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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100084

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100084

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100084
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGOMIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 janvier 2021 et le 30 septembre 2022, M. A B, aux droits duquel vient sa fille Mme C B, représentée par Me Gomis, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 18 novembre 2020 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 13 août 2020 ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées de régulariser sa situation et de régler à Mme C B le montant des arrérages dus entre le 27 février 2019 et le 3 janvier 2022 ;

3°) d'ordonner une expertise confiée à un médecin qui aura pour mission de déterminer si son état de santé, du fait des infirmités pensionnées, s'était aggravé et si les infirmités pensionnées le plaçaient dans l'obligation de recourir à l'aide constante d'une tierce personne pour accomplir les actes de la vie courante et justifiant la revalorisation de sa pension militaire d'invalidité ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Il soutient que son état de santé a empiré en raison de l'aggravation de l'infirmité de colite avec gastrite et qu'il justifie, à ce titre, l'obtention d'une majoration de sa pension au titre de la nécessité d'une tierce personne.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 février 2021 et le 18 octobre 2022, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;

- les certificats médicaux datant de l'année 2020 sont postérieurs à la demande de l'intéressé ;

- il n'y pas d'aggravation de l'infirmité " colite avec gastrite " et en tout état de cause la colite pseudomembraneuse constitue une cause étrangère qui ne peut être considérée comme étant en lien exclusif avec l'infirmité pensionnée ;

- il ne peut être pris en compte des éléments d'aggravation postérieurs à la demande de révision de pension militaire d'invalidité.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pauline Muller, conseillère ;

- et les conclusions de M. Hanafi Halil, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B était titulaire d'une pension d'invalidité au taux global de 100% + 79° concédée à titre définitif par un arrêté du 30 août 2004 avec entrée en jouissance à compter du 18 avril 2003, en raison de seize infirmités. Il a sollicité, le 27 février 2019, le bénéfice de l'allocation pour tierce personne. La ministre des armées a, par une décision du 25 mars 2020, rejeté cette demande au motif de l'absence d'aggravation de l'infirmité de colite avec gastrite et de l'absence de nécessité de recourir à l'aide constante d'une tierce personne. L'intéressé a alors formé, le 13 août 2020, un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, lequel a été rejeté par une décision de la commission de l'invalidité du 18 novembre 2020. M. B a demandé au tribunal d'annuler cette décision. M. B étant décédé en cours d'instance, le 3 janvier 2022, sa fille, Mme C B, a, par le mémoire enregistré le 30 septembre 2022, déclaré reprendre l'instance.

2. Aux termes de l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " La pension militaire d'invalidité prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé. L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande. / Il en est de même de la date d'entrée en jouissance de la pension révisée pour aggravation ou pour prise en compte d'une infirmité nouvelle () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit se placer à la date de la demande de l'intéressé pour évaluer ses droits à révision de sa pension militaire d'invalidité, et notamment le taux d'invalidité résultant de l'infirmité au titre de laquelle cette révision est sollicitée, soit, en l'espèce, à la date du 27 février 2019.

3. Aux termes de l'article L. 154-1 du même code : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs des infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / Cette demande est recevable sans condition de délai. / La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur. / Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée. / La pension définitive révisée est concédée à titre définitif. ". Il résulte de ces dispositions que la pension d'invalidité concédée à titre définitif dont la révision est demandée pour aggravation n'est susceptible d'être révisée que lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités se trouve augmenté d'au moins dix points.

4. Il résulte de l'instruction que l'expert consulté par l'administration le 24 janvier 2020 dans le cadre de la demande de révision en litige qui a conclu a une aggravation de 20% de l'infirmité de colite et gastrite ainsi que le gastro-entéro-hépathologue qui a examiné M. B le 30 janvier 2019 font état de ce que l'intéressé souffre d'une colite ulcérée sévère remaniant la quasi-totalité de la muqueuse colique et dont l'histologie définitive concluait en une colite pseudomembraneuse, soit une inflammation sévère de la paroi interne du colon résulant d'une infection à une bactérie. Or, une telle pathologie ne présente pas de lien direct et certain avec l'infirmité initialement pensionnée de colite avec gastrite consécutive à un blast. Le médecin chargé des pensions militaires d'invalidité de la sous-direction des pensions, dont l'avis n'est pas sérieuresement contesté, a estimé, à ce titre, que l'éventuelle aggravation de l'infirmité dont souffrait M. B ne saurait dès lors être exclusivement imputable aux blessures de l'interessé qui résultent d'un traumatisme. Ainsi, à supposer que l'infirmité de M. B ait bien connu une aggravation, cette dernière ne saurait être considérée comme étant exclusivement imputable aux blessures constitutives de l'infirmité pour laquelle la pension a été accordée.

5. Aux termes de l'article L. 133-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Les invalides que leurs infirmités rendent incapables de se mouvoir, de se conduire ou d'accomplir les actes essentiels de la vie et qui, vivant chez eux, sont obligés de recourir d'une manière constante aux soins d'une tierce personne, ont droit, à titre d'allocation spéciale, à une majoration égale au quart de la pension. / Cette majoration est portée au montant de la pension pour les invalides atteints d'infirmités multiples dont deux au moins leur auraient assuré, chacune prise isolément, le bénéfice de l'allocation mentionnée au premier alinéa. / Dans le cas où ils sont hospitalisés, la majoration cesse d'être servie pendant la durée de l'hospitalisation ".

6. D'une part, si ces dispositions ne peuvent être interprétées comme exigeant que l'aide d'un tiers soit nécessaire à l'accomplissement de la totalité des actes nécessaires à la vie courante, elle impose toutefois que l'aide d'une tierce personne soit indispensable ou bien pour l'accomplissement d'actes nombreux se répartissant tout au long de la journée, ou bien pour faire face soit à des manifestations imprévisibles des infirmités dont le pensionné est atteint, soit à des soins dont l'accomplissement ne peut être subordonné à un horaire préétabli, et dont l'absence mettrait sérieusement en danger l'intégrité physique ou la vie de l'intéressé. D'autre part, le bénéfice de l'article L. 133-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre en faveur des invalides que leurs infirmités rendent incapables de se mouvoir, de se conduire ou d'accomplir les actes essentiels à la vie, ne peut être accordé que si la nécessité de l'aide constante d'une tierce personne est la conséquence directe et exclusive d'affections imputables au service.

7. Il résulte de l'instruction et plus particulièrement du certificat médical établi le 25 janvier 2020 par le médecin expert que M. B, qui souffrait de blessures de guerre avec bronchopneumopathie chronique obstructive, d'une colite et gastrite et d'une insuffisance cardiaque, ne pouvait plus, seul, quitter son lit, se coucher, satisfaire ses besoins naturels, faire sa toilette, se vêtir et se dévêtir, marcher sans appui, utiliser un moyen de transport individuel ou en commun. De tels actes, certes nombreux, ne se répartissent pas tout au long de la journée, à l'exception de l'incapacité de l'intéressé à satisfaire sans aide d'une tierce personne ses besoins naturels et à marcher sans appui. Cet expert fait également état, dans son rapport établi à la suite de l'expertise réalisée le 24 janvier 2020, de ce que M. B présentait des séquelles très importantes de ses blessures de guerre et se voyait ainsi contraint à passer ses journées alité, que tout déplacement s'avérait impossible du fait de l'affaiblissement de son état général et qu'il avait besoin d'être assisté pour toutes les tâches quotidiennes et les gestes essentiels de la vie courante, tels que le fait de se déplacer ou de pouvoir se rendre aux toilettes.

8. Il ressort toutefois de ce rapport d'expertise, ainsi qu'il a été indiqué au point 4, que M. B souffrait d'une colite ulcérée sévère remaniant la totalité de la muqueuse colique correspondant à une colite pseudomembraneuse entrainant une aggravation de l'état de santé de l'intéressé. A ce titre, le certificat médical en date du 24 février 2019 produit par le requérant indique que l'état de santé de l'intéressé nécessite l'assistance par une tierce personne en raison des infirmités pensionnées mais également en raison d'une colite pseudomembraneuse. Or, ainsi qu'il a été dit au point 4, une telle affection, correspondant à une inflammation sévère de la paroi interne du colon résulant d'une infection à une bactérie, n'est pas imputable aux blessures constitutives de l'infirmité pour laquelle la pension a été accordée. Dès lors, il ne résulte pas de l'instruction que les incapacités qui justifiaient de recourir de manière constante à l'assistance d'une tierce personne résultaient exclusivement des infirmités pensionnées ou même de l'une d'entre elle. Enfin, les certificats médicaux du 14 mai 2020 et du 28 juillet 2020 dont se prévaut le requérant font état d'éléments qui sont postérieurs à la demande de M. B. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il avait droit au bénéfice de l'allocation prévue à l'article L. 133-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'ordonner l'expertise sollicitée, la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

10. Aucun dépens n'ayant été exposé au cours de l'instance, il s'ensuit que les conclusions tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de l'Etat ne peuvent qu'être rejetées.

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Vanhullebus, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Pauline Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

P. MULLER

Le président,

Signé

T. VANHULLEBUS

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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