jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2100699 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CALEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 juin 2021, le 8 mars 2022 et le 20 juillet 2022, la SARL Mimina, représentée par Me Calen, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la restitution d'une somme de 17 034 euros afférente à un crédit d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société requérante soutient que :
- c'est à tort que l'administration fiscale a rejeté l'éligibilité au motif qu'elle exercerait une activité de location meublée de tourisme alors qu'elle exerce une activité de chambre d'hôte ; en tout état de cause, ses investissements sont éligibles dès lors qu'elle exerce une activité para-hôtelière ; elle est en droit de se prévaloir, à l'appui de ces allégations, de la position exprimée par la doctrine ;
- les investissements qu'elle a réalisés pour un montant total de 5 308,44 euros sont éligibles dès lors qu'ils sont afférents à une activité de restauration.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er décembre 2021, le 28 mars 2022 et le 2 août 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête. Le directeur soutient que :
- la société requérante n'exerce pas l'activité de chambre d'hôtes mais celle de location de meublées de tourisme, activité expressément exclue du bénéfice du crédit d'impôt sur les investissements réalisés à compter du 1er janvier 2019 ;
- les investissements d'un montant de 5 308,44 euros sont des investissements de remplacement, ne se rapportent pas à des locaux habituellement ouverts à la clientèle et, s'agissant du lave-vaisselle, ne caractérise pas un agencement ou une installation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code du tourisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;
- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Mimina a fait réaliser au cours de l'année 2019 des travaux de rénovation portant sur le " château Rouher ", acquis le 13 août 2019 par la SCI DMV avec laquelle elle a conclu le 1er juin 2020 un contrat de bail commercial pour l'exercice d'une activité commerciale de chambres d'hôtes dans cet immeuble. Estimant que ces travaux étaient éligibles au crédit d'impôt pour investissement en Corse à hauteur d'un montant de 22 432 euros, elle a imputé, sur son impôt sur les sociétés de l'exercice clos le 31 décembre 2019, la somme de 5 398 euros et a sollicité le bénéfice d'un crédit d'impôt pour investissements en Corse pour le reliquat d'un montant de 17 034 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2019. L'administration a rejeté sa demande. Par la présente requête, la SARL Mimina doit être regardée comme demandant, sur le fondement de l'article 244 quater E du code général des impôts, le remboursement d'une somme de 17 034 euros correspondant au crédit d'impôt au titre des investissements réalisés en Corse en clos le 31 décembre 2019 dont elle s'estime titulaire.
Sur l'application de loi fiscale :
2. Aux termes de l'article 244 quater E du code général des impôts dans sa rédaction applicable à l'espèce : " I. 1° Les petites et moyennes entreprises relevant d'un régime réel d'imposition peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des investissements, autres que de remplacement, financés sans aide publique pour 25 % au moins de leur montant, réalisés jusqu'au 31 décembre 2020 et exploités en Corse pour les besoins d'une activité () commerciale () autre que () a bis la gestion et la location de meublés de tourisme situés en Corse () 3° Le crédit d'impôt prévu au 1° est égal à 20 % du prix de revient hors taxes, à l'exclusion des meublés de tourisme : a. Des biens d'équipement amortissables selon le mode dégressif en vertu des 1 et 2 de l'article 39 A et des agencements et installations de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle créés ou acquis à l'état neuf () d. Des travaux de rénovation d'hôtel () 3° bis Le taux mentionné au premier alinéa du 3° est porté à 30 % pour les entreprises qui ont employé moins de onze salariés et ont réalisé soit un chiffre d'affaires n'excédant pas 2 millions d'euros au cours de l'exercice ou de la période d'imposition, ramené le cas échéant à douze mois en cours lors de la réalisation des investissements éligibles, soit un total de bilan n'excédant pas 2 millions d'euros () ". Aux termes de l'article 39 A du même code : " 1. L'amortissement des biens d'équipement, autres que les immeubles d'habitation, les chantiers et les locaux servant à l'exercice de la profession, acquis ou fabriqués à compter du 1er janvier 1960 par les entreprises industrielles, peut être calculé suivant un système d'amortissement dégressif, compte tenu de la durée d'amortissement en usage dans chaque nature d'industrie. Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités de l'amortissement dégressif () 2. Les dispositions du 1. Sont applicables dans les mêmes conditions : 1° aux investissements hôteliers () ". Enfin, aux termes de l'article 22 de l'annexe II audit code : " Les entreprises passibles de l'impôt sur les sociétés () peuvent amortir suivant un système dégressif () les immobilisations acquises () et énumérées ci-après : () immeubles et matériels des entreprises hôtelières () ".
En ce qui concerne le moyen tiré de ce que la SARL Mimina exerce une activité de chambres d'hôtes assortie de prestations hôtelières :
3. Il résulte clairement des dispositions précitées de l'article 244 quater E du code général des impôts que, dans leur rédaction en vigueur depuis le 1er janvier 2019, le législateur a entendu exclure du bénéfice du crédit pour investissement en Corse les meublés de tourisme. En vertu des dispositions de l'article L. 324-1-1 du code du tourisme, les meublés de tourisme sont des villas, appartements ou studios meublés, à l'usage exclusif du locataire, offerts à la location à une clientèle de passage qui n'y élit pas domicile et qui y effectue un séjour caractérisé par une location à la journée, à la semaine ou au mois.
4. Il résulte de l'instruction, notamment des contrats de location communiqués par l'administration fiscale, que la SARL Mimina loue dans le " château Rouher " des maisons et des appartements meublés à une clientèle de passage n'y élisant pas domicile. Dès lors, les investissements dont elle demande le remboursement doivent être regardés comme afférents à des meublés en tourisme sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'elle offre à ses clients des prestations quasi-hôtelières. Elle ne saurait davantage revendiquer le statut de chambres d'hôtes prévu à l'article L. 324-3 du code du tourisme dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'elle loue des chambres meublées situées chez l'habitant. En tout état de cause, à la supposer même établie, la double circonstance qu'elle louerait des chambres et que M. A, son gérant, habiterait au " château Rouher ", serait, quoi qu'il en soit, sans incidence dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les dépenses auraient été engagées pour les chambres.
En ce qui concerne le moyen tiré de ce qu'une partie des dépenses sont afférentes à un restaurant :
5. Il résulte des termes du a du 3° de l'article 244 quater E précité du code général des impôts, que seuls les aménagements relatifs à des agencements et installations de locaux commerciaux habituellement ouverts à la clientèle sont susceptibles d'ouvrir droit au bénéfice du crédit d'impôt. Les agencements et installations ouvrant droit au crédit d'impôt s'entendent des travaux, dispositifs ou éléments destinés à mettre les locaux commerciaux en état d'utilisation et faisant corps avec eux.
6. En l'espèce, si la société requérante soutient que les investissements ont été réalisés à hauteur d'un montant de 5 308,44 euros dans le cadre d'une activité de restauration, elle n'apporte aucun élément tendant à contester l'affirmation de l'administration fiscale selon laquelle les travaux y afférents ne se rapportent pas à un local commercial ouvert à la clientèle. Dans ces conditions, la SARL Mimina n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration fiscale a refusé de faire droit à sa demande de crédit d'impôt.
Sur l'application de la doctrine :
7. Aux termes de l'article L. 80 A du code général des impôts : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / " Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales ".
8. La garantie prévue par le premier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales ne peut être invoquée que pour contester les rehaussements d'impositions auxquels procède l'administration fiscale. Ainsi, la SARL Mimina ne peut, en tout état de cause, se prévaloir de réponses ministérielles ou d'instructions administratives pour contester le refus de l'administration de faire droit à sa demande tendant au bénéfice du crédit d'impôt institué par les dispositions de l'article 244 quater E du code général des impôts.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de restitution de la SARL Mimina doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Mimina est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Mimina et à la direction départementale des finances publiques de la Haute-Corse.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pierre Monnier, président ;
M. Jan Martin, premier conseiller ;
Mme Nathalie Sadat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 28 septembre 2023.
Le président-rapporteur,
Signé
P. MONNIER
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
Signé
J. MARTINLa greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. ALFONSI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026