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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100585

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100585

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100585
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPELLEGRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 25 mai 2021 et le 31 janvier 2022, la SAS Corsica natura, représentée par Me Pellegri, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) le remboursement d'une somme de 32 566 euros afférente à un crédit d'impôt sur les sociétés au titre de son exercice clos le 31 décembre 2019 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- les investissements rejetés pour cause de remplacement doivent être regardés comme de la rénovation d'installations fixes en dur des terrains de campement et sont donc éligibles en application de la doctrine (BOI-BIC-RICI-10-60-10-20 n°180) ;

- le bulletin officiel des finances publique du 25 août 2021 officialise l'extension du bénéfice du crédit d'impôt pour les investissements en Corse au secteur de l'hôtellerie de plein air ;

- la rampe d'accès fait partie des locaux ouverts à la clientèle dès lors qu'elle permet le passage entre la plage et la terrasse aménagée composée d'un bar, d'un espace de grillade, d'une salle couverte de restaurant et d'une terrasse de restaurant en dur, le tout formant un ensemble homogène ;

- le mobilier et le matériel de restauration sont éligibles, en vertu de l'article 22 de l'annexe II au code général des impôts, au titre des investissements hôteliers amortissables selon le mode dégressif.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 novembre 2021 et le 14 février 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête. Le directeur soutient :

- à titre principal, que les investissements dont se prévaut la société requérante ne caractérisent ni des travaux de rénovation d'hôtel, ni des biens d'équipements amortissables selon un mode dégressif, ni des agencements ou installations de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle ;

- à titre subsidiaire, que les investissements en litige ne caractérisent pas un investissement initial au sens de l'article 244 quater E du code général des impôts ;

- le moyen tiré de l'application de la doctrine est inopérant et, en tout état de cause, infondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Corsica natura, qui exploite un terrain de camping et des parcs pour caravanes ou véhicules de loisirs, a revendiqué au titre de son exercice clos le 31 décembre 2019 sur le fondement de l'article 244 quater E du code général des impôts un crédit d'impôt de 38 547 euros. Après avoir imputé une partie de cette somme sur son impôt sur les sociétés, elle a sollicité auprès des services fiscaux le remboursement du surplus, soit la somme de 32 644 euros. L'administration ayant rejeté sa réclamation, la SAS Corsica natura demande le remboursement d'une somme de 32 566 euros correspondant au crédit d'impôt au titre des investissements réalisés en Corse en clos le 31 décembre 2019 dont elle s'estime titulaire.

Sur l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 244 quater E du code général des impôts dans sa rédaction applicable à l'espèce : " I. 1° Les petites et moyennes entreprises relevant d'un régime réel d'imposition peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des investissements, autres que de remplacement, financés sans aide publique pour 25 % au moins de leur montant, réalisés jusqu'au 31 décembre 2020 et exploités en Corse pour les besoins d'une activité () commerciale () 3° Le crédit d'impôt prévu au 1° est égal à 20 % du prix de revient hors taxes : a. Des biens d'équipement amortissables selon le mode dégressif en vertu des 1 et 2 de l'article 39 A et des agencements et installations de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle créés ou acquis à l'état neuf () d. Des travaux de rénovation d'hôtel 3° bis Le taux mentionné au premier alinéa du 3° est porté à 30 % pour les entreprises qui ont employé moins de onze salariés et ont réalisé soit un chiffre d'affaires n'excédant pas 2 millions d'euros au cours de l'exercice ou de la période d'imposition, ramené le cas échéant à douze mois en cours lors de la réalisation des investissements éligibles, soit un total de bilan n'excédant pas 2 millions d'euros () ". Aux termes de l'article 39 A du même code : " 1. L'amortissement des biens d'équipement, autres que les immeubles d'habitation, les chantiers et les locaux servant à l'exercice de la profession, acquis ou fabriqués à compter du 1er janvier 1960 par les entreprises industrielles, peut être calculé suivant un système d'amortissement dégressif, compte tenu de la durée d'amortissement en usage dans chaque nature d'industrie. Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités de l'amortissement dégressif () 2. Les dispositions du 1. Sont applicables dans les mêmes conditions : 1° aux investissements hôteliers () ". Enfin, aux termes de l'article 22 de l'annexe II audit code : " Les entreprises passibles de l'impôt sur les sociétés () peuvent amortir suivant un système dégressif () les immobilisations acquises () et énumérées ci-après : () immeubles et matériels des entreprises hôtelières () ".

3. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article 39 A du code général des impôts citées au point 2 que le régime dérogatoire d'amortissement dégressif qu'il prévoit s'applique, à l'exclusion des autres hébergements, aux investissements dans les établissements hôteliers, lesquels, en plus de l'accueil, proposent un service de réception, des prestations de services accessoires, le cas échéant à titre optionnel, tels que le nettoyage des locaux, la mise à disposition de linge de maison et l'offre d'un petit-déjeuner, voire la demi-pension ou la pension complète. Dès lors, ce régime ne peut bénéficier aux terrains de camping, lesquels, au moins pour une part significative de leur superficie, proposent des emplacements nus pour l'accueil de tentes ou de caravanes de clients qui ne bénéficient pas de l'offre de services accessoires hôteliers. Il résulte de l'instruction que la SAS Corsica natura exploite un terrain de camping naturiste comprenant également des hébergements en bungalows et des services tels qu'épicerie, restaurant, accès internet, laverie Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante offrirait aux campeurs les services de nettoyage, de fourniture de linge et de draps et de services de petit déjeuner dans des conditions comparables à celles offertes par un hôtel. Par suite, contrairement à ce qui est soutenu, les investissements en litige ne sont pas éligibles au régime dérogatoire d'amortissement dégressif que l'article 39 A du code général des impôts prévoit.

4. En deuxième lieu, la rénovation de bungalows installés sur un terrain de camping ne peut être assimilée à des travaux de rénovation d'hôtel au sens de l'article 244 quater E du code général des impôts nonobstant la circonstance qu'il s'agirait d'installations fixes en dur.

5. En troisième et dernier lieu, il résulte des termes du a. du 3° de l'article 244 quater E précité du code général des impôts que seuls les aménagements relatifs à des agencements et installations de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle sont susceptibles d'ouvrir droit au bénéfice du crédit d'impôt. Les agencements et installations ouvrant droit au crédit d'impôt s'entendent des travaux, dispositifs ou éléments destinés à mettre les locaux commerciaux en état d'utilisation et faisant corps avec eux.

6. Il ne résulte pas de l'instruction que les rampes permettant le passage entre la plage et la terrasse aménagée composée d'un bar, d'un espace de grillade, d'une salle couverte de restaurant et d'une terrasse de restaurant en dur puissent être regardées comme constituant l'aménagement indispensable ou la dépendance d'un local commercial qui serait situé à proximité de celui-ci. Les investissements en cause n'entrent donc pas dans la catégorie des agencements et installations de locaux commerciaux au sens des dispositions précitées de l'article 244 quater E précité du code général des impôts. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a remis en cause le caractère éligible de ces investissements au crédit d'impôt dont se prévaut la société requérante.

Sur l'application de la doctrine :

7. Aux termes de l'article L. 80 A du code général des impôts : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / " Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales ".

8. La garantie prévue par le premier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales ne peut être invoquée que pour contester les rehaussements d'impositions auxquels procède l'administration fiscale. Ainsi, la SAS Corsica natura ne peut, en tout état de cause, se prévaloir ni de l'instruction administrative référencée BOI-BIC-RICI-10-60-10-20 ni du bulletin officiel des finances publiques du 25 août 2021 pour contester le refus de l'administration de faire droit à sa demande tendant au bénéfice du crédit d'impôt institué par les dispositions de l'article 244 quater E du code général des impôts.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de remboursement de la SAS Corsica natura doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Corsica natura est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Corsica natura et au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

M. Hanafi Halil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 27 juin 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

J. MARTIN

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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