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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100257

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100257

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100257
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 mars 2021 et le 3 février 2022, la SAS Ramos, représentée par la CMS Francis Lefebvre Avocats, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire à l'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de ses exercices clos des années 2015 et 2016 pour un montant total de 195 028 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- c'est à tort que l'administration fiscale a considéré comme établi le fait que la provision avait été constituée afin de faire face au risque d'un abandon de créance ;

- sa provision est valablement constituée dès lors qu'aucun acte anormal de gestion n'est démontré et que le risque de recouvrement de la créance est établi compte tenu des difficultés financières de la société débitrice ;

- sa provision n'est pas destinée à faire face à un futur abandon de créance à caractère financier et elle n'avait nullement l'intention de contourner l'interdiction de déduction prévu au 13 de l'article 39 du code général des impôts lorsqu'elle a constitué sa provision destinée à faire face au risque de non-recouvrement ;

- c'est à tort que l'administration fiscale se prévaut de la jurisprudence selon laquelle les entreprises membres de sociétés de personnes ne peuvent pas constituer de provisions pour dépréciation des créances qu'elles détiennent sur ces sociétés dès lors que les provisions en cause ont pour objet de constater une diminution de valeur résultant de circonstances étrangères à l'exploitation proprement dite.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 novembre 2021 et le 4 mars 2022, la directrice de la DIRCOFI Sud-est Outre-Mer conclut au rejet de la requête. La directrice fait valoir que :

- l'abandon de créances anticipé par les provisions litigieuses n'avait d'autre effet que de réduire, dans chaque société, leur actif net négatif sans jamais permettre à cet actif de redevenir positif ;

- les provisions constituées afin de faire face au risque de non-recouvrement de ces créances ne sont elles-mêmes pas déductibles des bénéfices à défaut de faire face à des charges déductibles ;

- l'associé ne peut, par principe, déduire de provisions pour créances douteuses sur sa filiale société de personne.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Ramos a fait l'objet d'une procédure de vérification de comptabilité portant sur ses exercices clos au 31 décembre 2015 et 2016. Au terme de cette procédure, l'administration, qui a remis en cause un certain nombre de provisions inscrites en comptabilité, lui a notifié le 6 décembre 2018, selon la procédure contradictoire, une proposition de rectification des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés. Après la réponse de la société, l'administration fiscale a maintenu les rectifications. Toutefois, après la mise en recouvrement à l'impôt sur les sociétés, les services fiscaux, suite à la seconde réclamation de la SAS Ramos, l'a dégrevée de la somme de 25 963 euros. La SAS Ramos demande au tribunal la décharge du reliquat des cotisations supplémentaires, soit la somme de 195 028 euros.

2. D'une part, aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable pour la détermination de l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables () 13. Sont exclues des charges déductibles pour l'établissement de l'impôt les aides de toute nature consenties à une autre entreprise, à l'exception des aides à caractère commercial () ". Il résulte de ces dispositions qu'une entreprise peut valablement porter en provision et déduire des bénéfices imposables d'un exercice des sommes correspondant à des pertes ou charges qui ne seront supportées qu'ultérieurement par elle, à la condition que ces pertes ou charges soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante, qu'elles apparaissent comme probables eu égard aux circonstances constatées à la date de clôture de l'exercice et qu'elles se rattachent aux opérations de toute nature déjà effectuées à cette date par l'entreprise.

3. D'autre part, aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés ". En vertu des dispositions de l'article 8 du code général des impôts, les associés des sociétés civiles immobilières sont personnellement soumis à l'impôt sur le revenu ou à l'impôt sur les sociétés pour la part des bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société. Il résulte de ces dispositions que, lorsque leur bénéfice imposable est déterminé conformément aux prescriptions des articles 38 et suivants du code général des impôts, ces associés doivent prendre en compte, à la clôture de leurs propres exercices, comme un profit imposable ou comme une charge déductible, la part qui leur revient dans les résultats bénéficiaires ou déficitaires de la société civile. Si cette règle n'a pas pour effet de priver les mêmes associés de la faculté qu'ils tiennent du 5° du 1 de l'article 39 du code général des impôts de constituer une provision en vue de faire face à une dépréciation de leur participation dans le cas où des circonstances postérieures à l'acquisition de cette participation et sans lien avec l'activité de la société, rendent probable une dévalorisation de quelque élément du patrimoine de cette dernière, elle fait, en revanche, obstacle à ce qu'ils puissent constituer une telle provision en vue de tenir compte de résultats déficitaires de l'activité de la société, qui, même probables, ne seront qu'ultérieurement constatés dans les écritures de celle-ci et dont alors seulement ils pourront déduire la part qui leur revient.

4. Il appartient au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des provisions qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité.

5. Il résulte de l'instruction que la SAS Ramos a une filiale, la SCI Les oiseaux bleus, dont elle détient 99,8 % des parts. La SAS Ramos, qui avait prêté des fonds à sa filiale, détenait sur elle une créance pour des montants de, respectivement 2 192 357 euros et 2 163 773 euros à la clôture de ses exercices 2015 et 2016. Elle a comptabilisé au titre de ces deux exercices des provisions pour risque de non recouvrement de ces créances pour des montants de respectivement, 562 474 et 527 482 euros. L'administration a remis en cause les provisions ainsi inscrites en comptabilité, rehaussant le résultat de l'exercice clos le 31 décembre 2015 d'un montant de 562 474 euros et minorant le résultat de l'exercice clos le 31 décembre 2016 d'une somme de 34 992 euros.

6. En se bornant à soutenir, sans le démontrer, que les provisions en litige avaient pour objet de constater une diminution de valeur résultant de circonstances étrangères à l'exploitation proprement dite, la SAS Ramos n'apporte pas la preuve qui lui incombe que les provisions ainsi constituées en raison du risque de non-recouvrement des prêts qu'elle avait consentis à la SCI Les oiseaux bleus, sa filiale soumise au régime d'imposition des sociétés de personnes, n'avaient pas vocation à financer son activité en vue de l'accomplissement de son objet social. Ainsi, le risque pour la SAS Ramos de perdre sa créance est indissociable de la perte qui a vocation à être constatée dans les écritures de la SCI Les oiseaux bleus, et dont, en tant qu'associée, elle pourra alors imputer la part correspondant à sa participation sur ses propres résultats. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a pu remettre en cause la constitution de cette provision.

7. Il résulte de ce qui précède que la SAS Ramos n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration fiscale a remis en cause les provisions pour risque de recouvrement sur sa filiale, la SCI Les oiseaux bleus.

Sur les frais liés au litige :

8. La SAS Ramos succombant à l'instance, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne sauraient être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Ramos est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Ramos et à la directrice de la DIRCOFI Sud-est Outre-Mer.

Délibéré après l'audience du 21 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

M. Hanafi Halil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 14 mars 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

J. MARTIN La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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