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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100550

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100550

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100550
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDIONISI-NAUDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mai 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) La petite cuillère, représentée par Me Dionisi-Naudin, demande au tribunal :

1°) de prononcer le remboursement d'une somme de 55 366 euros afférente à un crédit d'impôt sur les investissements en Corse au titre de ses exercices clos de 2010 à 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que c'est à tort que l'administration fiscale lui oppose sans en rapporter la preuve l'absence du dépôt de liasses fiscales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête. Le directeur soutient que :

- à titre principal, c'est à bon droit que l'administration fiscale a rejeté la demande de remboursement de crédit d'impôt dès lors que la société requérante n'a souscrit aucune déclaration au titre des périodes en litige ;

- à titre subsidiaire, sa demande n'est recevable, en application de l'article 199 ter D alinéa 2 du code général des impôts, qu'au titre des investissements réalisés à compter du 1er janvier 2012 ;

- les investissements dont elle se prévaut ne sont pas éligibles au crédit visé à l'article 244 quater E du code général des impôts.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) La petite cuillère, qui exerce depuis l'année 2010 une activité de chambre d'hôtes, a sollicité le 18 décembre 2020 le remboursement de crédit d'impôt sur les investissements réalisés en Corse, pour un montant de 55 366 euros au titre de ses exercices clos de 2010 à 2014 sur le fondement de l'article 199 ter D alinéa 2 du code général des impôts qui prévoit le remboursement immédiat de la créance de crédit d'impôt sur les investissement réalisés en Corse pour les entreprises en difficulté. Par un courrier du 18 mars 2021, l'administration a rejeté sa demande. Par la présente requête, la SARL La petite cuillère doit être regardée comme demandant le remboursement d'une somme de 55 366 euros correspondant à un crédit d'impôt au titre des investissements réalisés en Corse au cours des années 2010 à 2014, à laquelle elle estime avoir droit.

2. D'abord, aux termes de l'article 244 quater E du code général des impôts dans sa rédaction applicable à l'espèce : " I.-1° Les petites et moyennes entreprises relevant d'un régime réel d'imposition peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des investissements, autres que de remplacement, financés sans aide publique pour 25 % au moins de leur montant, réalisés () et exploités en Corse pour les besoins d'une activité industrielle, commerciale, artisanale, libérale ou agricole () II. Les dispositions du présent article s'appliquent sur option de l'entreprise à compter du premier jour de l'exercice ou de l'année au titre duquel elle est exercée () ".

3. Ensuite, en vertu de l'article 220 D du code général des impôts, le crédit d'impôt pour investissement en Corse défini à l'article 244 quater E est imputé sur l'impôt sur les sociétés dû par l'entreprise dans les conditions prévues à l'article 199 ter D. Aux termes de cet article 199 ter D : " I. Le crédit d'impôt défini à l'article 244 quater E est imputé sur l'impôt sur le revenu dû par le contribuable au titre de l'année au cours de laquelle les biens éligibles au dispositif sont acquis, créés ou loués. Lorsque les biens éligibles sont acquis, créés ou loués au titre d'un exercice ne coïncidant pas avec l'année civile, le crédit d'impôt correspondant est imputé sur l'impôt sur le revenu dû par le contribuable au titre de l'année au cours de laquelle l'exercice est clos. Si le montant du crédit d'impôt excède l'impôt dû au titre de ladite année, l'excédent est utilisé pour le paiement de l'impôt sur le revenu dû au titre des neuf années suivantes. Le solde non utilisé est remboursé à l'expiration de cette période dans la limite de 50 % du crédit d'impôt et d'un montant de 300 000 euros () ". Enfin, la loi n° 2011-1978 de finances rectificatives du 28 décembre 2011 a ajouté aux dispositions précitées du I. de l'article 199 ter D un II. en vertu duquel la créance mentionnée au premier alinéa du I est immédiatement remboursée pour certaines entreprises, dont notamment celles ayant fait l'objet d'une procédure de sauvegarde, d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire, lesquelles peuvent demander le remboursement de leur créance non utilisée à compter de la date du jugement qui a ouvert ces procédures.

4. Enfin, aux termes de l'article 49 septies WB de l'annexe III au code général des impôts : " Pour l'application des dispositions de l'article 244 quater E du code général des impôts, les personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés déposent () une déclaration spéciale avec le relevé de solde (). L'option prévue au premier alinéa du II de l'article 244 quater E précité est réputée exercée au moment du dépôt de la déclaration spéciale mentionnée au premier alinéa au titre du premier exercice ou de la première période d'imposition au cours de laquelle un investissement éligible au crédit d'impôt pour investissement en Corse est réalisé ". Enfin, aux termes de l'article 360 de cette même annexe : " La liquidation de l'impôt sur les sociétés mentionnée au 2 de l'article 1668 du code général des impôts est réalisée par le redevable et détaillée sur un relevé de solde dont le modèle est fourni par l'administration, daté et signé de la partie versante et indiquant la nature du versement, son échéance, les éléments de liquidation ".

5. Il résulte des dispositions précitées que les entreprises assujetties à l'impôt sur les sociétés qui souhaitent bénéficier du crédit d'impôt en Corse doivent annexer à leur déclaration annuelle de résultat la déclaration spéciale n° 2069-D-SD au titre de l'exercice au cours duquel les investissements éligibles au crédit d'impôt ont été réalisés. Elles doivent en outre reporter dans le cadre prévu à cet effet le montant de ce crédit d'impôt sur leur déclaration de résultats.

6. L'administration fiscale affirme que la société requérante n'a déposé ni de déclarations de résultats ni la déclaration spéciale 2069D-SD en vue de l'obtention d'un crédit d'impôt pour des investissements réalisés au cours des années 2010 à 2014. Contrairement à ce que soutient la société requérante, on ne saurait réclamer à l'administration fiscale de prouver cette absence de déclaration. La seule circonstance alléguée par la SARL La petite cuillère selon laquelle des remboursements de TVA ont été effectués au titre des années litigieuses ne saurait justifier qu'elle a déposé des déclarations de résultat en vue d'une imposition à l'impôt sur les sociétés. Par suite, faute de justifier du respect des obligations déclaratives ouvrant droit à la restitution du crédit d'impôt pour investissements en Corse, la SARL La petite cuillère n'est pas fondée à demander le remboursement du crédit d'impôt sollicitée.

Sur les frais liés au litige :

7. La SARL La petite cuillère succombant à la présente instance, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne sauraient être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL La petite cuillère est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL La petite cuillère et au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

M. Hanafi Halil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 27 juin 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

J. MARTINLa greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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