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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100659

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100659

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100659
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 juin 2021, le 26 juin 2021, le 2 août 2021 et le 24 octobre 2021, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er juin 2021 par laquelle le directeur du centre ministériel de gestion de Toulon a rejeté sa demande tendant à faire valoir ses droits à la retraite au titre de travaux insalubres ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées de l'admettre à la retraite au titre des services accomplis dans des travaux ou emplois portant risques particuliers d'insalubrité ;

3°) d'enjoindre au ministre des armées de rémunérer ses congés non pris.

Le requérant soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors d'une part que les tâches qu'il a effectuées au sein de la direction générale de l'armement de Biscarosse entre 2000 et 2015, ajoutées aux six années de travaux insalubres validées par le ministère des armées, lui permettent de réunir les conditions pour bénéficier d'une retraite anticipée au titre des travaux insalubres, d'autre part que ses hiérarchies successives ont considéré durant plusieurs années qu'il effectuait des tâches correspondant aux travaux insalubres visés par la rubrique IX du décret n° 67-711 du 18 août 1967 ;

- la direction des ressources humaines du ministère des armées a publié une note interne qui a pour effet de remettre en cause l'acquisition des services effectués au titre des travaux insalubres et qui ne prend en compte que les professions matriculaires de l'agent, sans tenir compte de la réalité du travail et des fiches de poste ;

- son dossier n'a pas été traité avant la date d'échéance prévue dans l'annexe de la note interne en cause ;

- il n'a pas été informé de la part du service des ressources humaines des règles relatives à la comptabilisation des états annuels de travaux insalubres découlant de cette note.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2021, le ministre des armées conclut au rejet de la requête. Le ministre soutient que :

- la note interne du 29 novembre 2019 dont il a été fait application n'a pas ajouté de nouvelles règles de comptabilisation des heures ;

- les documents versés aux débats montrent que les tâches que le requérant a accomplies lorsqu'il occupait la profession matriculaire " d'ouvrier moyen électronique " puis " d'électricien moyen optique opérateur vidéo ", qui consistaient, sans manipuler de produits toxiques au sens de la rubrique IX, à mettre et maintenir en condition opérationnelle des moyens optiques dans leurs aspects électriques, et à mettre et maintenir en condition opérationnelle du matériel utilisé dans le développement des films vidéo utilisant l'argentique (développeuse argentique, bacs à bain de développement) en procédant au câblage électrique, au nettoyage, à la vidange et à la réparation de ces matériels, ne s'apparentent pas aux tâches visées par la rubrique IX de l'annexe du décret du 18 août 1967 ;

- dès lors que la décision attaquée repose sur ces deux motifs, ainsi sur celui erroné tiré de ce que la rubrique IX est exclusivement réservée aux ouvriers des techniques de laboratoire, une substitution de motifs doit être opérée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 67-711 du 18 août 1967 ;

- le décret n° 2004-1056 du 5 octobre 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;

- et les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 4 mai 1964, est ouvrier de l'Etat du ministère des armées. Il a sollicité le dispositif de retraite anticipé au titre des travaux insalubres défini par le décret n° 2004-1056 du 5 octobre 2004 relatif au régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat. Par une décision du 1er juin 2021, dont M. A demande l'annulation, le ministre des armées a rejeté sa demande.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 21 du décret du 5 octobre 2004 relatif au régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat : " I. La liquidation de la pension intervient : / 1° Lorsque l'intéressé a atteint, à la date d'admission à la retraite, l'âge mentionné à l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale ;/ Par dérogation à l'alinéa précédent, la liquidation de la pension peut, pour les ouvriers des établissements industriels de l'Etat ayant accompli des services dans des emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité ou dans des emplois classés en catégorie active, intervenir à compter d'un âge anticipé égal à l'âge mentionné à l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale diminué de cinq années. Cette faculté est ouverte à la condition que l'intéressé puisse se prévaloir, au total, d'au moins dix-sept ans de services accomplis dans de tels emplois. Les catégories d'emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité sont déterminées dans les conditions fixées au II. () II.- La liquidation de la pension au titre de l'accomplissement d'au moins dix-sept années de services dans des emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité, prévue au deuxième alinéa du 1° du I est réservée aux intéressés ayant accompli des travaux ou ayant occupé des emplois dont la liste est fixée aux annexes du décret n° 67-711 du 18 août 1967 fixant les conditions d'application du régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat. / Les intéressés doivent avoir accompli, pendant chacune des dix-sept périodes annales exigées : / 1° Soit trois cents heures de travail dans une des catégories de travaux insalubres ; / 2° Soit deux cents jours de services dans un des emplois insalubres pour les services effectués jusqu'au 31 décembre 2001 et de cent quatre-vingt jours de services dans un des emplois insalubres pour les services effectués à compter du 1er janvier 2002 ".

3. En vertu du A du I de l'annexe du décret n° 67-711 du 18 août 1967, sont au nombre des travaux et emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité s'agissant du ministère des armées (terre, air, marine) la : " () IX. - Fabrication et manipulation de produits basiques toxiques (). " En outre, le texte de l'annexe précise : " () pour l'interprétation du mot "manipulation" dans le présent état, que ce mot ne veut pas dire simple manutention des produits, mais emploi, à l'occasion d'une fabrication, d'une transformation, d'une réparation, etc ".

4. Il résulte des dispositions de l'article 21 du décret du 5 octobre 2004 citées au point 2 que la liquidation, à l'âge de 57 ans, d'une telle pension est subordonnée à l'accomplissement, par l'intéressé et pendant dix-sept années de service, soit de 300 heures de travail dans une catégorie de travaux insalubres déterminée par les annexes du décret du 18 août 1967 fixant les conditions d'application du régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat, soit, selon la période considérée, de 180 ou 200 jours de service dans un des emplois insalubres fixé par le même texte.

5. Il résulte de l'instruction que durant les années 2000 à 2015, les tâches confiées à M. A au sein de la section " imagerie mesure " puis au sein de la section " mesures optroniques " de la direction générale de l'armement de Biscarosse consistaient à fournir des prestations optiques en assurant différents travaux tels que " la mise et le maintien en condition opérationnelle des moyens optiques dans leurs aspects électriques ", le " remplacement et la modification des coffrets électriques dans les locaux ou surfaces contenant de la fibre de verre ", " la maintenance des développeuses " au sein d'un bâtiment dédié au développement des films vidéos après essais, le câblage électrique des bacs à bains de développement, de fixateur et de révélateur, le nettoyage, la vidange, le remplacement, le décapotage pour mise en sécurité de ces bacs qui contenaient des produits tels que l'acide chlorhydrique, l'acétone, le perchlorate, le bromure d'argent, l'hydroquinone et le paramidophénol.

6. En défense, le ministre fait valoir, sans être contredit, que les produits listés par le chef d'établissement qui a établi l'attestation versée aux débats ne sont pas toxiques au sens de la rubrique IX de l'annexe A du I du décret du 18 août 1967 car l'acide chlorhydrique est un acide, l'acétone a un pH neutre de 7, les perchlorates sont des sels obtenus à partir d'acide perchlorique et utilisés comme oxydants, le bromure d'argent est un sel utilisé pour sa sensibilité à la lumière, et les sels sont acides ou neutres, l'hydroquinone est un composé organique de la famille des polyphénols et des diphénols dont le pH est acide et le paramidophénol est un dérivé du phénol qui est un acide employé comme révélateur dans la photographie argentique. Au surplus, le ministre soutient que M. A n'a pas manipulé ces substances au sens de l'annexe du décret du 18 août 1967 dans la mesure où les tâches qui lui ont été confiées n'ont pas nécessité qu'il utilise des produits basiques toxiques, à l'occasion d'une fabrication, d'une transformation ou d'une réparation. Par suite, M. A, qui ne saurait utilement se prévaloir, dans le cadre du présent litige, de la circonstance que ses hiérarchies successives auraient considéré durant plusieurs années qu'il effectuait des tâches correspondant aux travaux insalubres visés par la rubrique IX du décret n° 67-711 du 18 août 1967, n'est pas fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande, le ministre a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

7. En deuxième lieu, en se bornant à faire valoir que la direction des ressources humaines du ministère des armées a publié une note interne qui a pour effet de remettre en cause l'acquisition des services effectués au titre des travaux insalubres et qui ne prend en compte que les professions matriculaires de l'agent, sans tenir compte de la réalité du travail et des fiches de poste, le requérant ne démontre pas que l'administration n'a pas tenu compte des tâches effectuées pour prendre sa décision.

8. En troisième lieu, la circonstance que son dossier n'aurait pas été traité dans les délais prévus par l'annexe d'une note interne est sans incidence sur la légalité de la décision.

9. En quatrième et dernier lieu, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il n'a pas été informé de la part du service des ressources humaines des règles relatives à la comptabilisation des états annuels de travaux insalubres.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions sans qu'il soit besoin d'examiner la substitution de motif demandée par le ministre des armées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre des armées.

Copie en sera adressée au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté économique et industrielle.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, où siégeaient :

- Mme Pierre Monnier, président ;

- M. Jan Martin, premier conseiller ;

- Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SADATLe président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. Mannoni

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