domaine public du 26 juin 2014 prévoit une redevance annuelle d'un montant de 2 340 euros hors taxe que l'occupant s'oblige à payer mensuellement et d'avance, sur avis de paiement des services financiers du gestionnaire. En application des dispositions de l'article L. 2321-4 du code général de la propriété des personnes publiques citées au point précédent, la prescription quinquennale a commencé à courir à compter de la date d'exigibilité de chaque mensualité, soit à compter du jour précédant le premier jour du mois d'occupation au titre duquel la redevance est due. La requête ayant été enregistrée au greffe le 12 janvier 2021, il suit de là que les sommes dues au titre de la période antérieure au 12 janvier 2016 sont susceptibles d'être prescrites.

5. La SAEML des chemins de fer de la Corse soutient toutefois que le délai de prescription quinquennale a été interrompu par une mise en demeure de payer, avant le 2 mars 2020, une somme de 10 280,78 euros, arrêtée au 31 décembre 2019, ou, à défaut, de mettre en place un échéancier de paiement. En l'absence de justification de la notification de ce courrier, d'ailleurs non daté, qui n'est pas démontrée par la production d'un avis de réception postal expédié le 22 juin 2020, l'exception de prescription à ce titre ne peut qu'être écartée.

6. Si la société requérante se prévaut en outre de ce que les différents paiements partiels effectués par M. A constituent des actes interruptifs de prescription, elle ne justifie pas, en se bornant à produire un tableau mentionnant les montants des loyers facturés par année et des règlements annuels ainsi que le solde restant dû, de la date à laquelle ces paiements sont intervenus. Faute de justifier des dates auxquelles ils ont été faits, ces paiements ne peuvent pas être regardés comme une reconnaissance de sa dette par M. A, de nature à interrompre le délai de prescription en application des dispositions de l'article 2240 du code civil.

Sur le montant de la créance :

7. Il résulte de ce qui a été indiqué aux points 3 à 6 que les sommes correspondant aux redevances dues pour la période antérieure au 12 janvier 2016 sont prescrites. Par ailleurs, la SAEML des chemins de fer de la Corse ne réclame aucune somme pour les mois de janvier à octobre 2016. Enfin, ainsi qu'il a été indiqué au point 2, aucune somme n'est due au titre du second semestre de l'année 2017. Il suit de là que l'obligation de M. A correspond aux redevances dues au titre des périodes courant de novembre 2016 à juin 2017 et de janvier 2018 à octobre 2020.

8. L'article 6 de chacune des conventions d'occupation domaniale du 26 juin 2014 et du 31 janvier 2018 prévoit que le titulaire paiera au gestionnaire, une redevance dont le montant annuel hors taxes, est fixé à 2 340 euros par la première et à 4 848 euros par la seconde. Le paragraphe 6.1 stipule que le titulaire s'oblige à payer cette redevance mensuellement et que ce mode de règlement est accordé moyennant une majoration forfaitaire de la redevance annuelle dont le taux est fixé à 50 % du taux d'intérêt légal, le premier terme devant être acquitté lors de la signature de la convention. Il résulte enfin des stipulations du paragraphe 6.3 de l'article 6 et de l'article 7 de ces conventions que le montant minimum sera indexé à chaque échéance annuelle en fonction des variations de l'indice du coût de la construction publié par l'INSEE, que cette indexation se fera le premier trimestre de chaque année, que l'indice utilisé sera celui du troisième trimestre de l'année précédente et que le montant de la redevance ainsi révisée se substituera au précédent prix pour servir d'assiette de calcul aux révisions ultérieures.

9. Il résulte de l'instruction que les mensualités de 198,74 euros HT réclamées pour l'année 2017 correspondent à la dernière mensualité de l'année 2016, soit 196,81 euros HT, augmentée de 0.98 %, conformément à la variation de l'indice du coût de la construction du troisième trimestre de l'année 2016, en application des stipulations de la convention du 26 juin 2014, mentionnées au point précédent. Le montant de la redevance, réclamé pour l'année 2018, correspond à la somme annuelle de 4 848 euros HT, prévue à l'article 6 de la convention du 31 janvier 2018, soit douze mensualités de 404 euros HT. Les mensualités dues au titre de l'année 2019 correspondent, en application des stipulations mentionnées au point précédent, à la somme de 404 euros HT par mois, augmentée de la variation de 3,77 % de l'indice du coût de la construction du troisième trimestre de l'année 2018, soit un montant de 419,23 euros HT. Il en va de même s'agissant des mensualités pour l'année 2020, lesquelles correspondent à la somme de 419,23 euros, qui s'est substituée au précédent prix pour servir d'assiette de calcul en application de l'article 7, augmentée de 0,75 %, compte tenu de la variation de l'indice du coût de la construction du troisième trimestre de l'année 2019, soit un montant de 422,37 euros HT. Ainsi, contrairement à ce que soutient M. A, le montant des créances, qui s'élève à 9 182,67 euros et dont la SAEML lui réclame le paiement, est certain. Leur mode de calcul ayant été fixé par les conventions qu'il a signées, M. A ne peut davantage prétendre qu'il ne comprendrait pas le montant qui lui est réclamé.

10. Ainsi qu'il a été indiqué au point 8, il résulte des stipulations conventionnelles que la première révision du montant de la redevance a été fixée au premier trimestre de l'année suivant leur conclusion, en fonction de la variation de l'indice du troisième trimestre de l'année précédente du coût de la construction publié par l'INSEE. Il suit de là que M. A ne peut pas utilement soutenir que les révisions effectuées depuis 2018 seraient irrégulières, faute pour la convention du 31 janvier 2018 d'avoir précisé quel était le dernier indice publié au jour de sa conclusion.

11. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que la SAEML des chemins de fer de la Corse ait appliqué la majoration forfaitaire de la redevance annuelle, prévue par la convention, et dont le taux est fixé à 50 % du taux d'intérêt légal. Il suit de là que M. A ne peut pas contester le caractère certain de la créance de la société requérante par les motifs que la société requérante ne justifie ni des augmentations résultant de l'application de la clause d'indexation, ni de celles consécutives à la majoration forfaitaire. Elle ne peut dès lors pas non plus se prévaloir utilement du caractère abusif de la majoration forfaitaire qui ne lui a pas été appliquée.

12. Enfin, M. A ne produit aucun commencement de justification au soutien de son allégation selon laquelle une exonération partielle des redevances avait été convenue avec la société requérante.

13. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner M. A au paiement de la somme de 9 182,67 euros au titre des redevances restant dues pour l'occupation du domaine public ferroviaire pour les périodes de novembre 2016 à juin 2017 et de janvier 2018 à octobre 2020.

Sur les intérêts :

14. Aux termes du premier alinéa de l'article 1231-7 du code civil : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement. "

15. Il résulte de ces dispositions que toute décision juridictionnelle prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au jour de son prononcé jusqu'à son exécution. Il suit de là que les conclusions présentées par la société requérante tendant à ce que la somme allouée porte intérêt à compter de la date de prononcé du présent jugement sont dépourvues d'objet. Elles ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SAEML des chemins de fer de la Corse, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société requérante et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est condamné à verser la somme de 9 182,67 euros à la SAEML des chemins de fer de la Corse.

Article 2 : M. A versera à la SAEML des chemins de fer de la Corse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAEML des chemins de fer de la Corse, à M. B A et à la collectivité de Corse.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, où siégeaient :

- M. Vanhullebus, président,

- M. Martin, premier conseiller,

- Mme Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

T. VANHULLEBUSL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

J. MARTIN

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse du Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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