jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2100376 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP RIBAUT-PASQUALINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 avril 2021, M. A B, représenté par la SCP Ribaut-Pasqualini, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité d'un montant de 488,13 euros au titre d'arriérés de rémunération pour le travail effectué au centre de détention de Casabianda durant les mois de janvier et février 2016, ainsi qu'une indemnité d'un montant de 2 500 euros en réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi ;
2°) d'enjoindre à l'Etat de procéder à la rectification de ses bulletins de salaire des mois de janvier et février 2016, et de les lui communiquer, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- il n'a pas été rémunéré conformément aux articles 717-3 et D. 432-1 du code de procédure pénale ;
- il est fondé à obtenir le versement du reliquat de salaire non perçu ;
- les erreurs commises par l'administration lui ont causé un préjudice moral.
Un mémoire du ministre de la justice a été enregistré le 6 octobre 2023, soit postérieurement à la clôture d'instruction, fixée au 7 mars 2022 par ordonnance du 25 janvier 2022.
Vu :
- l'ordonnance n° 2100375 du 30 avril 2021 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Bastia a condamné l'Etat à verser à M. B une provision d'un montant de 300 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;
- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Vega, substituant Me Ribaut-Pasqualini, avocat de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a exercé, au cours des mois de janvier et février 2016, une activité professionnelle au sein de la régie industrielle des établissements pénitentiaires (RIEP) du centre de détention de Casabianda où il a été incarcéré de décembre 2013 à mai 2020. Estimant qu'il avait perçu sur ces deux mois une rémunération inférieure à celle dont il aurait dû bénéficier, il a adressé à la direction interrégionale des services pénitentiaires de Marseille, par courrier du 28 décembre 2020 reçu le 30 décembre suivant, une demande de versement d'une somme de 488,13 euros au titre du reliquat de salaire et un montant de 2 500 euros au titre de son préjudice moral. M. B a également saisi le juge des référés du tribunal administratif de Bastia afin d'obtenir le versement d'une provision d'un montant de 300 euros. Par une ordonnance n° 2100375 du 30 avril 2021, le juge des référés du tribunal administratif a condamné l'Etat à lui verser une provision pour le montant sollicité. Par la présente requête, M. B, en l'absence de réponse à sa réclamation préalable, demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme d'un montant de 488,13 euros au titre d'arriérés de rémunération pour le travail effectué au centre de détention de Casabianda au cours des mois de janvier et février 2016, ainsi qu'une somme de 2 500 euros en réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi en raison des erreurs commises dans le calcul de son salaire.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne les arriérés de rémunération :
2. D'une part, aux termes de l'article 717-3 du code de procédure pénale : " Les relations de travail des personnes incarcérées ne font pas l'objet d'un contrat de travail () / () / La rémunération du travail des personnes détenues ne peut être inférieure à un taux horaire fixé par décret et indexé sur le salaire minimum de croissance défini à l'article L. 3231-2 du code du travail. Ce taux peut varier en fonction du régime sous lequel les personnes détenues sont employées ". Aux termes de l'article D. 432-1 du même code : " Hors les cas visés à la seconde phrase du troisième alinéa de l'article 717-3, la rémunération du travail effectué au sein des établissements pénitentiaires par les personnes détenues ne peut être inférieure au taux horaire suivant : 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour les activités de production () / Un arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, détermine la répartition des emplois entre les différentes classes en fonction du niveau de qualification qu'exige leur exécution. / () ". En application de ces dispositions, la rémunération du travail effectué au sein des établissements pénitentiaires ne peut être inférieure, pour les activités de production, à un taux horaire égal à 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC). L'appréciation du respect de ce minimum s'effectue au regard de la rémunération globale versée au détenu sur la période considérée.
3. D'autre part, en vertu de l'article L. 136-1 du code de la sécurité sociale, il est institué une contribution sociale sur les revenus d'activité et sur les revenus de remplacement, dite contribution sociale généralisée, à laquelle sont notamment assujetties " 1° Les personnes physiques qui sont à la fois considérées comme domiciliées en France pour l'établissement de l'impôt sur le revenu et à la charge, à quelque titre que ce soit, d'un régime obligatoire français d'assurance maladie () ". Le I de l'article L. 136-2 du même code dispose que " Pour le calcul de l'assiette de la contribution prévue à l'article L. 136-1 du présent code, les revenus bruts suivants bénéficient d'une réduction représentative de frais professionnels fixée à 1,75 % pour leur montant inférieur à quatre fois la valeur du plafond mentionné à l'article L. 241-3 : 1° Les revenus d'activité, à l'exception de ceux mentionnés au II de l'article L. 242-1, de ceux perçus par les travailleurs indépendants assujettis dans les conditions prévues aux articles L. 136-3 et L. 136-4, et des indemnités perçues à l'occasion d'un mandat ou d'une fonction élective () ". Le I de l'article L. 242-1 du même code prévoit que " Les cotisations de sécurité sociale dues au titre de l'affiliation au régime général des personnes mentionnées aux articles L. 311-2 et L. 311-3 sont assises sur les revenus d'activité tels qu'ils sont pris en compte pour la détermination de l'assiette définie à l'article L. 136-1-1. Elles sont dues pour les périodes au titre desquelles ces revenus sont attribués ". Aux termes du I de l'article L. 136-1-1 : " La contribution prévue à l'article L. 136-1 est due sur toutes les sommes, ainsi que les avantages et accessoires en nature ou en argent qui y sont associés, dus en contrepartie ou à l'occasion d'un travail, d'une activité ou de l'exercice d'un mandat ou d'une fonction élective, quelles qu'en soient la dénomination ainsi que la qualité de celui qui les attribue, que cette attribution soit directe ou indirecte. " Le I de l'article 14 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale institue " une contribution assise sur les revenus d'activité et de remplacement mentionnés à la section 1 du chapitre 4 du titre 3 du livre 1 du code de la sécurité sociale perçus par les personnes physiques désignées à ce même article. Cette contribution est soumise aux conditions prévues aux articles L. 136-1-1 à L. 136-4 du même code ".
4. M. B a exercé, au titre de l'emploi qu'il a occupé au cours des mois de janvier et février 2016 au centre de détention de Casabianda, une activité de production. Ainsi, il pouvait prétendre à une rémunération égale à 45 % du SMIC applicable au cours de la période considérée. S'il soutient que le montant des arriérés de rémunération dus par l'Etat s'élève à 488,13 euros, le requérant n'a toutefois pas déduit le montant des cotisations salariales des revenus bruts calculés. Il résulte de l'instruction que, compte tenu du nombre d'heures travaillées au cours de la période, M. B aurait pu prétendre à un salaire brut de 791,97 euros. Après déduction de la part salariale de l'assurance vieillesse au taux de 7,25 % assise sur la totalité du montant brut, de la contribution sociale généralisée au taux de 7,5 %, et de la contribution au remboursement de la dette sociale au taux de 0,5 %, toutes deux assises sur 98,25 % de la rémunération brute, le salaire net auquel M. B avait droit s'élève à la somme de 672,31 euros. Ayant perçu sur la période considérée une somme totale de 303,57 euros, l'intéressé est seulement fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 368,74 euros au titre des arriérés de rémunérations pour les activités qu'il a exercées au sein du centre pénitentiaire de Casabianda durant les mois de janvier et février 2016, sous déduction de la somme de 300 euros versée à titre provisionnel par l'ordonnance du 30 avril 2021.
En ce qui concerne le préjudice moral :
5. M. B soutient que les erreurs commises par l'administration lui ont causé un préjudice moral. Toutefois, au soutien de son argumentation, le requérant ne fait état d'aucun élément précis et n'établit pas les conséquences concrètes des erreurs commises par l'administration sur sa situation personnelle. Dans ces conditions, il ne démontre pas qu'il aurait subi un préjudice distinct du préjudice financier dû aux erreurs de calcul commises par l'administration dans la détermination du montant de sa rémunération. Par suite, ce chef de préjudice doit être écarté.
6. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander à ce que l'Etat soit condamné à lui verser une somme de 368,74 euros.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. L'indemnisation prononcée au point 4 du présent jugement implique nécessairement que le ministre de la justice délivre à M. B les bulletins de paie corrigés, correspondant au travail effectué au centre pénitentiaire de Casabianda en janvier et février 2016, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B une somme de 368,74 euros au titre des arriérés de rémunérations pour les activités qu'il a exercées au sein du centre pénitentiaire de Casabianda au cours des mois de janvier et février 2016, sous déduction de la somme de 300 euros versée à titre provisionnel par l'ordonnance du 30 avril 2021.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de la justice de délivrer à M. B les bulletins de paie corrigés, correspondant au travail effectué par l'intéressé au centre de détention de Casabianda durant les mois de janvier et février 2016, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pierre Monnier, président ;
M. Jan Martin, premier conseiller ;
M. Hanafi Halil, conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 octobre 2023.
Le président-rapporteur,
Signé
P. MONNIER
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
J. MARTINLa greffière,
Signé
H. MANNONI
La République mande et ordonne au ministre de la justice, garde des sceaux, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. MANNONI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026