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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100338

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100338

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100338
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantROMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 mars 2021 et le 14 décembre 2021, Mme D A, agissant en tant que représentante légale de sa fille mineure C A et en son nom propre, représentée par Me Romani, demande au tribunal, avant dire droit, de désigner un expert afin de déterminer la responsabilité du centre hospitalier d'Ajaccio et de la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) et d'évaluer le préjudice qu'elles ont subi à la suite de l'hospitalisation de sa fille C, le 15 février 2019.

Elle soutient que la responsabilité pour faute de l'hôpital est engagée à raison de l'erreur de diagnostic et de l'erreur et la négligence dans l'exécution de l'acte médical qui n'ont pas permis de déceler une luxation de l'index de la main gauche de l'enfant.

Par un mémoire, enregistré le 22 octobre 2021, la caisse primaire d'assurance-maladie (CPAM) de la Haute-Corse, fait valoir qu'elle ne s'oppose pas à la demande d'expertise présentée par Mme A.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2021, le centre hospitalier d'Ajaccio et la SHAM, représentés par Me Seatelli, déclarent ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée dont les frais d'expertise seront avancés par Mme A.

Ils soutiennent qu'ils ne s'opposent pas à la demande d'expertise, sous réserve qu'elle ait pour objet principal de rechercher si un quelconque manquement aux règles de l'art peut lui être reproché, de rechercher si une infection nosocomiale a pu survenir et de recueillir les éléments de la CPAM permettant d'établir le montant des débours qu'elle a exposés.

Mme D A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 janvier 2021, rectifiée le 4 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Hanafi Halil, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 15 février 2019, à la suite d'une chute, Mlle C A, alors âgée de 5 ans, a été admise au service des urgences du centre hospitalier d'Ajaccio où une contusion de l'index gauche sans lésion d'ongle a été diagnostiquée. Suite à des douleurs persistantes, elle s'est de nouveau rendue dans cet établissement le 26 février 2019 où une radiographie de la main a été réalisée, permettant de déceler une luxation métacarpo phalingienne de l'index. Le lendemain, une téno-arthrolyse antérieure avec réduction sanglante de la luxation a été réalisée, sous anesthésie générale. Par un courrier du 25 mars 2019, Mme A a présenté une réclamation préalable auprès de cet établissement que celui-ci a rejetée par une lettre du 15 juillet 2020. Mme D A, agissant en tant que représentante légale de sa fille mineure C A et en son nom propre, demande au tribunal de désigner un expert afin de déterminer la responsabilité du centre hospitalier d'Ajaccio et de SHAM et d'évaluer le préjudice qu'elle-même et sa fille ont subi.

2. L'article L. 1142-1 du code de la santé publique dispose que : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".

3. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'entre elles, ordonner, avant-dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation. Si une médiation est engagée, il en informe la juridiction. Sous réserve des exceptions prévues à par l'article L. 213-2, l'expert remet son rapport d'expertise sans pouvoir faire état, sauf accord des parties, des constatations et déclarations ayant eu lieu durant la médiation ".

4. Il résulte de l'instruction, notamment de la lettre adressée à la requérante le 27 mars 2019 par le docteur B, du centre hospitalier d'Ajaccio, que la luxation dont la jeune C A a été victime n'a pas été décelée lors de sa prise en charge initiale dans cet établissement, le 15 février 2019. Mme A reproche également au médecin qui l'a soignée ce jour-là d'avoir commis une faute dans l'exécution du geste médical. L'état du dossier ne permettant au tribunal ni de se prononcer sur l'étendue de la responsabilité pour faute éventuellement encourue par le centre hospitalier, ni sur les préjudices en résultant, il y a lieu d'ordonner une expertise aux fins et dans les conditions précisées dans le dispositif du présent jugement. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que la fille de la requérante ait été victime d'une infection nosocomiale lors de sa prise en charge par le centre hospitalier. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu, à ce stade, d'ordonner une expertise sur ce point. Il n'y a pas davantage lieu de demander à l'expert de recueillir les éléments de la CPAM de la Haute-Corse permettant de déterminer le montant des débours qu'elle a exposés.

D E C I D E :

Article 1er : Il sera, avant de statuer sur les conclusions des parties, procédé à une expertise médicale.

Article 2 : L'expert sera désigné par le président du tribunal administratif. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : L'expert aura pour mission de :

1°) prendre connaissance du dossier médical de Mlle C A et, notamment, de tous documents relatifs aux interventions pratiquée en février 2019 au centre hospitalier d'Ajaccio ; convoquer et entendre les parties ;

2°) décrire l'état de santé de Mlle A ayant conduit à son hospitalisation au centre hospitalier et les soins et prescriptions reçus ainsi que les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ;

3°) déterminer si les soins diligentés au centre hospitalier d'Ajaccio et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science ; en cas de manquement, déterminer les dommages qui en ont résulté ; dire si les fautes ont fait perdre à l'intéressée une chance d'éviter les dommages et, dans l'affirmative, évaluer cette perte de chance en pourcentage ;

4°) analyser s'il y a eu, lors de la prise en charge de Mlle A, un accident médical en indiquant si cet événement a entraîné des conséquences anormales au regard de l'état de santé de la patiente comme de l'évolution prévisible de cet état. Le cas échéant, dire si cet événement a fait perdre à l'intéressée une chance d'éviter des complications et, dans l'affirmative, évaluer cette perte de chance en pourcentage ;

5°) évaluer les différents chefs de préjudices de Mlle A et de Mme A, sa mère ; dire si les préjudices subis sont directement imputables aux manquements ou à un accident médical ; comparer les préjudices en lien avec les manquements ou l'accident médical avec ceux qui seraient dans tous les cas intervenus en leur absence ;

6°) rendre un avis sur la relation directe et exclusive entre les débours dont fera état la CPAM de la Haute-Corse, et les manquements relevés à l'encontre du centre hospitalier d'Ajaccio, en distinguant expressément, le cas échéant, ces débours de ceux imputables à l'état initial ou à l'évolution de la pathologie du patient en l'absence de tout manquement ;

7°) donner, de manière générale, toutes les précisions utiles au tribunal afin de lui permettre de se prononcer sur la responsabilité éventuelle du centre hospitalier, ainsi que sur les préjudices de toute nature en résultant.

Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre Mlle A, Mme A, le centre hospitalier d'Ajaccio, et la CPAM de la Haute-Corse.

Article 5 : L'expert avertira les parties par lettre recommandée avec accusé de réception sept jours au moins avant les opérations d'expertise.

Article 6 : L'expert, qui communiquera aux parties un pré-rapport avec un délai leur permettant de faire valoir leurs dires avant d'analyser leurs observations dans son rapport définitif, déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans le délai imparti par l'ordonnance le désignant et notifiera aux parties des copies du rapport dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse, au centre hospitalier d'Ajaccio et à la Société hospitalière d'assurances mutuelles.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Vanhullebus, président,

Mme Christine Castany, première conseillère.

M. Jan Martin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

T. VANHULLEBUSLe greffier,

Signé

A. AUDOUIN

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

A.AUDOUIN

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